Au Théâtre 14, Oreste met en lumière la fragilité mentale et la force poétique d’un homme enfermé dans son propre monde. Claudio Casadio, prodigieux de justesse et de sincérité, porte ce texte de Francesco Niccolini mis en scène par Giuseppe Marini. Dans un dialogue entre chair et dessin animé, la folie devient miroir de l’humanité.

La maladie mentale comme tragédie moderne

Dans sa chambre d’hôpital, Oreste parle — à son père mort, à sa sœur, à son voisin Hermès, à son psychiatre. Seul sur scène, mais jamais seul, il dialogue avec des silhouettes projetées sur les murs, illustrées par Andrea Bruno. Ces images animées donnent vie à son univers intérieur : poétique, chaotique, déchirant.

La mise en scène de Giuseppe Marini conjugue réalisme et onirisme. Elle évoque l’enfermement des institutions psychiatriques d’après-guerre tout en laissant la place à la tendresse, au rire, à la ruse. On y perçoit la violence d’un monde qui rejette les “différents”, mais aussi la beauté des résistances intérieures.

Claudio Casadio : une performance à couper le souffle

Seul en scène, Claudio Casadio incarne un Oreste terriblement vivant. Son corps parle autant que sa voix : mains tordues, dos vouté, regard habité. Avec son accent d’Émilie-Romagne, il donne à ce personnage une authenticité bouleversante.

Vêtu seulement d’un maillot de corps et d’un caleçon, Casadio se met (presque) à nu, offrant au public un être en équilibre entre raison et délire. Il rit, il dessine, il rêve d’espace. Quelques galaxies apparaissent sur le mur : l’univers mental d’Oreste s’étend soudain bien au-delà des murs de l’hôpital.

Un spectacle total : entre théâtre et bande dessinée animée

Le travail graphique d’Andrea Bruno est une réussite absolue. Ses dessins, projetés sur scène, deviennent partenaires de jeu. Les voix qui les accompagnent — celle du psychiatre, de la sœur, d’Hermès — composent une polyphonie sensible où les sons, les lumières et les images s’entremêlent.

L’alternance entre moments tragiques et instants poétiques rend ce spectacle d’autant plus humain. On rit parfois, on retient souvent son souffle. Oreste touche au cœur — là où le théâtre ne raconte plus seulement une histoire, mais partage une expérience.

Un voyage intérieur entre ombre et lumière

Avec Oreste, l’Accademia Perduta signe une œuvre d’une grande sincérité. Ce spectacle interroge notre rapport à la folie, à la solitude et à la liberté. Le spectateur en ressort bouleversé, mais aussi apaisé — conscient que la frontière entre imaginaire et réalité est, peut-être, plus fragile qu’il ne le pensait.

Un seul-en-scène graphique et poétique, à ne surtout pas manquer.


Texte : Francesco Niccolini Mise en scène : Giuseppe Marini Comédien : Claudio Casadio Illustrations : Andrea Bruno Compagnie : Accademia Perduta

Informations pratiques

📍 Théâtre 14 – 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris

🕒 Horaires : du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h (relâche lundi)

🎟️ Réservations :

👉 www.theatre14.fr

👉 Billetterie directe : Réserver ici

Crédit photos Tommaso-Le-Pera

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