Chaque adaptation sur scène d’une œuvre littéraire pose la question cardinale de l’utilité de la version dramatique et au-delà de l’apport que constitue l’incontournable et nécessaire trahison de l’œuvre. Jean-Baptiste Artigas offre une lecture captivante de la nouvelle de Camus.
Le comédien est formidable de présence. Assis, il joue d’un yoyo, signe d’ennui, de distance mélancolique, de pessimiste et de solitude. Il saisit le public et déploie sa confession intime, épaisse et lumineuse.

La Chute d’Albert Camus, publié en 1956, est un roman philosophique présenté sous la forme d’un long monologue. Le narrateur, Jean-Baptiste Clamence, est un ancien avocat parisien. Il se décrit comme un homme vertueux, généreux et engagé dans des causes justes. Il se présente aussi comme un séducteur avantageux par la nature. Un événement anodin va changer radicalement sa vision de lui-même. Un soir, alors qu’il traverse un pont à Paris, il entend une femme se jeter dans la Seine. Il n’intervient pas pour la sauver. Ce moment de lâcheté le conduit à une bascule : À Amsterdam, il abandonne sa carrière d’avocat pour devenir un « juge-pénitent », une figure ambiguë qui avoue ses propres fautes pour mieux juger celles des autres. Il se plonge dans une auto-critique sans fin. Sa confession fait maïeutique et edifie. Le roman explore des thèmes tels que la culpabilité, le jugement, la mauvaise foi et l’hypocrisie. Tout discours moral serait une forme de tromperie, une manière de fuir la réalité de la condition humaine. Le propos sur la complexité de la conscience morale est toujours aussi actuel.
La performance de comédien de Jean-Baptiste Artigas nous plonge au cœur même du cas de conscience. Il est animé par le texte. Son corps est traversé par les doutes tandis qu’il feint une distanciation réfléchie. Fidèle à l’écriture blanche de Camus, il sait nous faire accéder sous les paroles calmes au vertige du conflit moral.
Une réussite à voir avant de relire le roman.
La Chute
Auteur : Albert CAMUS
Mise en scène : Jean-Baptiste ARTIGAS
Distribution : Jean-Baptiste ARTIGASCrédit photo ©Philippe Hanula
Vu le 1 septembre à l’Essaion


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