Comédie dramatique, urbaine et familale, sur la faillite du rêve matérialiste au théâtre de la Flèche 77 rue de Charonne, les jeudis à 19:00 jusqu’à fin mars
L’effondrement d’un idéal amoureux
Le couple parfait s’expose sans aspérité. Elle et lui s’aiment d’un amour qui ne se questionne pas, qui se suffit à lui-même. Les mots échangés sont brefs, lisses, presque trop. Cette harmonie affichée éveille dès les premières minutes une sourde suspicion chez le spectateur : peut-on vraiment vivre ainsi, sans relief, sans friction ?
Puis des voix surgissent en arrière-plan. Les voisins ? Une dispute qui s’infiltre ? L’idéal commence à se fissurer. La transformation physique des comédiens marque l’entrée en scène du décalage, ces grains de sable qui enrayent la mécanique relationnelle.
La révélation du réel
La tragédie s’impose par l’absence : Alice, leur petite fille qui ne parle pas. Invisible sur le plateau, elle pèse de tout son poids sur ce couple qui se délite. La fatigue maternelle, le pragmatisme économique du père (chasseur de têtes, métier cruel), les cris, les objets qui volent. L’insatisfaction explose. Comment parler d’authenticité quand les mots se mettent à mentir ?
Un jeu vertigineux
Avec élégance et ruse, Yasmin van Deventer et Cédric Welsh déploient tous les registres du couple : celui qui tient et celui qui se détruit. Le reproche, l’insatisfaction, le désir sans contour composent l’impossible de la relation. La souffrance se crie, le désir de penser à deux bute sur les limites du corps, sur la dépression qui rôde.
Moment fort : cet échange où la règle impose de dire le contraire de ce que chacun pense, jeu instauré par le mari. On s’y perd comme eux : qui dit vrai ? Sont-ils encore en train de jouer ? Eux-mêmes ne le savent plus. Tel est pris qui croyait prendre. Langage des mots, langage du corps, et celui tourné vers cette petite Alice qui, ailleurs avec sa tante, retrouve la parole.
Le vertige des illusions
Insensé et merveilleux jeu de l’amour où les mots mentent face aux rêves, résistent à la violence. Y croire encore ? Bel amour et fracas du monde se conjuguent avec brio par deux interprètes fabuleusement présents à leurs personnages.
Le texte et le jeu signent le monde des illusions. Quel avenir pour un rêve amoureux partagé ? Les Beaux nous dit que la profondeur des êtres se trouve peut-être ailleurs. Et c’est ainsi, sans doute.
Avec : Yasmin van Deventer et Cédric Welsh. De Léonore Confino Mise en scène Anne Coutureau SCÉNOGRAPHIE & LUMIÈRES Amandine Voiron & Émile RigaudMAQUILLAGE & COIFFURE Claire Jourda Devaux COSTUMES Mathilde Chollot SON & MUSIQUE Jean-Noël Yven DURÉE 1h15



Je réagis, je laisse un commentaire