à la Comédie Francaise Petit Saint Martin jusqu’au 8 mars 2026, d’après la vie et l’œuvre de John Cassavetes et Gena Rowlands.
« Contre » est une histoire d’un couple d’artistes dans les années 60. C’est aussi une histoire d’un couple fantasque et harmonieusement dysharmonique. C’est l’histoire vue par Constance Meyer, Agathe Payrard et Sébastien Pouderoux du couple mythique John Cassavetes et de Gena Rowlands . « Contre » est un voyage au pays de la création et de l’amour.
Une biographie vivante, mais bien plus encore
« Contre » : parce que Cassavetes s’est forgé dans la révolte, dans la posture de l’opposant farouche. Il s’est tenu debout contre le système, contre les conventions. La pièce dépeint également deux êtres lumineux serrés l’un contre l’autre, dans une proximité fusionnelle et explosive.
Cette création théâtrale n’est pas un biopic classique. Elle refuse de se réduire à une notice biographique mise en scène, à une chronologie aseptisée. Heureusement ! Elle documente l’artiste Cassavetes dans toute sa complexité : génie créateur, rebelle viscéral, souvent de mauvaise foi, dont l’œuvre révolutionnaire a payé le prix de sa marginalité de son vivant. Face à lui, un mari manipulateur et séduisant, se dresse Gena Rowlands, actrice qui a inventé un jeu moderne et imposé des personnages féminins oscillant entre raison et démence.
Ce parti pris invente une approche biographique singulière : vivante, intime, incarnée.
Deux acteurs habités qui restent eux-mêmes
Sébastien Pouderoux incarne Cassavetes tout en demeurant Pouderoux. Marina Hands compose une Gena Rowlands remarquable ; elle interprète son personnage sans effacer sa propre présence d’actrice.
Sur une scène magnifiquement animée, le spectacle construit un édifice narratif complexe à partir d’une mosaïque d’anecdotes. Subtilement orchestrée, la pièce nous transporte dans trois univers distincts : un débat télévisé évoquant l’émission « Le masque et la plume », le quotidien d’un couple hors norme, et une enquête policière teintée d’atmosphère judiciaire.
Une danse entre l’intime et le collectif
« C’est facile de parler de soi lorsqu’on invente », nous rappelle la pièce.
Le spectacle constitue un plaidoyer pour la quête (impossible ?) de vérité. Il explore les obstacles inhérents à la création artistique et son alliance naturelle avec la contestation des normes. La pièce orchestre une valse entre le créateur et son public, entre l’individu et la société. Dominique Blanc déploie un humour merveilleux. Nicolas Chupin campe un Peter Falk drôle et touchant, tandis que les comédiens de l’Académie de la Comédie-Française – Rachel Collignon, Blanche Sottou, Antoine Prud’homme de la Boussinière – confirment l’excellence de leur talent et de leur formation.
Au-delà du portrait, « Contre » nous offre une réflexion profonde sur la création artistique et l’académisme. Remarquable !
Contre de Constance Meyer, Agathe Peyrard et Sébastien Pouderoux d’après la vie et l’œuvre de John Cassavetes et Gena Rowlands, mise en scène Constance Meyer et Sébastien Pouderoux. Vu en septembre 2024. Crédit Photos Christophe Raynaud de Lage


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