• A l’Atelier jusqu’au 3 mai, « En attendant Godot », par Jacques Osinski, la version tant attendue.

    A l’Atelier jusqu’au 3 mai, « En attendant Godot », par Jacques Osinski, la version tant attendue.

    Au théâtre de l’Atelier, apres sa création au Festival Off d’Avignon, Jacques Osinski poursuit son exploration de l’œuvre de Beckett. Sur scène, Denis Lavant et Jacques Bonnaffé incarnent avec intensité cette pièce emblématique.


    Un aboutissement

    Il aura fallu des années à Jacques Osinski pour oser s’approcher de la pièce cardinale qui révéla Beckett au monde. L’entreprise supposait un long apprentissage : Cap au pire d’abord, sublimé ; puis L’Image, enrichi de textes du recueil Pour finir encoreUn soir, Au loin un oiseau, Plafond. Puis La Dernière Bande, Fin de partie. Un parcours au long cours, conduit par une seule exigence : le respect absolu du texte.


    Une pièce sur l’attente

    Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, attendent sur une route déserte, auprès d’un arbre solitaire, une figure nommée Godot. Ils discutent, se disputent, s’agitent pour tromper le silence. Pozzo et Lucky traversent leur attente sans la résoudre. Godot ne viendra pas. La pièce s’achève là où elle a commencé.


    Caspar David Friedrich

    La scénographie s’inspire des premières visions de Beckett : une monochromie aux teintes sobres, un voile tendu au fond de scène qui entretient le mystère comme un fétiche chargé de secrets. Les passages aux extrémités du tissu dessinent un chemin discret, une invitation au hors-champ. La beauté est douce, retenue, évocatrice d’un ailleurs inaccessible — l’univers pictural de Friedrich rendu à la scène.


    Roussillon

    Une confusion tenace voudrait que le théâtre de Beckett soit un théâtre de l’absurde. Il n’en est rien. L’absurde, c’est Ionesco : la langue désorganisée, le sens délibérément congédié, l’humour du chaos. La Cantatrice Chauve ne signifie rien au-delà d’elle-même. En attendant Godot, lui, signifie — mais obliquement, en creux, à deviner plutôt qu’à lire.

    Lorsque la pièce évoque le Roussillon, elle renvoie, comme le rappelle Osinski, à l’engagement de Beckett dans la Résistance, aux conditions de sa fuite, à l’expérience viscérale de la clandestinité. Sans cela, il n’aurait pas su décrire la douleur des pieds blessés par des chaussures trop étroites, l’inconfort de dormir dans l’angoisse, la faim, les rendez-vous manqués à la dernière minute. L’un des deux vagabonds s’appelait d’abord Lévy. La façon dont Pozzo traite Lucky rappelle certains témoignages sur les violences des Kapo. Beckett écrit au moment où le monde sort du choc des révélations sur les camps. Il n’est pas dans la clownerie : il saisit, derrière ces images, une dimension profonde de souffrance et d’engagement. Il capte l’attente — la tension de celui qui attend et qui, secrètement, réclame sa part au monde.

    On pourrait très bien imaginer que Vladimir et Estragon cherchent à passer en zone libre et qu’ils attendent un passeur, qui s’appellerait Godot. (Jacques Osinski)

    Osinski respecte tout cela.


    Denis Lavant, Jacques Bonnaffé

    Lorsque Lucien Raimbourg créa Vladimir sous la direction de Roger Blin, en 1953 au Théâtre de Babylone, la critique salua en lui « l’élégance du retrait, le raffinement dans la sobriété » — un serviteur du théâtre, étranger au cabotinage. Le même esprit préside ici. Osinski emploie Lavant et Bonnaffé à contre-emploi : Lavant abandonne ses pantomimes, Bonnaffé remise ses comiques gestuelles. Ils n’en deviennent que plus puissants, rendus à une présence ordinaire, débarrassée de scories. Osinski défictionne la prosodie.

    L’attente — objet central de la pièce — engendre l’ennui sur scène ; les tentatives d’y échapper alimentent une tension vernaculaire, propice aux identifications. Jamais le public n’aura aussi intimement ressenti ce désespoir, ces discussions vaines, ce temps qui ne passe pas.

    Les quatre comédiens sont remarquables. Jean-François Lapalus est un Lucky qui attendrit ; Aurélien Recoing, un Pozzo qui agace et émeut tour à tour. Denis Lavant compose un Estragon d’une vérité brute. Mais c’est Jacques Bonnaffé qui marque le rôle : Vladimir y trouve une grandeur dans la retenue, une densité construite sur la normalité même. Lorsqu’il dialogue avec l’enfant de Godot — figuré par une vidéo aux contours holographiques — le spectacle bascule du faussement banal au sublime. On touche alors à quelque chose d’intime : peut-être l’enfant en Vladimir, peut-être l’enfant en nous.

    Jacques Osinski est un passeur. Il donne Beckett, établit un pont entre l’humanité et l’occulte, et laisse nos associations mentales s’embraser.


    De Samuel Beckett

    Jacques Osinski – Mise en scène

    Jacques Bonnaffé – Interprétation

    Jean-François Lapalus – Interprétation

    Denis Lavant – Interprétation

    Aurélien Recoing – Interprétation

    Yann Chapotel – Scénographie

    Sylvette Dequest – Costumes

    Evelyne Jacquier – Diffusion

    Adèle Maugendre – Administration

    Catherine Verheyde – Création lumière

    Vu le 11 juillet au Théâtre des Halles, Avignon

  • Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier : marcher vers l’amour

    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier : marcher vers l’amour

    Samira Elagoz présente à Berthier une performance vidéo d’une heure où elle revisite, dix ans après, la matière brute d’un viol et la trajectoire singulière qui s’ensuivit — non pour réclamer justice, mais pour continuer à vivre, et pourchasser l’amour.


    Femme s'exprimant sur une scène avec un microphone, tandis qu'une projection de son visage est visible à l'arrière-plan.
    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier

    Samira Elagoz est né en 1989 à Helsinki. Formé à la danse au SEAD de Salzbourg avant d’étudier la chorégraphie à Amsterdam, il /elle a progressivement délaissé la scène contrôlée pour la rencontre brute — des inconnus filmés chez eux, une caméra tenue à la main, aucun script. De cette pratique singulière, à mi-chemin entre le documentaire et la performance, est né un corpus d’œuvres présenté à la Biennale de Venise — où il a reçu le Lion d’argent en 2022 —, à l’IDFA, au Festival de Rotterdam et dans les grandes scènes européennes de l’art vivant.

    Cock, Cock… Who’s There?, créé en 2016, est la pièce fondatrice de cette trajectoire : celle où tout a commencé, et celle qu’Elagoz présente aujourd’hui à Paris pour la première fois, dix ans après sa création. Entre 2016 et 2026, Samira Elagoz a effectué sa transition. L’homme qui se tient sur scène ce soir n’est plus la femme de vingt-quatre ans qui postait ses annonces sur Craigslist — et c’est précisément cet écart, cette distance entre le soi d’alors et le soi d’aujourd’hui, qui donne à la performance une profondeur et une étrangeté que nul autre dispositif n’aurait pu produire. Le spectacle ainsi, raconte une individuation non figée mais glissante et à la fois cohérente ; il terrorisera, c’est sa première vertu, tout adepte du wokisme!

    Samira Elagoz : une trajectoire entre documentaire et performance

    L’idée de départ tient en une phrase, dite à un ami en plaisantant : fêter l’anniversaire d’un viol plutôt que d’en faire une date morbide. De cette légèreté volontaire, presque insolente, naît un protocole : Elagoz poste une petite annonce sur des plateformes de rencontres — Tinder, Craigslist, Chatroulette —, se présente comme une jeune réalisatrice de vingt-quatre ans souhaitant filmer une première rencontre chez des inconnus, et multiplie les entrevues. Des hommes, des profils, des corps, des fantasmes, des maladresses. Autant de matériaux bruts qui deviennent ensuite le substrat d’une performance vidéo où Elagoz, présent sur scène aux côtés des images, examine avec le public l’ensemble des mécanismes qui régissent le désir hétérosexuel et les symptômes de la masculinité. En creux, ce que l’on fait de soi après avoir subi une violence intime.

