du 4 au 25 juillet 2026 au Théâtre Transversal

Beau-Rivage — Clémence de Vimal, ou comment la parole brise le silence familial. Un seul-en-scène sobre et courageux sur l’inceste, la mémoire et la reconquête de soi


Clémence de Vimal incarne Elizabeth — Bobette, ou Babette, comme l’appelait son cousin aîné — et les membres de sa famille bourgeoise-aristocrate, nombreuse, qui se retrouvait à chaque vacance dans la maison de Beau-Rivage. Le décor plante sur scène un cadre doré démesuré et une malle recouverte de cartes à jouer, elles aussi démesurées. Un séjour à Beau-Rivage commence.

Avec une robe à fleurs dont les volants et les manches se déboutonnent — l’enfant grandit, mais pas seulement —, la comédienne excelle à faire un pas de côté. La famille parfaite existe-t-elle ? Les contes de fées ne recèlent-ils pas, parfois, des abus ?

Il suffit d’entendre la description magique du lieu de vacances, de ses rituels — prières, jeux collectifs, l’énumération des chambres — pour sentir, voire redouter, ce qui se joue à deux. Tout en délicatesse, l’approche de l’interdit, le déni, la conduite incestueuse sont mis en jeu. Le malaise s’insinue avec douceur, comme allant de soi : une vie de vacances où le jeu s’institue entre une enfant de cinq ans et un cousin de dix ans son aîné.

Que veut la plaignante ? Le pardon du cousin ? Peu à peu la demande individuelle se décale vers une démarche judiciaire — faire cesser, ôter le pouvoir de nuire. La mise au jour de pratiques incestueuses n’est pas nouvelle dans cette famille où le silence règne. En réalité, tout le monde sait. Parler serait synonyme de trahison ; résister, une façon d’exiger la reconnaissance d’une transgression — il s’agit bien de viol. Les scènes au commissariat, apparemment appuyées, se révèlent très justes : des questions, un soutien, les propos de la jeune femme enfin entendus comme tels.

Un propos centré sur l’après

Avec subtilité, ce spectacle issu de l’histoire intime de la comédienne invite à penser la transmission invisible — la sauvegarde de l’honneur familial, les actes minimisés (ce sont des massages, dit le cousin), la parole étouffée. Que devient une histoire après la mise au jour d’actes condamnés par la justice ? Comment s’organise la vie au sein d’une famille par ailleurs aimante ?

Prier, s’adresser à un autre — même muet — crée une porte de sortie, une réponse à ce j’ai besoin d’air. Fumer pour oublier, danser pour faire comme si cela n’avait pas existé. Croire à l’amour, faire confiance — est-ce encore possible ?

La comédienne dira plus tard, hors scène, quelques mots sur l’élaboration du spectacle à partir de ses carnets intimes : construire un récit où la vérité et la justice ont leur place, là où la famille ne veut rien savoir des maltraitances faites à l’enfant. Ce que le cousin appelle explorer porte un autre nom — celui que la justice reconnaît. Le viol est un crime.

Un spectacle engagé, sobre et splendide, qui dit avec force ce que le silence familial s’acharne à taire.


J’ai besoin d’air

C’est pour ça que je fume

de et par Clémence de Vimal

4 au 25 juillet 2026

Théâtre Transversal

10 rue Amphoux

84 000 Avignon

Soyez le premier à lire nos critiques et contributions

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture