Le point de départ tient en une image : un homme qu’on appelait Gratte-Gratte, figure marginale d’un village de Gironde, meurt avec un ticket gagnant dans la main. Vingt mille euros. Le miracle a eu lieu — et il l’a emporté. C’est à partir de cette ironie absolue que Margaux Lebrun et sa troupe construisent leur pièce.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la joie. Le quatuor de comédiens joue avec une précision et une générosité : on assiste à une présence. C’est un théâtre choral au sens plein — personne ne prend, tout le monde donne.

La mise en scène entremêle les temps avec une fluidité qui doit beaucoup à une écriture de plateau revendiquée.

Deux jeunes personnes portant des oreilles de lapin se regardent avec complicité dans une ambiance de lumière orange et de brouillard.

On comprend que ce texte a été construit dans les corps avant d’être fixé sur la page. Il en garde la chaleur, les aspérités, les ruptures de ton qui font basculer une scène de tendresse en éclat de rire, ou l’inverse.

Il y a dans Gratte-Gratte une façon de regarder les gens ordinaires — ceux qui restent, ceux qui partent, ceux qui grattent — sans condescendance ni mythification. Juste de la précision, et quelque chose qui ressemble à de la tendresse.

On se souviendra longtemps de cette plongée dans les territoires. Et on se souviendra surtout de la performance d’Emmanuelle Taton, influenceuse trépidante et hilarante, dont chaque apparition embrase la salle.


De Margaux Lebrun avec Clara Navarro, Hugo Samperiz, Zoé Lignac, Emmanuelle Taton en alternance avec Margaux Lebrun. Jusqu’au 6 juin 2026, Théâtre La Flèche, Paris 11e.

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