    Une femme au microphone, un homme en chemise blanche tenant une mannequin, et une autre personne de dos, sur une scène sombre.
    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier

    Ce que le spectacle n'est pas — et ce qu'il est


    Il faut d’abord écrire ce que ce spectacle n’est pas. Il n’est pas un manifeste. Il n’est pas une tribune. Il n’est pas non plus une démonstration de résilience, mot si cher à l’époque qui aimerait qu’une victime se redresse proprement, atteste de sa guérison et rende service à une cause. Samira Elagoz ne rend service à aucune cause. Ce qu’elle apporte sur scène est d’une tout autre nature, plus ancienne et plus intime : un récit.

    Transition, mémoire et quête de l’amour

    Cock, Cock… Who’s There? est né en 2016, avant que le mouvement #MeToo n’institue un vocabulaire collectif du trauma. Cette antériorité n’est pas anodine — elle est constitutive. Elagoz ne pouvait pas, à l’époque, s’appuyer sur le soutien d’un récit dominant. Elle devait construire seule la dramaturgie de sa propre expérience, sans univers rhétorique, sans confrérie qui aurait déjà dit à sa place ce que cela signifiait d’avoir été violée. Débarrassé de ce passage désormais obligatoire au communautaire, son oeuvre offre une liberté formelle rare, et une voie vers une authentique subjectivation.

    La tendresse et la force du geste tient dans l’absence de toute posture accusatoire. Les hommes filmés ne sont pas des monstres. Ils sont des hommes enfermés dans des codes qu’ils n’ont pas inventés mais qu’ils reproduisent mécaniquement.

    Ce regard — qui refuse l’inversion facile du male gaze — est peut-être ce qu’il y a de plus politiquement courageux dans l’œuvre, précisément parce qu’il n’est pas politique. Il est humain.

    La transition d’Elagoz ajoute une dimension supplémentaire, vertigineuse. Sur scène se tient un homme qui regarde des images d’une femme — et cette femme, c’est lui. Cock, Cock… devient ainsi, rétrospectivement, ce qu’il appelle lui-même un chant du cygne : une ode à la femme qu’il a été, regardée avec admiration par l’homme qu’il est devenu.

    La grande intelligence d’Elagoz est d’avoir compris que réclamer justice (même légitime) aurait été une impasse artistique, et une impasse vitale. Ce qu’il choisit à la place ressemble davantage à ce que font les humains depuis toujours face à l’irréparable : raconter. Non pour que le récit répare, mais pour qu’il permette de continuer. de poursuivre son chemin de vie. Son geste est comme un devoir de mémoire mais privatisé : ni tribunal, ni confession, mais une révélation intime offerte à ceux qui acceptent d’y assister. Et c’est par une immense délicatesse qu’il nous fait l’otage de son récit, et qu’advient ce moment où le public réalise qu’il a été saisi par quelque chose qu’il n’avait pas demandé à recevoir. Nous voila proches de l’artiste.

    On pense à l’enfant qui raconte à ses parents ce qui lui est arrivé — non pour les accabler, non pour qu’ils interviennent, mais parce que le récit adressé à quelqu’un de proche est la seule façon de vérifier qu’on est encore là. Elagoz nous dit : voilà ce qui s’est passé, voilà ce que j’en ai fait, voilà que je cours encore. Cette adresse invisible au public traverse toute la performance. Elle lui confère une tendresse que ni le cynisme ni la colère n’auraient pu produire.

    Une femme blonde porte un t-shirt 'Street Fighter II' et regarde vers le haut, tandis qu'en arrière-plan, deux silhouettes se rapprochent.
    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier

    Une tendresse qui n’exclut pas la lucidité, ni l’humour parfois déstabilisant, ni la crudité de certaines images. Au fond, ce que Cock, Cock… révèle en définitive, c’est que la quête d’Elagoz n’est ni la justice ni la guérison, ces horizons modernes(?) d’une époque qui revendique, vitupère et embrigade et qui aime à ranger les victimes. Sa quête, obstinée est celle de l’amour, d’un amour au plus prés de la vérité du sujet et de la vérité de l’autre, dans un face à face. L’amour comme raison de ne pas cesser de cheminer au monde.

    Le spectacle touche juste car il ignore tranquillement, tous les cadres dans lesquels on aurait voulu l’enfermer. Il est en cela un moment rare de réconciliation avec les autres et avec soi même.


    Infos pratiques — Odéon-Berthier, mars 2026. Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz Odéon-Théâtre de l’Europe / Berthier — Paris 17e Du 12 au 15 mars 2026 — durée : 1h En anglais, surtitré en français Avec : Samira Elagoz, Ayumi Matsuda, Tashi Iwaoka. Crédit photos © Samira Elagoz. vu le 12 mars 2026.

  • Hamlet selon Ivo van Hove : le théâtre pour l’actuel.

    Hamlet selon Ivo van Hove : le théâtre pour l’actuel.

    ODÉON PARIS 6 DU 21 JANVIER 
    AU 14 MARS 2026

    Il fallait oser. Ivo van Hove l’a fait. Avec une audace qui confine au sacrilège jubilatoire, le metteur en scène flamand s’empare de Hamlet et le fracasse contre notre présent. Ce n’est plus une relecture, c’est un détournement magistral, un piratage en règle du chef-d’œuvre shakespearien pour en faire le miroir brutal et amer de notre époque fracturée.

    Dès les premières minutes, la violence est là, palpable, presque insoutenable. La scénographie de Jan Versweyveld transforme le plateau en bunker psychique, espace clos où le traumatisme ricoche sur des parois froides. Pas de dentelles élisabéthaines ici : tout est minéral, glacé, clinique. Cette brutalité formelle trouve son écho dans le jeu de la troupe de la Comédie-Française, absolument sidérante de précision et d’engagement physique. Les comédiens se promènent désemparés au sein de cette génération orpheline de repères, où le deuil impossible du père devient matrice de toutes les dérives. Guillaume Galienne en Claudius et en spectre est époustouflant. ( voici déjà le genie de van Hove qui fait jouer par le même comédien les deux pères : celui désigné par la mère et le père mort) Florence Viala campe une froide et ambivalente Gertrude, Denis Podalydés un Polonius si vrai. Et Christophe Montenez est édifiant en un Hamlet radicalisé, usant avec opportunisme du délire paranoïde.

    Je ne suis pas vraiment fou, ma folie est une ruse

    Car voilà le coup de génie de van Hove : faire de Hamlet non plus le prince mélancolique, mais le prototype de l’individu contemporain radicalisé par ses blessures intimes. Le trauma personnel devient manifeste politique, la souffrance psychique mute en pulsion destructrice. L’inceste n’est plus suggéré mais affronté, projeté. Le geste emprunte à l’actuel le voyeurisme généralisé et l’obscénité devenue norme. Un rock du 21e siècle.

    Cette adaptation parle frontalement de notre époque woke, glissant ici en un « to be (or not to be) to wake up and to kill »: nous raconte cette jeunesse en quête éperdue d’identité dans un monde où les figures d’autorité se sont effondrées, où l’absence du père (symbolique, politique, structurante) laisse place au chaos des ressentiments projetés. Hamlet devient ce que notre époque fabrique en série : des êtres blessés qui transforment leur douleur en arme, leur névrose en idéologie. Et en violence.

    C’est gonflé. C’est génial. Van Hove ne demande pas la permission : il prend Shakespeare à bras-le-corps et en extrait une matière incandescente, contemporaine jusqu’à l’os. Un spectacle qui cogne, qui dérange, qui refuse le confort de la révérence patrimoniale pour faire du théâtre un acte politique urgent.

    Épatant.


    Avec la troupe de la Comédie-Française
    Florence Viala, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Loïc Corbery, Christophe Montenez, Jean Chevalier, Élissa Alloula
    et Vincent Breton, Aksel Carrez, Arthur Colzy, Pierre-Victor Cabrol, Nicolas Verdier

  • Cet obscur objet du désir (le nouveau Pommerat)

    Cet obscur objet du désir (le nouveau Pommerat)

    Joël Pommerat poursuit son exploration des zones d’ombre de l’intime avec Les Petites Filles, spectacle où se déploie une fois encore la signature esthétique du metteur en scène formé à l’école du Théâtre de la Tempête. Depuis la création de sa compagnie Louis Brouillard en 1990, Pommerat a développé un langage scénique immédiatement reconnaissable, fait de pénombres habitées, de mutations sonores et de cette écriture de plateau qui naît du corps des acteurs avant de se fixer en texte.

