Au Studio Hébertot, Antoine Sentis signe avec Relationshit un vaudeville en milieu high-tech où de jeunes ambitieux sont prêts à tout pour sauver leur place. Une trahison s’y glisse comme une puce à l’oreille, et la troupe, formidable, emporte tout sur son passage.
La puce à l’oreille
Sarrautech, start-up innovante et branchée, est au bord de la faillite. Dans l’open-space, sous un néon qui promet « un monde meilleur », chacun sourit et chacun dissimule. Les collaborateurs sont sur la sellette, et les deux frères qui dirigent l’entreprise, que beaucoup oppose, luttent pour sauver leur place. Le décor est planté pour un vaudeville d’aujourd’hui, celui des jeunes loups de la tech, où la bienveillance affichée sert de paravent aux appétits. Ou les discours vertueux escamotent les pires malices.
On pense à Feydeau, on pense à La Puce à l’oreille. Une trahison va pointer son nez, et autour d’elle se noue une intrigue aussi savoureuse que constructive, aussi drôle que dynamique.
Derrière la satire, Antoine Sentis touche à quelque chose de plus ancien : la rivalité fraternelle. Il ne s’agit plus seulement de sauver une entreprise, mais d’exister dans le regard de l’Autre.
Des portes qui ne claquent pas
Poursuivons la comparaison avec le vaudeville. Ici, les portes ne claquent pas : il n’y en a pas. Mais la scénographie en reprend l’idée, celle d’une circulation continuelle où les personnages entrent et sortent à la cadence de l’intrigue. Le cadre lumineux de l’open-space devient peu à peu une cage, et ses bords une frontière que l’on franchit pour comploter, pour fuir ou pour porter les coups. Le rythme ne faiblit jamais. On ne s’ennuie pas une demi-seconde.
Une troupe qu’on ne veut pas quitter
Les comédiens sont absolument formidables : merveilleux, généreux, d’une énergie qui ne faiblit pas. Antonin Dobrowolska, Jean-Charles Deval, Martin Pommier et Quitterie Arnaud et Héléna Sadowy, ne jouent pas des caricatures. Ils incarnent des êtres mi-réel mi-fiction qui se battent pour leur survie. La comédie se déplace : ce que le spectateur attribuait d’abord à ses collègues commence à lui ressembler.
On rit beaucoup, on s’identifie souvent, et l’on s’émerveille pour longtemps de cette troupe qu’on ne voudrait pas quitter. Bonne nouvelle : un deuxième opus est déjà programmé dans la même salle. Cette très bonne surprise du Studio Hébertot n’a donc pas fini de nous faire rire.
Relationshit — création Antoine Sentis, avec Antonin Dobrowolska, Jean-Charles Deval, Martin Pommier, Quitterie Arnaud et, en alternance, Ambre Rochard et Héléna Sadowy — production Compagnie Sarrautech — Studio Hébertot, 78 bis bd des Batignolles, Paris 17e — jusqu’au 17 novembre, lundis et mercredis à 21h — réservations 01 42 93 13 04 — Visuel © Compagnie Sarrautech.



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