« Waiting for Audience » : Nelson Chia et le fantôme de Louis Jouvet

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Est-ce que Nelson Chia a lu Le comédien désincarné de Louis Jouvet ? On lui a demandé. Eh bien non. Et pourtant cette petite merveille de théâtre, de pantomime et d’humour venue de Singapour reprend tout l’amour de Jouvet pour la scène, et rejoue à sa manière la centralité et la primauté du texte, la place souveraine du spectateur, et quelques autres concepts que le vieux maître aurait aimé retrouver, cent ans plus tard, en Avignon

Un vieux théâtre s’apprête à donner sa dernière représentation. Deux acteurs, A et O, s’y retrouvent seuls. Ils se chamaillent, s’affrontent, créent, s’interrogent, et ils attendent — encore, et encore. Mais le public viendra-t-il un jour ?

C’est là tout le génie du dispositif imaginé par Nelson Chia, pour la compagnie singapourienne Nine Years Theatre : faire d’une salle qui pourrait rester vide le sujet même de la pièce. On songe forcément à Beckett — le titre ne s’en cache pas — mais on pense à Jouvet. Car ce que Jouvet n’a cessé de répéter à ses élèves du Conservatoire, consigné dans ce texte magnifique et clandestin qu’est Le comédien désincarné (1954), c’est que le comédien n’existe pas sans un texte à servir, et que ce texte lui-même n’existe pas sans un public pour le recevoir. L’acteur seul, sans partition et sans salle, n’est qu’un corps désarticulé, une marionnette privée de fil.

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David Rofé-Sarfati est psychanalyste (Association Lacanienne Internationale, Espace Analytique) et fondateur de L’Autre Scène. Dans sa clinique, il reçoit à Paris 17e et développe une réflexion originale sur la psychanalyse du comédien et s’est spécialisé dans les enjeux psychiques de la PMA.