    Auteur, metteur en scène et scénographe, il a imposé au fil des années (Ma chambre froide, Au monde, Cendrillon, Ça ira (1) Fin de Louis) une écriture fragmentée du réel, où le conte côtoie le politique et où l’enfance devient territoire d’investigation des rapports de domination.

    L’inquiétante étrangeté du double

    Dans Cendrillon, il renversait les clichés pour nous confronter aux terreurs de l’enfance. Avec Les Petites Filles modernes, il prend le contre-pied et plonge sans réserve dans le magique et le surnaturel, seuls véritables remparts face aux épreuves que traversent ses deux jeunes héroïnes. Car c’est bien d’une configuration duelle qu’il s’agit ici, structure psychique fondamentale où se joue la constitution du moi adolescent.

    DR Agathe Pommerat

    Confrontées aux lois du monde réel et aux adultes qui voudraient les séparer, elles opposent les forces mystérieuses de l’enfance. Leur amitié inébranlable devient une arme si puissante qu’elle dépasse les limites du corps et de l’esprit. Dans cette gémellité élective se révèle toute la complexité du double projectif : l’autre comme réceptacle de ce que le moi ne peut contenir. Mais aussi le double idéal, ce moi rêvé que l’adolescente cherche à incarner à travers le miroir que lui tend sa complice. Les adultes occupent cette position paradoxale d’objets à la fois présents et absents, forclus du lien symbiotique.

    Dans un univers en clair-obscur, les peurs et les cauchemars se déploient dans des espaces noirs et quasi-vides. Le vide scénique n’est pas absence mais espace transitionnel où quelque chose peut advenir.

    DR Agathe Pommerat

    Une « déambulation dans la construction de soi » envoûtante et sans leçon de morale, où Pommerat saisit cette phase critique où le moi cherche dans l’autre son propre reflet transfiguré. Voici l’adolescence : devenir soi en passant par l’autre, se séparer en restant lié, grandir sans perdre la toute-puissance magique de l’enfance. Attendu.

    Mais c’est peut être là que réside le paradoxe de ce spectacle : sous la forme spectaculaire, sous la virtuosité technique et la beauté plastique indéniable, se cache un récit dont le cheminement demeure obstinément convenu.

    DR Agathe Pommerat

    On sort du théâtre saisi par la puissance des images, habité par cette atmosphère si particulière que seul Pommerat sait créer. Mais une fois dissipée la brume et la pénombre, demeure la trace d’un conte assez classique sur cet obscur objet du désir adolescent.

    Le spectacle reste cependant une expérience théâtrale accomplie, inoubliable. Il signe une nouvelle référence. Et Éric Feldman ( qui reprendra fin janvier son propre spectacle) est formidable !


    Les petites filles modernes (titre provisoire)

    Auteur : Joël Pommerat

    Metteur en scène : Joël Pommerat

    Distribution : Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias

  • Lettre ouverte à Charlotte Gainsbourg, par Ariane Mnouchkine

    Lettre ouverte à Charlotte Gainsbourg, par Ariane Mnouchkine

    L’ignoble publication par un professeur d’université d’une liste de personnalités juives vient attiser les braises d’un antisémitisme déjà incandescent dans le débat public. La metteuse en scène Ariane Mnouchkine adresse une lettre ouverte à Charlotte Gainsbourg, dont le nom est cité dans cette « liste de la honte ».

    Chère Charlotte,

    J’ai mis du temps à trouver une adresse où vous écrire, voilà pourquoi ce n’est qu’aujourd’hui que je peux vous dire l’indignation, la colère, l’angoisse, pour ne pas dire le chagrin sombre que j’ai ressenti et ressens toujours après avoir découvert la liste établie par Julien Théry, professeur d’histoire à l’Université Lumière Lyon 2. Liste que certains qualifieraient de gestapiste.

    Même si le texte de votre tribune co-signée dans Le Figaro sur la reconnaissance par Emmanuel Macron d’un État palestinien — surtout son début —m’avait paru mériter une très vive discussion, même si j’eusse aimé, pour qu’elle soit plus équilibrée, que votre alarme s’appliquât aussi au gouvernement indéfendable de Benjamin Netanyahu, rien, absolument rien, ne peut expliquer et encore moins excuser, une ignominie telle que cette liste dénonciatrice, calomnieuse, mensongère, digne des pires heures des pires années de l’histoire de notre pays.

    Une liste ! En 2025, une liste, désignant des Français juifs et quelques Français, (non juifs, eux, mais, pire, amis et complices des juifs) à la haine, à la vindicte, à l’ignorance et à l’imbécilité publiques. Comment imaginer cela ? Comment penser cela ? Comment admettre que cela ne soulève que de petites explications temporisatrices de la part du ministre de l’Enseignement Supérieur (dont j’ai d’ailleurs oublié le nom) ?

    Comment supporter que l’extrême-droite soit la seule à sembler s’en offusquer, non sans une certaine délectation ?

    Insensés que nous sommes, nous qui nous disons de gauche, après avoir abandonné le drapeau français, la Marseillaise, la laïcité, et tant d’autres symboles, au Rassemblement National, allons-nous aussi lui abandonner les Juifs ?

    Allons-nous vraiment laisser le Rassemblement National prétendre être le seul recours des Français juifs ? De borgnes que nous sommes déjà, allons-nous carrément nous crever les deux yeux tant nous avons peur, si nous osons parler, de finir, nous aussi, pour délit d’opinion, couchés sur des listes de plus en plus longues, de plus en plus nombreuses, de plus en plus folles, de plus en plus fatales.

    Voilà, Charlotte, ce que je voulais vous dire. À vous, à tous. À moi-même.

    Affectueusement,

    Ariane

  • Trancher de Sophie Engel à La Flèche : quand l’humour juif éclaire l’intime

    Trancher de Sophie Engel à La Flèche : quand l’humour juif éclaire l’intime

    Au Théâtre La Flèche (Paris), jusqu’au 13 décembre 2025. Texte, interprétation et mise en scène : Sophie Engel, avec Héléna Sadowy à la co-mise en scène.

    Dans Trancher, Sophie Engel ose mêler l’introspection la plus nue à l’humour juif le plus affûté. Seule sur scène, elle explore (elle explose) les blessures de l’amour, la foi et la filiation, avec un rire à la fois pudique et salvateur.

    Une confession sous le signe du rire

    À la suite d’une rupture amoureuse, Sophie Engel se confronte à ses propres répétitions : pourquoi rejoue-t-on toujours les mêmes histoires ? La comédienne transforme cette question intime en matière scénique, en convoquant son héritage juif et la mémoire de l’humour familial.

    Ce rire, qu’elle manie avec précision, n’est pas une échappatoire mais un geste de vérité. Dans la grande tradition de l’humour juif, il dévoile les paradoxes : la culpabilité, la tendresse, la peur du manque. On rit d’un Dieu trop exigeant, d’une mère omniprésente. On rit surtout de soi parce que le rire est une manière de tenir debout.

    L’humour comme scalpel

    Trancher se distingue par une écriture nerveuse et ciselée. Les mots s’entrechoquent, les clins d’œil et les sourires pèsent, les éclats d’autodérision tentent de désamorcer l’émotion avant qu’elle ne déborde.

    L’alternance de gravité et d’humour donne au spectacle un rythme singulier, vif et tranchant. Jamais complaisant. L’humour juif, par son mélange d’amertume et de lucidité, reste la clé d’un récit à portée universelle. Le chemin d’une femme qui cherche à comprendre ce qui, en elle, refuse l’apaisement.

    Une mise en scène épurée, une présence vibrante

    Aux côtés d’Héléna Sadowy, Sophie Engel signe une mise en scène minimale, avec une mise en lumière tout à fait réussie. Au sein de la proximité de la salle du Théâtre La Flèche, chaque souffle, chaque regard prend une densité rare. La comédienne, forte de sa lumineuse beauté, joue avec une envie de sincérité qui touche juste.

    Authentique

    La parole devient acte, et le rire, un chemin vers la lumière. Entre confession et comédie, Trancher réussit le pari d’un théâtre de l’intime à la fois drôle, profond et universel. Sophie Engel transforme son héritage culturel en levier d’émancipation et d’autodérision.

    Bravo.


