Robin Ormond et deux formidables Comédiens Français face au nihilisme de notre temps

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Au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 5 juillet, la Comédie-Française présente Séisme de Duncan Macmillan dans une mise en scène de Robin Ormond, avec Claire de La Rüe du Can et Jean Chevalier. Une pièce sur le désir d’enfant dans un monde en crise — ou plutôt : sur ce que la pensée écologique a accouché de Thanatos, et sur l’obstination de l’amour à résister quand même.

Ce que parler veut dire

Il y a, dans Séisme, quelque chose qui ressemble à une longue anamnèse. Une de ces séances tardives où la parole a fini par céder, où le sujet parle sans plus surveiller ce qu’il dit. On pense à une vieille femme que l’on reçoit en consultation, à l’aube de sa vie, et qui se raconte avec une franchise que les années ont rendue possible.

Deux personnes assises en face l'une de l'autre sur une scène sombre, éclairées par des lumières dirigées. Des vêtements colorés sont étalés entre elles, et des miroirs créent des reflets.

Duncan Macmillan, dramaturge anglais encore trop peu joué en France, a écrit avec Lungs — traduit ici en Séisme par Séverine Magois — une pièce dont la forme trompe son monde. Deux personnages dans les couloirs d’Ikea, une conversation sur le fait d’avoir ou non un enfant, des ellipses temporelles, des répliques qui se coupent. Sous ce chemin de couple, une archéologie du couple entre amour, lucidité et peurs. Car la question de l’enfant n’est pas vraiment la question. Elle est symptôme. Ce qui se joue, c’est la capacité ou pas de deux êtres à supporter ensemble l’indécidable — et à s’aimer quand même, ou à cause de ça.

L’écologie par Thanatos

La pièce capte quelque chose de précis dans l’air du temps : le nihilisme doux qui s’est installé dans une partie de la génération actuelle, cette mélancolie structurelle qui emprunte le vocabulaire de l’écologie pour formuler des questions qui sont, au fond, des questions sur le désir de vivre.

L’éco-anxiété, telle qu’elle traverse F et H, n’est pas seulement une préoccupation environnementale — c’est une forme contemporaine du rapport à la mort, un Thanatos qui s’avance avec les meilleures raisons du monde. Faire un enfant dans ce monde ? La question est vertigineuse. Croit on encore assez en la vie pour la transmettre.

C’est le combat contre le nihilisme qui est mis en scène. L’amour — même maladroit, même névrotique, même assiégé par les catastrophes annoncées — résiste sans triomphe mais par un entêtement irréductible, seule réponse possible au pessimisme de l’époque.

Deux personnes se tenant dans une pièce brumeuse avec des lumières blanches éclairant l'espace.

Le laboratoire de Robin Ormond

On avait été frappé, il y a peu, par Peu importe de Marius von Mayenburg que Robin Ormond avait mis en scène avec une rigueur et une intelligence du texte qui forçaient l’admiration. Séisme confirme qu’Ormond est un metteur en scène qui pense, qui construit, et qui sait se mettre au service d’une écriture sans pour autant disparaître derrière elle.

Le dispositif scénique est d’une efficacité redoutable. F et H évoluent derrière une paroi transparente, presque diaphane, dans une sorte de vitrine qui évolue imperceptiblement au fil de la représentation. Le public est mis en position de voyeur — position inconfortable mais contributive.

On observe ces deux êtres comme on observerait, dans un laboratoire, deux organismes soumis à une pression qu’ils ne comprennent pas. La progression des lumières — signées Manon Vergotte avec une sobriété exemplaire — accompagne le temps qui passe sans jamais l’illustrer.

Ormont construit un théâtre qui fait confiance au spectateur.

Deux acteurs en train de discuter sur scène, l'un en t-shirt noir et l'autre en top marron. Ils se tiennent devant un miroir, créant des réflexions dans l'arrière-plan.

Deux interprètes au sommet

Et puis il y a Claire de La Rüe du Can et Jean Chevalier dont les performances méritent qu’on s’y arrête. Ils sont formidables — le mot est faible, mais c’est le bon. Ils portent un texte dont la difficulté n’est pas celle qu’on croit : il ne s’agit pas de mémoriser des répliques en cascade, mais de trouver et de tenir, pendant toute la durée du spectacle, ce point d’équilibre instable entre la chute et le jaillissement.

Ensemble, ils forment ce qu’un couple est : deux solitudes qui cherchent, dans l’autre, non pas une réponse, mais une raison de continuer à poser la question.

Une création à ne pas manquer.


Séisme Avec Claire de La Rüe du Can, Jean Chevalier. Mise en scène Robin Ormond — De Duncan Macmillan — Théâtre du Petit Saint-Martin, jusqu’au 5 juillet 2026. Crédit photos © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française. vu le 22 mai 2026


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David Rofé-Sarfati est psychanalyste (Association Lacanienne Internationale, Espace Analytique) et fondateur de L’Autre Scène. Dans sa clinique, il reçoit à Paris 17e et développe une réflexion originale sur la psychanalyse du comédien et s’est spécialisé dans les enjeux psychiques de la PMA.

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