AVIGNON : « Des Fleurs pour Algernon », l’intelligence comme effraction du sujet

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William Mesguich prête son corps et sa voix à Charlie Gordon, l’apprenti boulanger du roman de Daniel Keyes propulsé génie malgré lui. Un monodrame pour un comédien et deux musiciens, où le rythme fait office de pensée. Succès du Off 2025, le spectacle revient au Théâtre du Roi René pour l’édition 2026.

Vertu de la science-fiction

Daniel Keyes (1927-2014), écrivain et scénariste juif américain, doit sa notoriété à un seul roman, Des Fleurs pour Algernon, publié en 1959 — un drame qui n’a rien perdu de sa portée. Expert du genre, l’auteur noue des éléments scientifiques à une interrogation psychologique et éthique. Algernon, souris de laboratoire dont l’intelligence a été artificiellement décuplée, en constitue l’emblème. Le récit se déploie en une série de chroniques tenues par Charlie Gordon, apprenti boulanger frappé d’un handicap mental, qui s’apprête à son tour à subir l’opération. Par cette auto-narration, où s’énoncent son évolution et ses affects, se dessine moins une question sur l’intelligence qu’une interrogation sur la sensibilité au monde, la solitude, l’identité et la place de chacun dans l’humain. Une méditation sur la limite que rencontre tout progrès scientifique face à la vie elle-même.

It don’t mean a thing

Porter à la scène tout à la fois l’utopie scientifique, le dilemme éthique et le parcours philosophique que trace Daniel Keyes n’allait pas de soi. William Mesguich a fait le choix d’un plateau dépouillé : Charlie Gordon assis sur une chaise, tandis que derrière un voile, deux musiciens — Amélie Stillitano au piano, Raphaël Simon aux percussions — tissent une trame sonore discrète. Ils accompagnent le récit sur une pente qui va du son erratique à la mélodie, comme une petite musique intérieure du héros. On songe à Henri Meschonnic, pour qui la pensée se vit dans le rythme. On songe à Duke Ellington et à son fameux It Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing).

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