    « TRANCHER »  Compagnie Haut les cœurs ! Sophie Engel & Héléna Sadowy AUTEURE Sophie Engel MISE EN SCÈNE Sophie Engel & Héléna Sadowy AVEC Sophie Engel SCÉNOGRAPHIE Cerise Guyon LUMIÈRES Gautier Devoucoux COSTUMES Augustin Rolland CRÉATION SONORE Héléna Sadowy THÉÂTRE LA FLÈCHE DU 11 OCTOBRE AU 13 DÉCEMBRE 2025 LES SAMEDIS À 19H 77 rue de Charonne, 75011 Paris durée : 1hVisuel Affiche, vu le 11 octobre 2025

  • « On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie » revient au Théâtre du Petit Saint-Martin

    « On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie » revient au Théâtre du Petit Saint-Martin

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  • On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

    On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

    Pourquoi le wokisme se radicalise-t-il dans une impasse où aucune résilience n’est possible ? Pourquoi, autrefois vertueux, ce mouvement piétine-t-il aujourd’hui dans une rhétorique toujours plus guerrière ? Sans l’apaisement que permettrait la résilience, l’émotion victimaire a remplacé toute élaboration constructive. Une dérive du mouvement consiste à analyser les rapports de domination uniquement à travers des cadres comme l’intersectionnalité ou la théorie postcoloniale ; dans ce contexte, les Juifs sont perçus non plus comme une minorité opprimée, mais comme une catégorie « privilégiée ». Cette lecture, souvent rigide et dépourvue d’humour, contribue à invisibiliser ou minimiser l’antisémitisme.

    Il est urgent que les esprits se ressaisissent et que ceux qui cherchent une analyse honnête quittent ce bateau qui coule. Ils seront aidés par le bijou théâtral imaginé par Éric Feldman. La pièce ringardise l’air du temps, elle constitue une grandiose bouffée d’oxygène en ceci qu’elle vient précisément déconstruire une rhétorique morne et réductrice, redonnant à l’histoire sa complexité et à la mémoire sa force vive. La doctrine multiséculaire de Eric Feldman est limpide. La résilience ne viendra pas du dogmatisme triste et belliqueux mais de l’art car il ajoute au monde et de l’humour puisé dans l’ironie, car l’ironie comme l’écrit Jankelevitch organise le jeu subtil entre le dire et le non dire.

    Feldman se situe précisément là assis devant nous et il nous invite dans sa pensée joyeuse, attachante, pleine et ratée, explicite et allusive à la fois. Le texte est un immense bonheur.

    La génération des enfants et petits enfants de la Shoah

    Feldman semble convoquer l’humour malgré lui ou est-ce l’humour qui dans une complicité atavique convoque l’artiste. Ensemble, ils abordent la mémoire funeste de la Shoah. Ca ressemble à un stand-up théâtral d’art et essai ! Mi-conférence, mi-confidence, cette autofiction jubilatoire nous entraîne dans une spirale de facéties, de pensées et d’émotions pures.

    Ses propres parents furent des « enfants cachés », survivants de la tragédie.

    Dans ce récit intime, il évoque la grande histoire, la psychanalyse, le yoga, le miracle d’être vivant et bien d’autres choses… L’homme est un lettré et un érudit. Son esprit bouillonne en direct. Nous sommes aimantés à ses mots et seuls les rires nombreux nous sauvent de l’apnée que déclenche le spectacle.

    Au-delà des mots, le corps de Feldman se libérera par et dans la danse. Il confie : il vit avec son chat, témoin certainement de ses danses. Aujourd’hui, nous devenons partie de sa danse, de cette famille de cœur qu’il tisse avec douceur et passion.


    Texte et interprétation : Éric Feldman
    Mise en scène et collaboration à la dramaturgie : Olivier Veillon
    Soutien amical à la dramaturgie et à la mise en scène : Joël Pommerat
    Création lumière et espace scénique : Sallahdyn Khatir 
    Création sonore et régie générale : Marie Mouslouhouddine
    Production et diffusion : Le BEC – Bureau des écritures contemporaines (Claire Nollez et Romain Courault) 
    Administration : Antoine Lenoble 
    Accompagnatrice : Anne de Amézaga

  • Ödön Von Horváth avant l’orage.

    Ödön Von Horváth avant l’orage.

    Le biopic de Ödön Von Horvath est indispensable à tout théâtreux. Le spectacle est programmé au Festival d’Avignon Off à l’Artéphile à 15:20 du 5 au 26 juillet 2025

    La Vie Ardente d’Ödön Von Horvath : Un Héros dans l’ombre du Fantôme d’Hitler

    Dans un monde dans lequel le pouvoir et la haine façonnent le destin des hommes, un écrivain visionnaire se dresse, confronté à l’ombre menaçante du nazisme. Une saga cinématographique où chaque scène résonne comme un cri de résistance, chaque mot devient un coup de théâtre. La vie d’Ödön von Horváth, un homme au courage incandescent, éclaire l’obscurité d’un siècle déchiré, une quête héroïque contre la marée noire du nationalisme et de la barbarie.

    Né en 1901, il grandit en voyageant à travers l’Europe, son âme forgée dans un feu d’indépendance et d’idéalisme. La caméra suit ses pas alors qu’il devient un homme de lettres, un rebelle contre les tyrans, un dénonciateur en première ligne. En 1929, un face-à-face électrique avec Hitler lui vaut une notoriété flamboyante : une altercation intense qui scelle son destin, le plaçant en première ligne de ceux qui refusent de courber l’échine.

    Le Théâtre de la Révolte

    Vainqueur du prestigieux Prix Kleist en 1932, Horváth se révèle comme un héros en lutte contre l’oppression morale et religieuse dans Légendes de la forêt viennoise. Mais le vent de la haine souffle violemment, et en 1936, forcé à l’exil, il devient un vagabond à travers l’Europe, armé de sa plume et d’un courage inégalé. Son combat contre le fascisme ne connaît pas de relâche.

    En 1938, la ville lumière devient sa déchue, à Paris, où il croise la route du célèbre réalisateur Robert Siodmak. Mais le destin, cruel maître de jeu, lui réserve une fin tragiquement absurde : alors qu’il flâne sur les Champs-Élysées, une branche d’arbre se détache et l’emporte, mettant fin à la vie de ce héros tragique dans un coup de théâtre ultime, aussi inattendu que ses œuvres.

    Une prophétie d’une gitane à Amsterdam semblait l’attendre : un séjour à Paris changerait tout. La vie, comme la scène, joue ses scènes silencieuses et fatales : une œuvre à la Shakespeare, emplie de passions, de luttes et d’ombres, lorgnant vers le destin.

    Une Tragédie Épique

    Les mots d’Horváth déchirent comme une épée : révéler les mensonges, exposer la lâcheté, dénoncer avec une brutalité longue de vérité. Son théâtre, aussi incisif qu’un coup de fouet, frappe le public, lui rappelant que la vérité n’attend pas d’être douce, qu’elle surgit dans son visage le plus cru. Sa poésie dramatique évoque la lutte désespérée de ceux qui refusent de se plier à l’oppression, dans la lignée tragique des grands personnages shakespeariens.

    Par cette mise en scène d’Elie Rofé, la pièce imaginée par le virtuose Matéo Troianovski, la tragédie se déploie avec la grandeur d’Hamlet, la prophétie des sorcières de Macbeth, et le désespoir de Shylock. La scène se teinte de mystère et d’émotion, transportant le spectateur dans une tempête de passions et de révélations.

    Une Performance Mémorable

    L’interprétation transcende le simple spectacle : Troianovski, capte chaque instant, chaque souffle. Fanny Le Pironnec bouleverse, Mathilde Freytet impressionne, et ensemble, ils incarnent la spirale descendante de l’homme face à la tempête. La salle se lève, applaudissant cette œuvre enfiévrée, un hommage vibrant à l’esprit indomptable d’un héros qui refusait d’être oublié.



    Avant l’Orage – Avignon 2025

    Ecriture Matéo Troianovski

    Mise en scène Elie Rofé

    Avec

    Fanny Le Pironnec, Mathilde Freytet et MatéoTroianovski

    Création lumières : Elie Rofé

    Création maquillage et coiffure :Laura Garnier

    Régie :Elie Rofé

  • « Médecine générale » aux Abbesses, une complexe solitude.

    « Médecine générale » aux Abbesses, une complexe solitude.

    Attention, chef-d’œuvre. Dans une mise en scène surprenante de fausse simplicité, Ludovic Lagarde restitue le texte et l’esprit de Cadiot. Le geste théâtral ajoute à l’œuvre un supplément d’âme formidable.

