« Quatrevingt-treize », l’Histoire de France tient dans une poche

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Dans l’écrin resséré du Poche-Montparnasse, Marion Bierry fait entrer la Terreur, la Vendée et l’océan tout entier. Une adaptation avec tout Hugo, toute l’Histoire, avec tout l’humour.

On s’inquiétait du projet fou : faire tenir Quatrevingt-treize, fresque hugolienne de la Révolution et de la guerre civile vendéenne, dans les quelques mètres carrés du Poche-Montparnasse. C’est précisément ce pari que Marion Bierry, après le triomphe de son Menteur de Corneille, relève avec une insolente maestria.

Rien pourtant n’est simplifié. En un peu plus d’une heure trente, le spectacle parcourt toute la géographie de Hugo : les forêts de Bretagne où rôde le marquis de Lantenac, les côtes balayées par la tempête, la Tourgue assiégée, Paris et sa Convention. La scénographie, dépouillée à l’extrême, ne cherche jamais l’illusion du grand spectacle ; elle colle avec un rythme parfait au texte et la salle se love soudain dans l’immensité du récit. Le petit théâtre devient vaisseau, forêt, tribunal, champ de bataille.

Car Quatrevingt-treize n’est pas qu’une épopée guerrière : c’est un roman de la filiation. Lantenac et Gauvain, l’oncle royaliste et le neveu républicain, incarnent la famille de sang déchirée par l’Histoire ; Cimourdain, ancien prêtre devenu révolutionnaire inflexible, est le père spirituel qui ne survivra pas à son fils d’élection ; le sergent Radoub, sans-culotte parisien, invente lui une famille recomposée en adoptant les enfants de Michelle Fléchard, paysanne vendéenne. Trois généalogies, trois façons de répondre à la même question : de qui sommes-nous les fils, et à quel prix ? Cette tension entre la loi du sang et celle de l’esprit trouve sur la scène pensée par Marion Bierry, une caisse de résonance inattendue.

Rien ne dilue le corps à corps, rien n’échappe au spectateur, placé au plus près du dilemme. Au centre, le génie de Hugo.

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