Les couleurs du vivant : Stella Serfaty ressuscite la George Sand écologiste au Festival Off d’Avignon 2026

,

À La Scierie d’Avignon, du 4 au 25 juillet, Stella Serfaty et la Compagnie Théâtre des Turbulences présentent Les couleurs du vivant, spectacle d’après les écrits de George Sand. Une création de la maturité, dépouillée de tout effet, qui suspend le quotidien et reconduit chacun, dans le silence du vivant, à lui-même.

George Sand ou l’écologie avant l’heure

Il faut rappeler qui était George Sand pour mesurer ce que Stella Serfaty a choisi de convoquer. Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, née en 1804, morte en 1876, est l’autrice de plus de soixante-dix romans, de pièces de théâtre, d’une autobiographie et de textes politiques d’une rare lucidité. Femme de combat — pour l’égalité sociale, pour les droits des femmes, pour la cause ouvrière —, elle est aussi, et c’est ce que ce spectacle révèle avec force, une écologiste pionnière que l’histoire littéraire a longtemps recouverte sous le vernis du roman champêtre sentimental. Son texte La Forêt de Fontainebleau, écrit en 1872 à l’appui d’une pétition pour la protection du site, en fait le premier défenseur documenté d’un espace naturel en France. À sa mort, Victor Hugo déclara : « Je pleure une morte, je salue une immortelle. » On comprend mieux, au sortir de ce spectacle, ce que cette immortalité signifie.

Stella Serfaty, une œuvre au long cours

Depuis 1997, Stella Serfaty construit une œuvre cohérente et obstinée, toujours à l’écart des circuits dominants, toujours en direction d’un théâtre qui place le spectateur en posture active. La poussière qui marche d’après Svetlana Alexievitch, L’homme qui plantait des arbres d’après Jean Giono, Le Petit Prince d’après Saint-Exupéry, dans les bois d’après Thoreau, l’épouvantaille — autant de créations qui dessinent une ligne : la résistance poétique au monde tel qu’il va, la défense du vivant sous toutes ses formes, l’invitation faite au spectateur de redevenir sujet plutôt que consommateur de représentations. Les couleurs du vivant s’inscrit dans ce sillon — et le porte à un niveau d’accomplissement qu’on n’avait pas encore atteint.

La maturité comme dépouillement

Ce spectacle est celui de la maturité. Non pas au sens d’une sagesse tranquille, la rage militante est toujours là qui murmure, mais au sens d’un dépouillement. Il ne reste que l’essentiel. Des toiles naturelles, des matériaux glanés au sol, la voix de Stella Serfaty portant les textes de George Sand, et le chant de Mona Faruel — formée au lyrique puis au jazz, lauréate du Prix du Jury Trampolino Lyon 2023 — qui surgit là où les mots ne peuvent plus rien dire. La scénographie de Lucie Joliot n’est pas un décor : c’est un terrain, un espace habitable que les spectateurs traversent et dont ils deviennent, le temps de la représentation, les co-habitants.

Ce qui se produit alors est difficile à nommer. Ce n’est pas de la méditation, ce n’est pas du théâtre au sens traditionnel du terme, ce n’est pas non plus un atelier participatif au sens pédagogique. C’est quelque chose de plus rare que l’on pourrait nommer déconnexion. Le quotidien se suspend. Chacun, dans le mouvement même de l’expérience collective, se retrouve seul avec soi — et cette solitude-là n’est pas un repli, c’est un retour.

Un retour à ce que George Sand appelait « la respiration de tous les êtres ». On se revoit au monde, si l’on peut dire.

La force du travail de Serfaty est précisément de ne pas forcer ce mouvement. Elle ne cherche pas à produire un effet. Elle crée les conditions d’une rencontre — entre le spectateur et les textes, entre le spectateur et les matières, entre le spectateur et lui-même — et laisse chacun y trouver ce qu’il y trouve.


LES COULEURS DU VIVANT — D’après George Sand, conception et interprétation Stella Serfaty Festival Avignon Off 2026 — La Scierie, 15 boulevard Saint-Lazare, du 4 au 25 juillet (relâches les 5, 8, 15 et 22 juillet) — 11h


En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture