Sur la scène dépouillée de l’Épée de bois, trois figures prennent place : une Autrice, un Acteur et un Réalisateur. Tout autour, un dispositif minimal — écran transparent, matériel de projection, quelques éléments sonores — dessine un laboratoire scénique, à mi-chemin entre salle de répétition et plateau de tournage. C’est là que s’invente une mise en abyme vertigineuse : le Réalisateur, tout juste sorti du casting pour le rôle de la jeune princesse, annonce qu’il a trouvé son interprète idéale.
Pour l’éprouver, il propose une lecture imaginée par l’Autrice : un dialogue entre Madame de Lafayette et son ami fidèle, La Rochefoucauld, autour de la scène centrale de l’aveu dans La Princesse de Clèves.
Rappelons que ce roman fondateur de 1678 raconte l’histoire de Mademoiselle de Chartres, devenue princesse de Clèves, mariée par devoir mais éprise du duc de Nemours. Déchirée entre passion et vertu, elle choisit de confesser à son mari ses sentiments pour un autre homme. Cet aveu, d’une audace inédite pour l’époque, bouleverse non seulement son destin, mais aussi l’histoire littéraire, en inaugurant le roman d’analyse psychologique. Au bout du chemin la mort et la réclusion.
L’interprétation se révèle d’une grande justesse offrant une véritable incarnation des débats moraux et littéraires. Jean-François Prévand est remarquable. Lorsque surgissent sur l’écran quelques plans muets de la Princesse, la parole se double d’une présence fragile et spectrale, qui donne au texte une densité nouvelle.
Le parallèle avec le film L’Aveu de Costa-Gavras se dessine alors en creux : d’un côté, l’aveu contraint, politique, brutal qui engage la vie ; de l’autre, l’aveu volontaire, intime et moral, qui engage le cœur. Dans les deux cas, la vérité arrachée est une épreuve. Le dispositif théâtral souligne ce vertige, faisant résonner le texte classique avec d’autres formes artistiques.
Mais ce parti pris a ses limites. Présenté comme un work in progress, le spectacle hésite parfois entre la force dramatique et la démonstration scolaire. À force de vouloir montrer les coulisses de la création, il risque de transformer l’expérience théâtrale en une étude appliquée de l’œuvre, ce qui peut laisser certains spectateurs sur une impression de frustration, comme si l’émotion se dissolvait dans l’explication.
Reste que dans sa fragilité même, la proposition dégage des moments de grâce. On en ressort à la fois admiratif de l’intelligence du dispositif et désireux d’un aboutissement plus pleinement théâtral. Avec l’envie joyeuse de relire le roman.
L’AVEU, de la Princesse de Clèves. Auteur : Louise Doutreligne. Metteur en scène : Jean-Luc Paliès. Distribution : Claudine Fiévet, Jean François Prévand, Jean-Luc Paliès, Bruno Béraud. Coproduction : Cie Influenscènes / LNP Fontenay-sous-Bois – En collaboration avec le OUI! Festival de théâtre en français de Barcelone – Avec le soutien de l’Institut Français de Barcelone, du Département Filologia Francesa de l’Universitat de Valencia et de l’Institut Français de Valencia, de la SPEDIDAM. Jusqu’au 28 Sep 2025. Vu le 14 septembre 2025. À l’épée de bois cartoucherie de Vincennes .Crédit photos François Vila