    Médecine générale est d’abord un roman singulier d’Olivier Cadiot, mêlant fiction, introspection et expérimentation littéraire. La pièce imaginée par Ludovic Lagarde relève le gant de l’expérimental. Le récit suit trois protagonistes : Mathilde, magnifique Valérie Dashwood, une ethnologue de retour en France après trente ans passés en Inde est confrontée à son passé familial en explorant les archives de sa maison d’enfance. Pierre, admirable Alvise Sinivia, est un jeune orphelin surdoué, récemment sorti de prison, qui découvre une passion pour le piano grâce à son oreille absolue. Le narrateur, immense Laurent Poitrenaux, est hanté par la mort de son demi-frère. Il voit son début dans la fin de l’autre et se révèle obsédé par des questions religieuses et philosophiques.

    C’est lui qui parle, qui se parle, qui nous parle dans un flux incessant et en même temps fait de césures et de respirations. Il parle et il élabore. Il va initier une expérience collective de guérison. 

    Ces trois individus se retrouvent dans une maison abandonnée, un non-lieu, l’endroit d’un exil, l’exil de dieu et du langage. La scénographie imaginée par Antoine Vasseur nous jette dans cet endroit-passerelle mystérieux.

    Ensemble, ils tentent de se reconstruire. Leur quête les mène à inventer une sorte de secte, une nouvelle religion simplifiée.

    Ainsi Médecine générale est une pièce introspective, philosophique et expérimentale. Elle feint d’explorer les mécanismes de la guérison personnelle et collective. Mais il n’existe pas de guérison sauf à vivre.

    Médecine générale est en cela une tragédie. Dans son dernier livre le psychanalyste George Zimra 1Les divinités au miroir de l’art, l’Harmattan propose que la tragédie est une expérience de l’art pour les comédiens et aussi pour les spectateurs. Zimra explique : la tragédie n’est pas une catharsis ni la restauration d’une perte mais elle est l’expérience même de ce qui a été perdu. Médecine générale parle de cela. De la perte absolue au dessus de laquelle nous nous débattons.

    En l’absence de dieu pourquoi prendre la parole sans parler dans le vide. Et cependant, nous devons parler : l’inconscient le commande. Parler, c’est persister dans l’humain.

    Apologie de l’écrivain qui dit tout, le roman et la pièce posent également la question psychanalytique du pourquoi vouloir avoir le cœur net sur soi.

    La folie me sert de garde fou.

    Le passage du roman à la scène ajoute les dimension du corps et du rythme. Et ca change tout. La musique présente tout au long du spectacle rappelle que le rythme est élément central de la subjectivité et de l’énonciation. Le rythme est indissociable du sens. Quant aux corps, ils sont le lieu du contact entre les êtres. Le seul peut être.

    La pièce est édifiante. Elle est une réflexion pertinente sur la condition humaine .

    La scène finale, merveilleuse capitonne l’ensemble avec cet humour singulier qui traverse toute la pièce.

    On pense à Samuel Beckett


    Texte Olivier Cadiot
    Conception et mise en scène Ludovic Lagarde

    Scénographie Antoine Vasseur
    Lumières Sébastien Michaud
    Costumes Marie La Rocca
    Conception sonore et musicale Alvise Sinivia
    Conception vidéo Jérôme Tuncer
    Son David Bichindaritz, Jérôme Tuncer
    Collaboration à la dramaturgie Pauline Labib-Lamour
    Assistante à la mise en scène Élodie Bremaud

    Avec Valérie Dashwood, Laurent Poitrenaux, Alvise Sinivia

    Vu le 28 avril 2025 aux Abbesses théâtre de la ville.

    • 1
      Les divinités au miroir de l’art, l’Harmattan
  • « SenS » : 1er festival parisien du Seul.e en Scène au Théâtre des Gémeaux Parisiens, 1ʳᵉ édition

    « SenS » : 1er festival parisien du Seul.e en Scène au Théâtre des Gémeaux Parisiens, 1ʳᵉ édition

    « S en S » sera à partir du 1e mai le 1er festival parisien du Seul.e en Scène  au Théâtre des Gémeaux Parisiens 

    Pour cette première édition de ce festival S en S, les directeurs du Théâtre des Gémeaux Parisiens Serge Paumier et Nathalie Lucas ont choisi onze artistes reconnus par la profession et le grand public. Ils présentent notamment trois spectacles en avant-première, dont certains seront joués pour la première fois à Avignon 2025.


    Du 1er au 31 mai 2025

    11 artistes 
    12 spectacles

    41 représentations 
    3 créations*Tous les vendredis, samedis et dimanches du mois de mai (et jeudi 1er et 29 mai) 

    • Vanessa AIFFE-CECCALDI CACHE CACHE*
    • Isabelle ANDRÉANI MADELEINE BÉJART, UNE FEMME LIBRE*et UN CŒUR SIMPLE
    • Jean-Pierre BOUVIER LE LIVRE OUBLIÉ
    • Lionel CECILIO LA FLEUR AU FUSIL
    • Émilie CHEVRILLON MADAME MARGUERITE
    • Franck DESMEDT LA PROMESSE DE L’AUBE
    • Katia GHANTY LES FROTTEMENTS DU CŒUR
    • Daniel MESGUICH L’ARLÉSIENNE
    • William MESGUICH DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE 
    • Agathe QUELQUEJAY ROSSIGNOL À LA LANGUE POURRIE 
    • Pamela RAVASSARD ZOOM*

  • Rencontre dimanche 20 avril 17:00 « Œdipe roi » de Sophocle par Éric Lacascade à la Scala Paris

    Rencontre dimanche 20 avril 17:00 « Œdipe roi » de Sophocle par Éric Lacascade à la Scala Paris

    Né en 1959 à Lille, Éric Lacascade est un metteur en scène et comédien français dont le travail, audacieux et novateur, marque profondément le théâtre contemporain. En 1997, il prend la direction du Centre Dramatique National de Normandie à Caen, qu’il transforme en une scène majeure de création durant dix ans. Sous son impulsion, le centre devient un lieu d’expérimentation, attirant des artistes de renom tels que Jacques Bonnafé et Jan Fabre. En 2022, il monte “Œdipe Roi” de Sophocle en ouverture du Printemps des Comédiens, réunissant des interprètes confirmés et de jeunes talents. Depuis janvier 2025, il est artiste associé au Théâtre du Nord, Centre Dramatique National Lille Tourcoing Hauts-de-France.

    notre critique

    Nous avons un tarif préférentiel pour le collectif. 28 euros en catégorie 1 au lieu de 48 euros


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    La salle nous a réservé un quota de places à la date du 20 avril pour nos membres.

    Merci de procéder rapidement au règlement par téléphone

    au 0140034430  du Lundi au dimanche dès 12H  avec un code : ROFE

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    lien sur le site du théâtre

    La représentation sera suivie par un échange avec le metteur en scène. Éric Lacascade monte la pièce comme une enquête policière. Il décide que le spectateur, que la spectatrice ne sait rien de la tâche d’Oedipe et la découvre au fil de l’intrigue. Les psychanalystes pourront s’interroger sur la nature de ce choix et ce qui en opère. L’insu traverse la pièce ou pas.

  • Lalalangue au Chariot, dernières dates

    Lalalangue au Chariot, dernières dates

     Une session de rattrapage pour ceux qui n’ont pas encore vu la pièce que nous avions beaucoup étudiée et discutée.

    Lalalangue connaitra une ultime reprise du 14 avril au 27 mai, au Théâtre du Chariot.

    Nous avons un tarif préférentiel pour le collectif

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    16 € au lieu de 20 €

    Réservations : lechariot.bureau@gmail.com(en indiquant que vous faites partie de l’Autre Scène)OU👉 Billetterie en ligne 👈


    (en sélectionnant le tarif approprié)
    OU :C O D E   P R O M O :TAROT

    (valable pour les deux premières semaines)

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    La « Lalalangue » est un néologisme créé par le psychanalyste Jacques Lacan pour désigner le dictionnaire familial. La lalalangue est un ensemble de mots qui ne possèdent de sens que pour une famille donnée. Frédérique Voruz a consacré de nombreuses années à des consultations auprès d’une psychanalyste lacanienne. Cette expérience a donné naissance à un spectacle, dont le texte a été conçu par Frédérique Voruz.

