Révélation du Festival d’Avignon « In » en 2021, le Tartuffe du Nouveau Théâtre Populaire revient sur une piste de bois nu, à la Scala Provence. Léo Cohen-Paperman y met en scène un combat : celui du verbe de Molière contre l’énergie débridée d’une troupe qui le pousse jusqu’au bord de la rupture, sans jamais le rompre.
Il y a une manière de servir un classique qui consiste à le protéger — le poser sous verre, feutrer les voix, ralentir le débit pour qu’aucune syllabe ne s’échappe. Le Nouveau Théâtre Populaire fait l’inverse, et c’est ce geste-là qu’il faut d’abord saluer : son Tartuffe défend le texte en le jetant dans l’arène plutôt qu’en le mettant en vitrine. L’alexandrin tient. Il résiste au rythme fou qu’on lui impose, à la course, au corps à corps, au souffle court des comédiens qui se le disputent comme un objet précieux qu’on se lance sans jamais le laisser tomber. C’est une apologie du texte par l’épreuve plutôt que par la révérence — et Molière en sort intact.
Le dispositif est nu : une piste de bois et deux portes. On aura ajouté une table toutefois, celle sous laquelle on devra se cacher. Ce choix scénographique renoue avec quelque chose que le texte de Molière porte en lui depuis toujours et que le confort des salles à l’italienne a fini par recouvrir : son origine foraine, sa fabrication pour le tréteau, pour la troupe itinérante, pour un public debout qui ne pardonne rien.
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