D’où va-t’on ? de Clémentine Yelnik, mis en scène par Clémentine Yelnik, Clélia Pires

vz-DEAC390E-DF9A-4817-B317-6B8F63C22915Elle arrive sur scène, les yeux ronds tournés vers le lointain. L’allure interplanétaire qui semble traverser le temps, Victoire Coschmick n’est pas d’ici, ni d’ailleurs. « D’où va- ton ?* » est le titre de la pièce sensible de Clémentine Yelnik, où d’un autre temps, d’un autre part, le personnage vient témoigner et questionner l’évolution des rapports humains et l’orientation du monde.

Le spectateur, parfois pris à partie par Victoire Coschmick, suit  l’émission radio qui a lieu cette fois, dans un théâtre. L’écrivaine répondant au journaliste (voix hors-champ)  embarque les auditeurs dans un voyage jalonné des périodes historiques cruciales. De l’homme de Cro-Magnon à la tyrannie de l’argent en passant par Galilée, le personnage convoque le sens de l’humanité avec une fantaisie et une gravité qui bousculent. Clémentine Yelnik, auteure et comédienne, seule sur scène, s’anime d’une densité qui met en relief la fluidité et la profondeur de son écriture. La mise en scène de l’artiste et de Clélia Pires, drôle et sobre, témoigne avec justesse de la force du texte.

Les échos avec le magnifique conte musical de Jofroi « Bienvenue sur la terre » rappellent la richesse des œuvres théâtrales relatives à l’existence lorsqu’elles portent la qualité de s’adresser à tous les âges.

Le public se prend de sympathie pour cette extra-terrestre, témoin généreux de l’absurdité  et des tiraillements de l’homme, de ses doutes et de sa tendresse, mais aussi de la menace qu’il est pour lui-même. L’identification est double : Victoire Coschmick nous ressemble par son sens critique qui interroge, cependant chacun de nous peut se reconnaitre dans les attitudes dénoncées.

Clémence Yelnik nous livre une réflexion grinçante et poétique sur le sens de l’existence. Des origines du primate à son devenir, l’artiste des mots et de la scène étire l’échelle du temps pour un face-à- face entre les hommes. Le cheminement est emprunt de douceur et d’ouverture. C’est dans ce bain de générosité que le public se laisse prendre par la main, se demandant secrètement si la terre tourne bien rond.

A la fin du spectacle, nos consciences remuées mais réveillées, traversées par l’amour que Clémentine Yelnik consacre à l’humanité, nous quittons la salle avec la certitude d’avoir partagé un moment fort d’humanité.

(© Aurore Jesset – psychanalyste et écrivaine )

*Représentations jusqu’au 28 février  2015 au Lucernaire

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