Tout au long du mois de juillet 2026, à la Malle Bleue, la rencontre franco-ukrainienne « Art(s) en Résistance(s) » expose en marge du 80ᵉ Festival d’Avignon les images d’un pays qui, sous les bombes, n’a jamais cessé de faire théâtre. Une exposition photographique et picturale que le Off, cette année encore, prolonge sur ses plateaux — de « Carnets d’Ukraine » au Chêne Noir à « Maintenant je n’écris plus qu’en français » au 11 Avignon.
Il y a quelque chose d’obstiné, presque symptomatique, dans le fait qu’une culture continue de se représenter au moment même où elle est menacée de disparition. C’est ce paradoxe que documentent, chacun à leur manière, le photojournaliste Thibault Izoret Masseron (le Figaro) et Laurent Cangioni, fondateur d’Art(s) en Résistance(s). Le premier a passé plus de six mois sur la ligne de front ; le second a suivi ce qui, en Ukraine, continue de se jouer sur les planches. Leurs clichés, exposés ensemble à la Malle Bleue, mettent côte à côte une vie quotidienne exposée à la guerre et une vie théâtrale qui refuse de s’interrompre — deux régimes d’image qui se répondent plus qu’ils ne s’opposent.
L’exposition est accompagnée des toiles d’Aliia Baitenova et de Marie Espardellier, et ponctuée tout le mois par des performances — lectures, monologues, extraits scéniques — portées par des compagnies ukrainiennes, à la Malle Bleue comme au Théâtre des Carmes. On y verra notamment la compagnie Coryphei de Kropyvnytskyï jouer La représentation n’est pas annulée de Jean-Pierre Martinez, et le théâtre Art-Galaxy de Poltava présenter Riposte de Neda Nejdana.
Un théâtre qui refuse de se taire
Ce dialogue entre l’image et la scène trouve un écho appuyé dans la programmation du Festival Off 2026 lui-même, où la guerre en Ukraine irrigue plusieurs propositions fortes. Au Théâtre du Chêne Noir, Carnets d’Ukraine, adapté des dessins que Michel Hazanavicius a rapportés d’un séjour près du front et porté en seul-en-scène par Hugo Becker, donne corps aux témoignages de celles et ceux qui vivent la guerre au quotidien, un récit sobre et bouleversant qui donne la parole à celles et ceux qui vivent la guerre en Ukraine.

Au 11 Avignon, Maintenant je n’écris plus qu’en français creuse un autre versant du même déchirement. Viktor Kyrylov y raconte, en seul-en-scène, comment le 24 février 2022 l’a surpris à Moscou, où il étudiait au prestigieux GITIS, vivant depuis trois ans son rêve d’enfance avant que la guerre ne le transforme en trahison. Le texte s’y construit comme le lieu même du choix impossible entre la famille et la patrie, la jeunesse et la mort, la haine et l’amour, la trahison et la culpabilité, une langue française adoptée, dit le titre, comme point de bascule identitaire, là où la langue russe apprise devient soudain innommable. La critique a salué la justesse de ce geste : la presse y a vu un spectacle qui offre à l’actualité une intelligibilité sensible dont l’acuité ne faiblit pas au fil des mois .

Ce que ces spectacles mettent en scène, au fond, c’est moins la guerre elle-même que la position du sujet sommé de choisir un camp, une langue, un métier — comédien ou soldat —, quand l’Histoire ne laisse plus de place à l’indécision. Le plateau devient alors le seul lieu où ce déchirement peut encore se dire sans se résoudre.
Informations pratiques
📍 La Malle Bleue — 11B rue des Teinturiers, 84000 Avignon 📅 Du 1ᵉʳ au 31 juillet 2026 🕙 De 10h à 17h 🎟 Entrée libre
À voir en parallèle dans le Off 2026
- La représentation n’est pas annulée (Jean-Pierre Martinez) — Cie Coryphei, Kropyvnytskyï
- Riposte (Neda Nejdana) — Théâtre Art-Galaxy, Poltava
- Carnets d’Ukraine — Théâtre du Chêne Noir, du 4 au 25 juillet, 16h15
- Maintenant je n’écris plus qu’en français — Le 11 Avignon, du 4 au 23 juillet, 15h05



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