Cartomancienne à Paris, Maria raconte, chanson après confession, comment on répare une enfance blessée en écoutant celle des autres. Un théâtre musical d’une grande sensibilité, entre récit intime et fiction, par la Cie DET KAIZEN.
Maria apparaît et raconte, de façon presque anodine, sa mère cartomancienne — cette tradition transmise de mère en fille. Une légèreté de ton qui prendra une teinte traumatique à mesure que l’histoire se dévoile. Pas à pas, Maria raconte l’anodin d’une famille à la fois violente (le père) et aimante (la mère).
Connaître le futur : une nécessité ? Tel est l’enjeu du propos de la pièce, qui interroge notre besoin contemporain de clairvoyance sur l’instant. Maria a d’abord connu le monde à travers les histoires que lui répétait sa mère — celles de gens avides de savoir le pourquoi de leur vie, de ses coïncidences, de ses signes. Devenue cartomancienne à son tour à Paris, elle reçoit aujourd’hui ceux qui viennent chercher, dans son salon, une réponse à ce qu’ils ne savent plus lire eux-mêmes.
Le spectacle dépose des paroles qui existent entre fiction et réalité : celles de Maria Vassalli, la cartomancienne réelle dont les entretiens ont nourri l’écriture d’Olivia Barron et Gaëlle Hermant, et celles, fictionnées, des trois personnages qui viennent la consulter.
Le tarot serait-il une façon de lire les événements du présent — ou plutôt de tenter de comprendre ceux que la vie n’explique pas ? Comment protéger l’amour pour l’une sans accepter de souffrir à cause de l’autre, le père ? L’enfant, au cœur de ce déchirement, fait face au secret et s’y tourmente. Le récit ne représente jamais visuellement cette violence — le spectacle est frontalement averti : évocation de violences parentales et d’inceste, sans représentation visuelle, à partir de 14 ans.
Dire avec le son et la musique ce que les mots ne peuvent pas dire directement. Les musiciennes — Viviane Hélary au violon, Claudine Pauly au violoncelle — occupent l’espace des non-dits, ou du moins se rendent présentes aux béances familiales. Les sons et les paroles chantées viennent dire la profondeur des sentiments là où le récit s’arrête. Le père, lui aussi, chante — en anglais — paroles tues d’un côté, paroles chantées de l’autre. Se comprendre au-delà du temps qui passe ?
Pardonner, donner — ou plutôt laisser à l’autre sa part, pour que se libère le poids de la culpabilité. Allégée des actes du passé, reconstruite par un art martial japonais, le Kinomichi — « ce que le tarot a fait pour mon âme, le Kinomichi l’a fait pour mon corps », dit Maria — elle raconte la métamorphose de son drame en puissance vitale. Le plateau devient peu à peu, sous nos yeux, un dojo : un lieu sacré et protégé où le corps peut enfin se réparer.
La réparation recherchée s’exprime par le re-don d’une mise en scène où chaque personnage vient, témoigne, et donne ainsi un éclat de voix — Le Pape et Jack (John Arnold, en alternance avec Samuel Churin), Léo-Paul et Le Mat (Jules Garreau), La Papesse (Claire Duchêne) — les figures du tarot se mêlant aux figures réelles qui peuplent la mémoire de Maria (Magaly Godenaire).
Un spectacle d’une grande sensibilité, sur la qualité de la relation entre les êtres — et sur ce qu’écouter l’autre peut, parfois, réparer en soi.
Informations pratiques : Maria, Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Saïn, Avignon, à 18h25 du 4 au 23 juillet 2026 (relâches les 10 et 17 juillet), 1h20. Mise en scène Gaëlle Hermant, texte Olivia Barron et Gaëlle Hermant, Cie DET KAIZEN.



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