Elle avait marqué les esprits avec son adaptation de l’Illiade en 2015. Elle en devenait une artiste majeure dans le paysage du théâtre français. Pauline Bayle poursuit son exploration des grands textes du répertoire en ravivant l’œuvre capitale de la Comédie Humaine.


Pauline Bayle aime nous faire adorer les grands textes. Forte de sa patte si particulière, elle construit deux heures trente, brutes et incandescentes, d’un spectacle théâtral ; comédienne, elle-même, elle aime les comédiens et les comédiennes.

L’intrigue

Illusions perdues est un roman d’Honoré de Balzac, publié en trois parties entre 1837 et 1843. Il fait partie de La Comédie humaine. Il est l’une des œuvres les plus importantes de l’auteur.

Le roman dépeint la montée et la chute d’un jeune poète ambitieux, Lucien Chardon (ou Lucien de Rubempré), dans le monde de la presse et de la culture, dominé par l’argent, les intrigues, les romances et l’hypocrisie. Au sein d’un monde dans lequel la collusion des notables fait loi.

Illusions perdues est une tragédie sociale, une critique mordante de la société française du XIXe siècle. À notre époque où le populisme de deux extrêmes, armés d’organes de presse accommodants, se disputent les esprits et les bulletins de vote, ces chroniques balzaciennes de la démagogie et de la propagande sont savoureuses.

Pauline Bayle ne nous prive de rien. L’ascension et la chute d’un jeune homme, broyé par les réalités sociales et économiques de son époque, feuillettent les ambitions, la corruption, la lutte des classes, la force délétère des tribuns talentueux, l’argent et la presse. Avec Najda Bourgeois (magnétique Vautrin) et Anissa Feriel (remarquable Lucien) nous traversons la réalité, les illusions et la langue de Balzac.



La doctrine Pauline Bayle

L’écriture scénique de Pauline Bayle, qui pourrait parfois faire penser à celle de Stéphane Braunschweig, estime, à l’instar du directeur de l’Odéon, son public ; elle nous ouvre réflexion et élaboration. La mise en scène est axée sur le texte et l’acting. Dans un dispositif en quadrifrontal, sur un plateau vide, les comédiens sont abandonnés sans le secours du quatrième mur ou d’un élément de décor ; ils affrontent le vertige du texte et des affects. Les moments de grâce sont nombreux. Chaque comédien, chaque comédienne défend plusieurs rôles, ce qui ajoute à la performance et à la tension, ce qui offre à l’ensemble une vélocité unique.

Pourquoi aller voir la pièce de de Pauline Bayle.

Le premier mot qui vient est virtuosité. Cette virtuosité fascine. La troupe en déséquilibre et donc en responsabilité souffle une énergie vivace dans la salle. Le plaisir littéraire et celui du théâtre se mélangent. Le moment est formidable. Le texte de Balzac intelligemment ciselé par Pauline Bayle est magnifique, et n’a rien perdu de son actualité. Nous l’apprenions récemment : au sein du grand quotidien du soir, propriété de l’opérateur de téléphonie populaire, le rédacteur adjoint du service international chargé du Moyen-Orient est marié à une militante palestinienne radicale, antisioniste et pratiquant sans vergogne l’apologie du terrorisme du Hamas. La pièce est actuelle, nécessaire, essentielle.


ILLUSIONS PERDUES D’après Honoré de Balzac
Adaptation et mise en scène Pauline Bayle
Avec :
Manon Chircen, Zoé Fauconnet ,Anissa Feriel, Frédéric Lapinsonnière, Adrien Rouyard, Najda Bourgeois
Scénographie Pauline Bayle, Fanny Laplane
Lumières Pascal Noël
Costumes Pétronille Salomé
Musique Julien Lemonnier
Assistante à la mise en scène Isabelle Antoine
Assistante à la mise en scène en tournée Audrey Gendre
Régie générale, lumière Jérôme Delporte, David Olszewski
Régie plateau Lucas Frankias, Jean-Baptiste, Juliette Rudent-Gili
Régie son Tom Vanacker
Photos Simon Gosselin

vu le 7 septembre 2024 au Théâtre de l’Atelier

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