    L’argument de cette pièce pourrait être la thèse selon laquelle il n’est jamais trop tard pour avoir eu une enfance heureuse. Cette aporie pourrait être considérée comme l’argument central de la pièce. La comédienne nous raconte son enfance rythmée par des diapositives familiales authentiques. Le spectacle s’apparente à une forme de mise en scène de l’intimité, où le public, tel un ami curieux, se trouve invité à contempler des photographies de mariage et de vacances de la famille de l’artiste. Cependant, l’intrigue s’éveille rapidement, captivant l’auditoire, car Frédérique Voruz se présente comme une protagoniste de premier plan. Elle tient le journal de ses séances passées de psychanalyse et affronte la réalité au-delà des facilités et des conventions. Son parcours s’inscrit dans une perspective familiale, ancrée dans l’histoire de sa mère. Son enfance, marquée par la présence d’une mère autoritaire et la perte de l’usage de sa jambe gauche suite à un accident de montagne, a laissé des séquelles profondes. Frédérique Voruz, qui a perdu son père à un âge précoce, a développé une relation complexe avec sa mère, celle-ci exprimant, alors qu’elle se trouvait à l’hôpital après l’accident, son désir de vengeance à l’encontre de ses enfants. L’intrigue se conclut par une réconciliation entre cette figure maternelle et sa fille, marquée par une émotion profonde. Au cours de cette trajectoire, les protagonistes ont traversé une enfance et une adolescence éprouvantes, marquées par des traumatismes. La comédienne, débordant d’énergie et de vitalité, a mené une enquête approfondie sur un fait divers s’étendant sur deux décennies, mettant en lumière la maltraitance éducative d’une fratrie baignant dans un environnement familial psychiquement instable. Avec une rigueur méthodique, elle dévoile, chapitre après chapitre, les éléments constitutifs des chefs d’accusation, mettant en exergue la figure centrale d’une mère unijambiste.

    Cette affaire, qui s’inscrit dans une perspective tragique, est une illustration de la manière dont le destin d’une famille peut être irrémédiablement scellé, sous le regard impassible d’une figure divine, souvent perçue comme un modèle de miséricorde. Par ailleurs, cette œuvre se présente comme une défense de la psychanalyse, une thérapie qui, selon l’auteur, permettrait de comprendre la complexité des êtres et des situations.

    Les psychanalystes, par ailleurs, pourraient s’interroger sur la nature de la pièce, s’il s’agit d’une séance qui n’a jamais eu lieu, ou d’une œuvre qui se joue de la psychanalyse.

  • Exceptionnel : « Le soulier de satin » par la troupe du Français jusqu’au 13 avril.

    Exceptionnel :  « Le soulier de satin » par la troupe du Français  jusqu’au 13 avril.

    Sous la baguette d’Éric Ruf, les musiciens de la langue que sont les comédiens français mobilisent voix et corps pour faire entendre la symphonie philosophique de Paul Claudel.


    Une longue sensualité

    Alors qu’il s’apprête à quitter en août 2025 ses fonctions d’administrateur, Eric Ruf par une création à l’accessibilité admirable, prend congé de nous, la tête haute. Et il salue aussi une troupe dont il aura réussi à magnifier le talent.

    D’une durée de huit heures trente sous la forme de quatre actes séparés de deux entractes et d’une longue pause, son Soulier de Satin impose une sensualité enveloppante et un humour détonnant.

    Un sujet éternel

    Le Soulier de satin de Paul Claudel est une pièce de théâtre monumentale et poétique, publiée en 1929. Elle se déroule à l’époque de la Contre-Réforme et de l’expansion coloniale. Claudel y mêle une histoire d’amour, une réflexion douloureuse sur la foi religieuse mêlée à une quête spirituelle inassouvie.

    La pièce raconte l’amour impossible entre Rodrigue, un conquistador espagnol, et Prouhèze, une femme mariée et pieuse. Leur passion est déchirée entre aspirations terrestres et devoirs divins. Rodrigue, homme aventureux, représente l’ambition et l’appel des grands projets (conquêtes, exploration). Prouhèze, femme pieuse et dévouée à Dieu, incarne la fidélité au mariage et la lutte contre le péché. Alors qu’ils s’aiment profondément, leur amour reste empêché par leurs engagements spirituels et sociaux.


    Une troupe admirable

    Elle est formidable. Elle soutient le texte cependant qu’abandonnée par un décor minimaliste et obligée par les splendides costumes de Christian Lacroix. Elle nous offre un festival. On se souviendra longtemps d’Alain Lenglet en jésuite squelettique priant le ciel, de Laurent Stocker en Bathazar gourmand, de Didier Sandre et de Danièle Lebrun, éternelle, succédant les emplois, enjambant les genres et les caractères. Et de l’intense Florence Viala et de la lumineuse Marina Hands. On emportera avec soi Coraly Zahonero utilisant son art inné de la comédie pour inventer le personnage de Jobarbara, sous la forme d’une bohémienne de vaudeville. Encore l’intentionnel surjeu contributif de  Suliane Brahim ou de Serge Bagdassarian. Si l’on regrettera peut-être le peu de sex-appeal de Baptiste Chabauty, en Rodrigue jeune, l’acteur est fabuleux en Rodrigue vieillard.

    La comédie humaine

    La pièce, en quatre journées, décrit une odyssée à travers des continents et des âmes. Chaque personnage est confronté à des dilemmes moraux et religieux. Rodrigue qui est un peu Claudel traverse à sa façon le conflit entre le désir humain (l’amour passionné) et les impératifs divins (la foi et le devoir). Il choisira la folie.

    L’œuvre est foisonnante. Elle interroge la condition humaine. Elle questionne aussi le sens de la vie et juger Claudel sur la préférence de cette question révolue serait un anachronisme. Dans cette ode au mysticisme où le texte est célébré, Claudel veut savoir comment s’articule l’intention(nalité), le désir, la foi, le destin et l’amour. Il veut saisir un sens de la vie qui tomberait du ciel. Il veut savoir ce qui attrape les êtres malgré eux. Huit heures — qui passent si vite tant le bonheur est céleste — ne suffiront pas.

    Salle Richelieu, tout se plie et se déplie. Rien ne tombera du ciel. Les intégristes sont renvoyés à leur folie. Il nous reste le plaisir intense et laïque du théâtre et errant entre la salle et la scène, les multiples traces d’humanité déposées par une troupe de légende.

    Le moment est historique.


    Le Soulier de satin


    de Paul Claudel.


    Version scénique, mise en scène et scénographie Éric Ruf
    Avec Alain Lenglet, Florence Viala, Coraly Zahonero, Laurent Stocker, Christian Gonon, Serge Bagdassarian, Suliane Brahim, Didier Sandre, Christophe Montenez, Marina Hands, Danièle Lebrun, Birane Ba, Sefa Yeboah, Baptiste Chabauty, Édith Proust, et Fanny Barthod, Rachel Collignon, Gabriel Draper de l’académie de la Comédie-Française, et les musiciens Aurélia Bonaque Ferrat de l’académie de la Comédie-Français (violon), Vincent Leterme (piano), Merel Junge (violon, euphonium, trompette), Ingrid Schoenlaub (violoncelle)


    Costumes Christian Lacroix
    Lumière Bertrand Couderc
    Direction musicale Vincent Leterme
    Son Samuel Robineau de l’académie de la Comédie-Française
    Travail chorégraphique Glysleïn Lefever
    Collaboration artistique Léonidas Strapatsakis
    Assistanat à la mise en scène Alison Hornus, Ruth Orthmann, et Aristeo Tordesillas de l’académie de la Comédie-Française
    Assistanat aux costumes Jean Philippe Pons, Jennifer Morangier, et Aurélia Bonaque Ferrat de l’académie de la Comédie-Française
    Assistanat à la scénographie Anaïs Levieil de l’académie de la Comédie-Française

    Durée : 8h30 (entractes compris)

    Comédie-Française, Paris
    du 21 décembre 2024 au 13 avril 2025

    vu le 26 décembre 2024 salle Richelieu

  • Pour la reprise de « Il n’y a pas de Ajar» : Notre dossier.

    Pour la reprise de « Il n’y a pas de Ajar» : Notre dossier.

