Agnès Chamak et Odile Huleux ont écrit une pièce enlevée au sein d’une maison close au début du siècle dernier. On rit et l’on grince pour un manifeste féministe efficace.

 Un univers fascinant


Le décor efficace est formidable de sens. La troupe au sein de ce décor aux multiples ouvertures et fermetures derrière lequel on imagine un labyrinthe qui figure parfaitement l’intime des psychés. Nous plongeons dans un univers singulier, coloré, peuplé de prostituées pétillantes, drôles, au verbe haut. Ce lieu, parfaitement maîtrisé par Léonie, la tenancière, vacille lorsqu’un accident tragique menace son existence et la met en danger face à la police. Entre exaltation et fatigue, ces femmes, en quête de liberté, voient leur destin basculer et s’unissent contre l’adversité. Des chorégraphies rythmées subliment corps et intrigue, offrant un spectacle envoûtant sur une bande sonore originale.

Une pièce joyeuse et vertueuse

Une proposition audacieuse : explorer le monde des marginalisés, des rejetés, des mal nés. Le tableau est haut en couleurs. Les prostituées, pétillantes de vie, brillent par leur énergie. Agnès Chamak, exceptionnelle en tenancière, incarne à merveille ce personnage. Les comédiennes — Ariane Carmin, Maroussia Henrich, Katia Miran, Taos Sonzogni — déploient un talent impressionnant, authentiques dans l’émotion. Julien Jacob, quant à lui, livre des performances d’une vérité saisissante dans chaque rôle masculin. Le résultat est à la fois édifiant et irrésistiblement joyeux.

La pièce est aussi un manifeste féministe au travers la représentation puissante de femmes marginalisées, vulnérables, mais résilientes. L’intrigue met en lumière une lutte pour la liberté, une solidarité face à l’oppression et le refus d’être réduites à des rôles stéréotypés ou silencieux dans la société. La pièce revendique ainsi par l’humour l’émancipation féminine, en dénonçant les rapports de pouvoir qui les maintiennent à la périphérie.

Le spectacle qui parfois frôle les codes du vaudeville dissimule une vertueuse réflexion sur la condition des femmes déclassées, soulignant leur force et leur détermination à s’affirmer malgré les obstacles.


La Nuit du 14, Chez Léonie. 1 h 30 . La Pépinière Théâtre. Auteur(s) : Agnès Chamak, Odile Huleux. Artiste(s) : Ariane Carmin, Agnès Chamak, Maroussia Henrich, Katia Miran, Taos Sonzogni et le comédien Julien Jacob.

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