Avec une énergie communicative, une troupe de comédiennes formidables se saisit de l’hypothèse du matriarcat. Épatant.

Un mythe pour une remise à zéro

Le titre fait référence à la mythologie nordique dans laquelle la Valkyrie est une femme guerrière, souvent à cheval et armée d’une lance. Ava Baya, accompagné de Pierre Pfauwadel, a écrit un texte qui imagine ce qu’aurait pu (ce qu’aurait dû ?) être la face du monde si le patriarcat n’avait pas été institué. Elle nous emmène à l’origine, à l’endroit de l’archaïque, à une date qui voyait la force physique récompensée par la loi, à un moment qui posait le contrat hétérosexuel (qui accouchera entre autre de la culture du viol) comme contrat social, et elle rebat les cartes.

Qu’en aurait été de cet avantage physique qui initialisa notre civilisation s’il avait été donné au féminin. S’il avait été accaparé par les amazones ?

Heroic fantasy

L’ambiance est sombre et océanique. Une tribu amazone envahit le public pour l’avènement du matriarcat. Nous sommes transportés par une scénographie façon heroic fantasy à l’instant décisif où les hommes vont décider du destin de leurs enfants portés par les femmes, au moment de bascule où le matriarcat aurait été possible. Que faire des fils ? que faire des Hippolytes?

« Quand tu sauras mon crime, et le sort qui m’accable,
Je n’en mourrai pas moins, j’en mourrai plus coupable. »

La pièce renverse l’équation. Les mères sont désormais garantes de la loi et elles tueront les fils coupables pour préserver la cité. Phèdre deviendra guerrière. L’abolition de l’homme en tant qu’être masculin voulue par Monique Wittig aura lieu. L’humanité est renouvelée. L’utopie reste tragique, mais devient merveilleuse. L’impasse du patriarcat s’escamote sous le matriarcat, et sous la même impasse. Cependant, les choses sont dites et c’est épatant.

Il y a une violence assumée dans le geste de cette troupe lumineuse. Mais pas seulement. Dans un retour entre les personnages et les comédiennes jaillit un humour fait de joie (immense) et d’adresses au public (admirables).

Il y a spectacle ! et ce spectacle nous donne à penser.

Une très belle proposition pour le festivalier.


du 29 juin au 21 juillet relâche les 2, 9, 16 juillet
12h30 1h15
TRANSVERSAL (THÉÂTRE)


Acteur·rice : Ava Baya, Guillermina Celedon, Sasoux Dosso, Laura Facelina, Mélissa Polonie, Hélène Rimenaid
Metteur·se en scène : Pierre Pfauwadel

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