Évitant les pièges des modernisations forcées à coup wesh, rap ou hip-hop qui transforment Shakespeare ou Molière avec des artifices contemporains, Laurent Domingos offre une lecture de Shakespeare qui éclaire le texte d’une lumière nouvelle et pertinente.

Un paranoïaque sanguinaire

Richard III raconte l’ascension machiavélique de Richard en Angleterre, à la fin du XVème siècle. La Guerre des Deux roses est enfin achevée, les York ont vaincu les Lancaster. Edouard IV est un roi triomphant, entouré de courtisans de la dernière heure. Cependant, dans l’ombre, se tapit son plus jeune frère, Richard, duc de Gloucester. On le dit laid, bossu, paralysé d’un bras. Usant de la ruse, la manipulation et la cruauté, Richard élimine ses alliés, fait tuer ses neveux, et manœuvre pour écarter ses rivaux. Son règne, marqué par la terreur et la moralité dévoyée, culminera dans sa défaite lors de la bataille de Bosworth, où il sera tué, mettant fin à sa tyrannie.

Tout au long de la pièce, Richard apparaît comme un personnage rusé, manipulateur, prêt à tout pour atteindre le pouvoir, quitte à devenir un tyran. Le personnage défendu avec brio par Alexiane Torres est un paranoïaque sanguinaire qui glisse vers la folie, sans jamais y sombrer.

Esthétique de la désolation

La mise en scène de Laurent Domingos plonge le classique de Shakespeare dans un univers post-apocalyptique électro. La scénographie de Delphine Ciavaldini transforme le plateau en un lieu de désolation, où les vestiges d’une civilisation disparue sont recyclés en éléments de décor. L’utilisation de matériaux de récupération – carcasses automobiles, objets de brocante – crée un contraste saisissant avec le texte shakespearien, tandis que la structure centrale, un amas pyramidal d’essieux et de sièges, figure la conquête du pouvoir.

Le pouvoir serait-il genré ?

Le choix de confier tous les rôles à des comédiennes est une prise de position forte. La distribution exclusivement féminine interroge la nature du pouvoir et les conventions du théâtre élisabéthain.

Pauline Cassan, Juliette Delhomme, Camille Demoures et Juliette Pi offrent à cette relecture leur talent multiple. La musique originale de Guillaume Blanc, mêlant sonorités électro et instruments classiques, crée une atmosphère immersive et oppressante. La chorégraphie de Céline Pradeu ajoute une dimension physique et expressive à la pièce.

La diva Torres

Et puis il y a Alexiane Torres en Richard III. La comédienne ose tout. Serait-elle née sans poumon, sans le besoin impérieux de reprendre son souffle ? Elle ne ressemble à personne. Nous pourrions peut être la comparer à un Belmondo, entre Cartouche et Borsalino, ou à un Vincent Cassel des films La Haine et Dobermann. Elle est puissante, exclusive, dense, drôle, malicieuse, parfois effrayante, à la fois attachante et inquiétante. Elle sait aussi intercaler des fulgurances comiques. Elle est spectaculaire. La diva met le public en apnée jusqu’à son dernier cri, le déchirant « mon royaume pour un cheval ! ».

On adore.

Ce Richard III ne se contente pas de revisiter un classique : il l’utilise comme un outil pour interroger notre rapport au pouvoir, au genre et à la société. Standing Ovation soutenu et mérité.


De William Shakespeare. Laurent Domingos – Mise en scène. Céline Pradeu – Chorégraphie. Pauline Cassan – Interprétation. Juliette Delhomme – Interprétation. Camille Demoures – Interprétation. Juliette Pi – Interprétation. Alexiane Torres – Interprétation. Delphine Ciavaldini – Scénographie. Caroline Bocquet – Collaboration artistique. Guillaume Blanc – Musique. Arnaud Barré – Lumière. Sarah Ancel – Lumière. Arnaud Barré – Lumière. Jean-Michel DEPRATS – Traduction. vu le 6 juillet 2025 au théâtre du Roi René. Visuel affiche

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