à la Scala du 17 janvier au 12 avril 2026

En août 2015, l’anthropologue Nastassja Martin se retrouve face à face avec un ours dans les montagnes de Sibérie. De ce combat vécu comme une implosion, elle a tiré un livre, Croire aux fauves. Molière 2019 du Seule en scène, Constance Dollé incarne avec finesse et engagement cette matière brûlante, secondée par Camille Grandville et Miglen Mirtchev dans une mise en scène de Sandrine Raynal aussi ambitieuse qu’exigeante.

Si la proposition scénographique de Marion Pellarini et Sandrine Raynal se veut complexe, mouvante et multiforme – à l’image du récit qu’elle porte –, force est de constater qu’elle se heurte aux contraintes de la Piccola Scala. L’espace réduit peine à accueillir cette ambition visuelle. Les transitions, les jeux de lumière d’Alexis Beyer et l’univers sonore d’Alexandre Carlotti méritaient peut être un écrin plus généreux.

Il n’empéche : le trio de comédiens transcende ces contraintes. Constance Dollé incarne avec intensité la traversée de Nastassja Martin, oscillant entre fragilité et puissance. Camille Grandville  et Miglen Mirtchev l’accompagnent avec justesse dans cette pérégrination intime.

Le point d’orgue du spectacle réside indéniablement dans la scène de confrontation entre la mère et la fille. Les deux comédiennes avec malice désaffectent autant que les mots le permettent cette joute pudique, exigeant de nous d’y ajouter nos propres émotions. C’est là que le texte atteint son plus haut degré d’émotion, là que se révèle toute la dimension psychanalytique de cette aventure. Car cet ours serait peut-être l’ancien nounours, l’ancien objet transitionnel de l’enfant devenue femme ? Cette équipée sauvage serait peut-être l’illustration parfaite de ce ravage qui se trame entre mère et fille, vécu ici du côté de la fille volontaire, courageuse, cherchant à s’arracher à l’emprise maternelle pour se reconstruire ?

Un texte du XXIe siècle

Cette pièce s’inscrit pleinement dans le XXIe siècle occidental, renvoyant au loin l’Iran des mollahs et ses entraves. C’est une œuvre résolument post-féministe, qui ne revendique plus mais affirme et élabore. On pense à Hélène Cixous et à cette plume qu’elle tendait aux femmes en lutte pour leur émancipation : ici, cette plume est vivante, vibrante, incandescente. La Méduse a vaincu l’ours en riant.


D’après le roman de Nastassja Martin, sur une idée de Constance Dollé
Adaptation Sandrine Raynal et Constance Dollé
Mise en scène Sandrine Raynal
Avec Constance Dollé, Camille Grandville, Miglen Mirtchev
Création Lumière Alexis Beyer
Création Sonore & musicale Alexandre Carlotti
Scénographie Marion Pellarini et Sandrine Raynal
Constructeur décor Marion Pellarini et Norbert Richard

Crédit Photos Pierre-Marie Croquet. vu le 16 janvier 2026

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