On avait dit pas la famille, Eva Gruber, Estelle lesage, au Lucernaire.

1425289859_onavaitditplf_affiche300Eva Gruber, avec un nom pareil, elle a intérêt à assurer!

Et bien, elle assure! (ie : faut courir aller voir ce spectacle)

Eva Gruber nous raconte sa famille, nous livre sa bio, celle d’une femme multiple née d’une psychanalyste et d’un israélien. Au milieu d’une dizaine de chevalets de musique sans partition et d’un piano sans pianiste qui parfois s’illumine, parfois s’enfume, Eva se moque avec tendresse de sa mère, de son père, de sa famille, des juifs, d’Israël, des Allemands, de Freud et des psychanalystes.

Philip Roth explique qu’une bonne biographie est une biographie qui respecte la véracité des faits et où la part de spéculation psychologique est réduite au minimum. A ce titre le spectacle biopic, d’Eva Gruber est une bonne biographie. Seule une vraie vie réussirait à être aussi exceptionnelle, aussi impossible. Quant au psychologique, il est escamoté mais grosse d’une émotion forte et communicative.  Et l’émotion cherche à déborder, elle déborde dans un humour agissant; elle déborde aussi dans des intermèdes musicaux à la Molière. La comédienne est une cantatrice*. Elle est une formidable comédienne, une redoutable performeuse,  nous donnant à entendre et à voir, en tension, chaque membre de son arbre généalogique. Elle apostrophe son public nous instruisant avec l’autorité d’un maître d’école des faits marquants de son anamnèse. Elle s’amuse avec ces événements les manipulant, jouant avec eux. Pour nous dire que ces événements sont en elle et hors elle, qu’ils expliquent tout, tout ce qui désormais va advenir. L’inversion des temps, où Eva nous avertit de ce qui est déjà advenu pour expliquer ce qui va advenir, où elle semble nous mettre en garde contre quelque chose qui a déjà eu lieu, signerait la névrose, si l’humour et les mots d’esprit ne traversaient la pièce, et si cet humour du texte conjugué à la richesse de la mise en scène ne posaient , comme un sauvetage, un décentrage du récit. (Les personnages sont matérialisées par des chevalets, des portes partitions, leur partition de vie)

11074106_814868351895380_103252606998664980_nIl semble qu’au fond,  Eva, a su échapper à la psychanalyse, tout en l’étreignant surement, en la contournant par un œuvre artistique conséquente. Eva parle de l’universel de la dette à nos origines, de la question récurrente de la transmission et de l’héritage. Elle a manifestement décidé de jouer sur un piano magique où chaque clé serait un déjà là à protéger,  à préserver ou à éviter et  où certaines clés seraient piégées.

Ma mère m’a donné une liste de trois psychanalystes ! Le dernier de la liste ne portait  pas de numéro de téléphone, c’est celui que j’ai choisi.  

Y avait-il un piège ?

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* Eva Gruber, autrice et interprète Eva Gruber commence par faire du théâtre avant de se tourner vers le chant lyrique. Sa voix de mezzo lui permet d’aborder rapidement sur scène un large répertoire ; Troisième dame dans La Flûte enchantée de Mozart, Olga dans Eugène Oneguine de Tchaikovski, Suzuki dans Madame Butterfly de Puccini, Geneviève dans Pelleas et Mélisande de Debussy, ainsi que le rôle de Carmen qu’elle chante à plusieurs reprises.

Note d’intention de l’auteur : Ce projet est né alors que j’écrivais un texte qui devait servir d’introduction à l’Aria de Cage que l’on m’avait demandé de chanter à l’occasion de la Nuit de la Folie de la Péniche Opéra. J’avais choisi pour aborder l’œuvre d’y parler de mon rapport à la folie, et plus précisément de la folie dans ma famille. Alors que j’écrivais, il m’est apparu que le texte devenait plus important que l’œuvre elle-même. Je me suis alors demandé ce qu’il se produirait si je n’interprétais pas l’Aria. Si pour reprendre Peter Handke dans Outrage au public « Ce qui doit advenir ne se produira pas ». Il se produira alors autre chose : un autre type d’Aria.

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