Théâtre de la Concorde jusqu’au 28 février.

Sur scène, il est seul. Et pourtant ils sont des dizaines à traverser le plateau. Dans Forcenés, mis en scène par Jacques Vincey d’après le texte de Philippe Bordas, Léo Gardy transforme le cyclisme en fresque humaine et politique — avec une rigueur et une présence qui ne lâchent jamais la pente.

Un seul homme, des dizaines de voix

Champions cabossés, héros populaires, anonymes accrochés à leur guidon comme à une promesse d’ascension sociale — ils traversent tous le plateau, convoqués par un comédien unique. Léo Gardy est l’unique moteur de ce spectacle, et il en est aussi le coureur de fond : il ne lâche jamais, ne faiblit pas, porte le texte de Bordas avec une endurance qui force le respect.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’engagement physique. Léo Gardy ne joue pas le cyclisme : il le traverse. La scène se transforme en col, en langue de bitume, en virages dangereux. Il y a là une performance d’endurance autant qu’un travail d’orfèvre. Lui qui fut récemment un formidable Platonov déploie ici une rigueur et une précision impressionnantes — au service d’un texte qui l’exige entier.

Le vélo, machine à raconter le XXe siècle

Au-delà de la prouesse physique, c’est la curiosité qui irrigue le spectacle. Une curiosité vers l’histoire du cyclisme comme miroir de la société. Le vélo devient une machine à raconter. L’histoire sportive se mue en histoire politique, économique, culturelle. Elle parle de dopage comme symptôme d’une société obsédée par le résultat, par une médiatisation bon marché d’idoles désormais éphémères.

La mise en scène de Jacques Vincey : l’espace comme piste

Jacques Vincey signe une mise en scène sobre et précise, qui fait confiance au texte et au comédien sans chercher à les encombrer. La scénographie de Caty Olive et les lumières transforment le plateau en espace de course — ouvert, tendu, habité d’une lumière qui sait se faire bitume ou brouillard de montagne selon les instants.

La musique d’Alexandre Meyer et la vidéo d’Othello Vilgard complètent l’ensemble sans jamais prendre le dessus : tout ici sert le verbe de Bordas, porté par un Léo Gardy saisissante.

En bref

Forcenés est un spectacle rare. Ce seul en scène est exigeant et populaire à la fois, physique et littéraire, intime et épique. Il rappelle la force du théâtre, qui peut faire d’un guidon une fenêtre sur l’histoire du monde.

À voir, sans hésiter, pour les amateurs de cyclisme comme pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils le sont.


Texte Philippe Bordas (éditions Librairie Arthème Fayard, 2008).Adaptation et mise en scène Jacques Vincey. Avec Léo Gardy.Scénographie et lumières Caty Olive.Musique Alexandre Meyer.Vidéo Othello Vilgard.Production Compagnie Sirènes.Coproduction Théâtre de la Concorde. Crédit photo Othello Vilgard.Avec le soutien de la Maison de la Culture de Bourges, de la Maison des Métallos et des Plateaux Sauvages.

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