    Abraham Ajar dit être le fils d’Emile Ajar. Or celui-ci n’a jamais existé : il s’agit du célèbre alter-ego du romancier Romain Gary, qui s’est suicidé en 80. En composant le monologue de ce fils imaginaire, Delphine Horvilleur explore l’épineuse question de l’obsession identitaire. La pièce est reprise au Théâtre de la concorde du 11 au 28 décembre 2024.



    Notre dossier

    Il n’y a pas de Ajar , Un monologue contre l’identité par Aviva Cohen, psychanalyste.

    Il n’y a pas de Ajar : L’indéfinissable mystère d’une même construction psychique » par Magali Taïeb-Cohen, psychanalyste, membre du Mouvement du coût freudien.

    Je est tant d’autres  à propos de Il n’y a pas de Ajar par Eva Klein Architecte

    Nous sommes tous des psychanalystes Juifs par David Rofé-Sarfati, psychanalyste, membre de l’ALI.

  • « L’amante anglaise », la doctrine Osinski à son apogée

    « L’amante anglaise », la doctrine Osinski à son apogée

    Jacques Osinski n’en finira jamais de nous surprendre. Cette fois, le metteur en scène dont le travail s’est illustré abondamment par un déchiffrage aiguisé du théâtre de Beckett s’empare d’un texte étourdissant de Marguerite Duras. De sa scénographie émerge un effet de discours océanique.


    Un roman diabolique

    L’amante anglaise, publié en 1967, est un roman de Marguerite Duras qui mêle enquête policière et exploration psychologique. S’inspirant d’un fait divers (le meurtre de son mari par Amélie Rabilloud, qui dépeça le cadavre et en évacua les morceaux un par un en les jetant depuis un pont dans différents trains), Marguerite Duras écrit une première pièce les Viaducs de la Seine- et-Oise puis un roman L’Amante anglaise avant de transformer à nouveau le roman en pièce de théâtre.

    Dans le fait divers, Amélie Rabilloud a tué son mari tyrannique. Dans la pièce de Duras, c’est une cousine sourde et muette, Marie-Thérèse, que Claire Lannes assassine sans raison.

    Une énigme et une enquête

    Le roman n’est pas construit selon une narration traditionnelle. Il choisit la forme d’un interrogatoire.

    Le mari puis la femme seront interrogés par un enquêteur ; celui-ci porte la voix d’une société curieuse qui veut percer les secrets du meurtre. Claire Lannes, épouse de Pierre Lannes, y est décrite comme une femme étrange, peu expressive, habitée par des souffrances et des obsessions. Elle avoue avoir tué sa cousine, mais elle ne dit rien de son acte et n’exprime aucun regret. Le mari est un homme doux et flegmatique ; il nous apparait à la fois témoin et victime de la complexité de sa femme. Le roman s’achève sans rien révéler, laissant le lecteur face à une énigme humaine aussi fascinante qu’angoissante.

    L’abolition des penseurs

    Jacques Osinski met en scène cette enquête en direct-live. Il nous invite à cet interrogatoire, à cette recherche du vrai. Où se trouve la vérité des âmes?

    Amélie Rabilloud restera un mystère. La vérité judiciaire, binaire et simplificatrice, n’apporte aucune réponse. Reconnue coupable, elle fut guillotinée. Les psychiatres missionnés par le tribunal se penchèrent, la jugèrent débile mentale. Ils virent en elle une hyperémotive par accumulation de chocs moraux, formule obscure, mais élégante. Le journal Le Monde à sa façon si délicieuse de se croire penser alors qu’il ne fait que croire, croire ici à la dialectique de l’inversion de la victime en bourreau, écrivait : « Elle l’a tué un soir de décembre 1949 dans leur maison de Savigny-sur-Orge, avec l’acharnement affolé que l’on retrouve souvent dans les crimes prémédités par des êtres qui jusqu’au dernier moment ont vécu dans la peur de leur victime ». 

    La pièce de Duras n’offre pas plus de réponses au mystère. Les signifiants ne sont pas garantis. L’amante anglaise se réfère en réalité la menthe anglaise. Duras explique ainsi son titre : « Il s’agit de la menthe anglaise, de la plante, ou, si vous préférez, de la chimie de la folie. Elle l’écrit avec l’apostrophe. Elle a tout désappris, y compris l’orthographe. ».

    La psychanalyse si elle se prend pour une société savante, se précipitera pour proclamer doctement que la meurtrière, en tuant la sourde-muette, assassine tout ce qu’elle ne peut dire ; la même psychanalyse évoquera la psychose autour du signifiant Cahors, lieu associé à la fois à la victime et à un dépit amoureux. Claire Lannes tuerait par un déplacement psychotique Alfonso de Cahors, son ancien amant qui l’avait chassée.

    L’académie de lettres, quant à elle, expliquera que le roman questionne la nature humaine, la solitude, la complexité des relations conjugales, la banalité du mal. Pourquoi pas ?

    L’œuvre de Duras construit non l’étude critique, mais l’énigme. Osinski l’a bien compris lorsqu’il compare Duras à Beckett. Le metteur en scène a façonné une scénographie qui témoigne de cet impossible, où aucune conviction ne tient. Il y a, selon lui, un hiatus irréfragable entre la langue et la vie.

    Le théâtre est l’anti-tribunal. C’est un lieu où l’on écoute. Jacques Osinski

    Un dispositif astucieux

    Le dispositif scénique imaginé tient du génie. D’abord, il y a le décor qui n’en est pas un. Nous sommes réunis dans la salle même du théâtre de l’Atelier. Le questionneur est assis parmi nous.

    Frédéric Leidgens prête sa voix tranchante à l’interrogateur. Le comédien (il fut récemment Hamm dans Fin de Partie de Samuel Beckett mise en scène par Jacques Osinski), pèse chaque mot, chaque silence. Il sait ne pas juger et ainsi accueillir la parole du mari puis la parole de la meurtrière. Il écoute intensément. Il nous aide à écouter.

    Grégoire Oestermann, comédien solide et apaisant (dernièrement dans « Voyage en ataxie« ), incarne le mari. Il répond patiemment, pourchassant la précision des mots, finissant de chercher à saisir l’insaisissable. Sa douceur nous accompagne sur le chemin d’un dénouement qui ne viendra pas.

    Sandrine Bonnaire est immense, solide, dense. Elle propose une incarnation de Claire Lannes tout en ambivalence des sentiments, à la pliure entre sincérité et obscurité. Elle restitue avec brio la langue océanique de Duras, défend l’humilité du metteur en scène à se retirer devant le texte, personnifie le vertige. Chaque phrase prononcée embrase nos méninges.

    Le résultat est étrange. L’expérience spectateur est unique en cela qu’elle ressemble à un yoga psychique qui appelle à une écoute patiente et hyper-consciente.

    Certains actes humains demeurent incompréhensibles. Ces actes appartiennent en partie à un monde occulte (l’autre scène freudienne du fantasme) qui échappe à l’individu même. L’amante anglaise nous convie à côtoyer ce monde occulte, univers hermétique de l’autre. Sandrine Bonnaire y est prodigieuse. Ses derniers mots sont glaçants d’humanité.

    Formidable !



    L’amante anglaise

    De Marguerite Duras
    Mise en scène Jacques Osinski
    Avec Sandrine Bonnaire, Frédéric Leidgens et Grégoire Oestermann
    Texte du prologue dit par Denis Lavan

    Lumières Catherine Verheyd

    Costumes Hélène Kritikos
    Dramaturgie Marie Potonet

    Musique
    Jean-Sébastien Bach: Das alte Jahr vergangen ist BWV 614
    Transcription Gyorgy Kurtág et interprétation Marta et Gyorgy Kurtág

    Photographie © Pierre Grosbois

    vu le 23 octobre à l’Atelier

  • « Le petit chaperon rouge » du duo Nina Cruveiller et Nina Ballester enchante le public de 7 à 77 ans

    « Le petit chaperon rouge » du duo Nina Cruveiller et Nina Ballester enchante le public de 7 à 77 ans

    Nina Cruveiller et Nina Ballester sont formidables. En adaptant le Chaperon rouge de Joël Pommerat, les deux complices donnent un nouveau souffle à une œuvre qui n’en finit pas de nous édifier. Le public de tout âge profitera de ce cadeau. Dans le rénové théâtre du Chariot.

    Un conte du 17ᵉ siècle et du 21ᵉ

    L’histoire est connue. Dans une toute petite maison perdue dans une forêt lointaine, vivent une petite fille, une maman et un creux d’amour au milieu. Dans cette toute petite maison règne en maître l’ennui assourdissant. « Parfois la petite fille cherchait par tous les moyens à se faire remarquer, mais la maman de la petite fille était tellement occupée qu’elle ne voyait même plus sa petite fille.

