L’École des femmes — Molière / mise en scène Frédérique Lazarini Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 4 Juin.


Il y a des soirées théâtre où l’on entre en salle avec le poids discret de ses souvenirs scolaires — la misogynie d’Arnolphe disséquée en classe de première, la « fin à la Molière » expliquée au tableau, le patriarcat du Grand Siècle rangé dans la case « patrimoine à respecter de loin ».

Et puis le rideau s’ouvre, et tout ça tombe. Nous pensions assister à une pièce « du patrimoine », nous aurons beaucoup plus.

Frédérique Lazarini ne modernise pas L’École des femmes. Elle ne l’adapte pas. Elle fait mieux, et c’est là que réside son intelligence : elle nous offre de regarder l’aventure d’Agnès avec les yeux d’aujourdhui , sans toucher à un alexandrin, sans trahir l’esprit ni la lettre. Le texte de Molière débarasssé de ses costumes d’époque retrouve toute sa force. Le Barbon est le même. Et pourtant il est amoureux comme les hommes d’aujourd’hui qui s’autorisent — ou s’obligent — à le dire. Agnès est la même mais s’émancipe sous nos yeux avec la détermination tranquille des femmes du XXIe siècle.

Et puis il y a les caméras. Arnolphe surveille Agnès par un dispositif de surveillance vidéo, avec mur d’écrans de contrôle. Nous sommes au 21e siècle, le propos n’en est que plus solide. Ce n’est pas un effet de style plaqué sur du classique : c’est une métaphore, qui rappelle que la surveillance fabrique le pouvoir et la possession. Un motif dramatique qui renvoie chaque spectateur à sa propre complicité. A son actuel. On est voyeur. On le sait. On ne peut pas faire autrement.

La troupe est à la hauteur de l’exigence et de l’audace de la metteuse en scène. Cédric Colas compose un Arnolphe d’une complexité troublante — ni vieux barbon à railler sans remords, ni monstre commode, mais un homme humain dans son aliénation. Guillaume Veyre, Alain Cerrer, Hugo Givort, Emmanuelle Galabru — chacun habite son rôle avec cette vérité et cet humour qui sont la marque des grands comédiens de troupe. Et puis il y a Sara Montpetit. La comédienne québécoise signe une Agnès inoubliable : ingénue qui ne l’est déjà plus tout à fait, dont on voit — presque au ralenti — le vernis de l’innocence se craqueler scène après scène. Chaque confrontation entre Monsieur de la Souche et Agnès est un bijou dramatique drôle, tendu, douloureux, tout à la fois. Un bonheur de théâtre

Chapeau, Madame Lazarini.


adaptation, dramaturgie et mise en scène Frédérique Lazarini
assistée de Lydia Nicaud
scénographie et lumière François Cabanat
assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat
costumes Dominique Bourde et Isabelle Pasquier musique et son François Peyrony
vidéo Hugo Givort
avec
Cédric Colas ARNOLPHE, dit « Monsieur de la Souche »
Sara Montpetit AGNÈS, amoureuse d’Horace, nièce de Chrysalde Hugo Givort HORACE, amoureux d’Agnès, fils d’Oronte
Guillaume Veyre CHRYSALDE, ami d’Arnolphe et oncle d’Agnès Emmanuelle Galabru GEORGETTE, paysanne, servante d’Arnolphe Alain Cerrer ALAIN, paysan, valet d’Arnolphe / ORONTE, père d’Horace et ami d’Arnolphe
et la voix de Michel Ouimet Préceptes du Mariage (durée du spectacle 1h35). Vu le 26 mars 2026.


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