Un homme seul face à ses fantômes amoureux

Sur le plateau, Patrick Massiah apparaît seul, armé parfois d’un drapeau niçois porté comme un étendard dérisoire, il convoque tout un monde. Sa mère, ses grands-parents, ses amis, et surtout elles — ces femmes croisées, aimées, perdues. Le dispositif est d’une simplicité radicale. Dans ce dépouillement, le comédien trouve sa force.

Entre autobiographie et conte, les frontières se brouillent

Où commence la vérité ? Où finit la fiction ? Patrick Massiah entretient savamment l’ambiguïté, mêlant souvenirs d’enfance et références populaires des années 1970 dans un récit qui oscille entre chronique familiale et fable moderne. De Tanger à Montpellier, de Montpellier à Paris, ces départs successifs dessinent la cartographie d’une quête : celle d’un homme en recherche de confirmation, tentant de comprendre comment ses premières années ont façonné sa manière d’aimer.

Le terme « abandon » affleure. Le comédien n’est pas dupe. Sous couvert d’autodérision, stratégie de séduction qu’il maîtrise à la perfection, il parle de sa fragilité, de ses maladresses, de ses tentatives désespérées pour séduire. On pense à Woody Allen, aux grandes comédies italiennes. Se mêlent dans un même talent à transformer la névrose en poésie, humour et mélancolie, .

Le rire comme bouclier et le chant comme conjuration

Patrick Massiah déploie plusieurs registres avec une aisance remarquable. Lorsqu’il s’approche du micro pour chanter, le spectacle atteint son point de bascule : ces airs d’amour surgissent toujours au moment de la séparation, comme pour conjurer le destin ou retarder l’inévitable. La chanson devient geste de résistance tendre mais dérisoire.

L’accent niçois et autres gouailles régionales ponctuent le récit, provoquant une jubilation immédiate dans la salle. Ces moments où la langue se fait chair, où l’oralité percute le souvenir, créent une complicité instantanée avec le public. Chacun reconnaît quelque chose de familier dans ces intonations, dans ces façons de dire l’amour et le manque.

La figure maternelle, entre rigueur et tendresse

Au cœur du dispositif dramaturgique, la mère apparaît comme une figure à la fois aimée et redoutée. Patrick Massiah ne cherche pas à régler des comptes mais à comprendre : comment cette empreinte maternelle a-t-elle influencé ses choix amoureux ? Comment reproduit-on, malgré soi, les schémas familiaux ?

Le spectacle réenchante ainsi des tristesses de séparation, transformant la douleur en matière comique sans jamais la nier. C’est un exercice d’équilibriste délicat, que le comédien parvient à maintenir grâce à sa présence scénique et à cette franchise désarmante qui le caractérise.

Un miroir tendu au public

Ce qui touche, c’est que chacun se reconnaît dans ce parcours. Derrière l’histoire de Patrick Massiah, on retrouve nos propres maladresses amoureuses et nos héritages familiaux. Un hommage aux femmes de sa vie, mais aussi à tous ceux qui cherchent et espèrent encore.

On ressort de ce voyage intime avec le sourire et la sensation d’avoir croisé quelqu’un qui nous ressemble.


Un spectacle qui célèbre la vie avec ses rires, ses larmes et son infinie tendresse.


Pourquoi je n’ai jamais été heureux en amour ? Auteur : Patrick Massiah. THÉÂTRE DU ROI RENÉ PARIS, 12 Édouard Lockroy, 75011, Paris, Du 05 déc. Déc 28 fév. 2025. Visuel affiche

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