    Que va-t-il se passer lorsque la petite fille aura réussi à faire un gâteau pour sa grand-mère ? Lorsqu’elle ira seule dans la sombre forêt au milieu des grands arbres ? Lorsqu’elle rencontrera cette véritable bête véritablement monstrueuse.

    Les thèmes appartiennent au 17 e siècle. Ils se déploient aujourd’hui encore : La peur des mères, la crédulité et l’insouciance (perdue) des enfants, la vulnérabilité des grands-mères, la roublardise des loups…

    La première surprise réside dans un nouvel appétit pour ce conte que le public de 7 à 77 ans enthousiaste accueille sourire aux lèvres.   la deuxième bonne surprise vient de la mise en scène.

    Une mise en scène à facettes

    La force de la mise en scène largement inspirée de la formule Pommerat se source dans une générosité de moyens et d’intentions. Les deux comédiennes combinent le conte façon coin du feu derrière une adresse enfantine au public avec des séquences d’une déréalisation appuyée autour de jeux d’ombres et de projections. Les enfants sont émerveillés, autant que les adultes. Le rendu ressemble à un conte pour un enfant raconté à son chevet dont les pages prennent corps. Les images mentales deviennent personnages au sein d’un ballet de lumières. Nous sommes dans un dessin animé. Nos imaginaires s’excitent.

    La pièce est une absolue réussite.


    MISE EN SCÈNE ET INTERPRÉTATION

    NINA BALLESTER NINA CRUVEILLER

    COLLABORATION ARTISTIQUE

    BARTHÉLÉMY FORTIER

    SCÉNOGRAPHIE

    LOLA SEILER

    COMPOSITION MUSICALE

    EDOUARD DEMANCHE

    CHORÉGRAPHIE

    LÉA SOULEILLE

    CRÉATION LUMIÈRE

    PIERRE PEYRONNET NICOLAS DE CASTRO

    au Théâtre du Chariot, 77 rue de Montreuil 75011 Paris :

    • samedi 9 novembre à 14h
    • dimanche 10 novembre à 11h et 14h
    • samedi 16 novembre à 14h
    • dimanche 17 novembre à 11h et 14h
    • samedi 23 novembre à 14h
    • dimanche 24 novembre à 11h et 14h
    • samedi 30 novembre à 11h
  • À voir en octobre 2024

    À voir en octobre 2024

    nos conseils d’octobre

    Contre au Vx Colombier de Constance Meyer, Agathe Peyrard et Sébastien Pouderoux d’après la vie et l’œuvre de John Cassavetes et Gena Rowlands mise en scène Constance Meyer et Sébastien Pouderoux

     » VISITE A MISTER GREEN « de Jeff BARON

    au THÉÂTRE DE PASSY à partir du 6 septembre 2024, Thomas JOUSSIER Patrick PREJEAN, mise en scène Thomas JOUSSIER

    la critique l’Autre Scène

    Des Ombres et des Armes à la manufacture des Abbesses partir du 26 aout

    [swpm_protected]

    Lors d’une opération chaotique, un groupe de la DGSI parvient à éviter un nouvel attentat. Mais l’un des djihadistes prend la fuite et les policiers se déchirent alors sur la stratégie à suivre pour le retrouver. Pour Niels, la clé est Abdel, un revenant (un jeune parti en Syrie et revenu en France) menant désormais une vie paisible. Niels en est certain, Abdel ment et se prépare à passer à l’action. Cela vire bientôt à l’obsession, accentuant les lignes de fractures avec les autres policiers. Parallèlement, la menace d’une action d’extrême droite semble grandir inexorablement.

    L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt

    Théâtre du Palais Royal à partir du 27 août Texte et Mise en scène  : Géraldine Martineau. Géraldine Martineau nous avait éblouis avec « La Dame de la mer » de Henrik Ibsen » à la Comédie-Française. La vie de la première star internationale, celle qu’on nomma « la divine », « le monstre sacré », « la voix d’or », « l’impératrice du théâtre », « la scandaleuse » avec Estelle MEYER, Marie-Christine LETORT, Isabelle GARDIEN, Blanche LELEU, Priscilla BESCOND, Adrien MELIN, Sylvain DIEUAIDE, Antoine CHOLET, Florence HENNEQUIN, Bastien DOLLINGER


    Un Barrage contre le Pacifique avec Anne Consigny, de Marguerite Duras, mis en scène par Anne Consigny au Studio Hebertot, 75017 Paris

    Rentrée 42 à la Comédie Bastille de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire – Mise en scène : Xavier Lemaire avec Anne Richard, Isabelle Andréani, Emilie Chevrillon, Fanny Lucet, Dominique Thomas et Michel Laliberté

    Quatre institutrices d’une école parisienne du 11ème arrondissement se retrouvent pour préparer la rentrée scolaire de 1942. Un évènement inattendu va remettre en cause leur métier d’enseignante et va faire naître leur habileté à résister !

    Suivez l’enquête de ces héroïnes du quotidien, dans la France du régime de Vichy. Sans jamais céder au désespoir, avec courage et une pointe d’humour noire, elles se battent pour les enfants, pour l’enseignement, pour la justice… pour l’humanité.

    Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos , mis en scène par Arnaud Denis à la Comédie des Champs Elysées, Paris

    Le Mage du Kremlin de Giuliano Da Empoli , mis en scène par Roland Auzet à la Scala Paris, Paris

    Pauvre Bitos au Théâtre Hébertot, Paris

    24 heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig , mis en scène par Juan Crespillo A La Folie Théâtre, Paris

    La double inconstance de Marivaux , mis en scène par Jean-Paul Tribout au Théâtre Le Lucernaire, Paris

    Comme il vous plaira au Théâtre Hébertot, Paris

    Le Revizor de Nicolas Gogol , mis en scène par Ronan Rivière au Théâtre le Ranelagh, Paris

    Jean Zay, L’homme complet de Jean Zay – adaptation Xavier Béja , mis en scène par Michel Cochet au Théâtre Essaion, Paris

    Cap au pire de Samuel Beckett , mis en scène par Jacques Osinski au Théâtre 14, Paris

    Une Odyssée en Asie Mineure de Simon Abkarian, mis en scène par Simon Abkarian

    « La double inconstance » par Jean-Paul Tribout, le Marivaux du bonheur au Lucernaire

    ADN au théâtre Michel, Paris

    Après avoir conquis le public avec ses adaptations de l’Illiade et Odyssée, Pauline Bayle poursuit son exploration des grands textes du répertoire en ravivant l’œuvre capitale de la Comédie Humaine.


    L’Avare de Molière mise en scène Clément Poirée à La Tempête

    L’histoire d’une génération qui ne veut rien lâcher au risque de nécroser celle qui vient, Molière l’a génialement racontée dans L’Avare. Pièce hilarante sur un grand vice, un désir ogresque qui confine à la folie, à la tyrannie. Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance, aujourd’hui où les valeurs sont renversées. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides. Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et ce qu’il voudra bien leur donner. Objets en tout genre, vêtements, draps, livres, papiers peints, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… tout est bon ! C’est grâce à votre générosité (ou malgré votre pingrerie, c’est aussi drôle) que la représentation s’inventera sous nos yeux, comme sur une place de village. Un happening chaque soir différent. Une manière d’éclairer notre rapport intime à l’avarice et de mettre à nu ce qui fait la richesse d’un spectacle : une équipe à l’unisson et un public-artiste qui apporte la pièce manquante. Un Avare à l’épreuve de ce qui fonde l’art de la représentation : le partage. Une expérience d’économie circulaire aussi puisque tous vos dons seront redistribués pour le réemploi solidaire. Alors, prodigue ou avare ?

    avec John Arnold, Mathilde Auneveux, Pascal Cesari, Virgil Leclaire, Nelson-Rafaell Madel, Laurent Ménoret, Marie Razafindrakoto, Anne-Élodie Sorlin 

    Dämon El funeral de Bergman

    un spectacle d’Angélica Liddell
    en espagnol, français, suédois, surtitré en français

    26 septembre – 6 octobre

    Odéon 6e

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  • À voir en septembre 2024

    À voir en septembre 2024

    ci-dessous nos conseils pour la rentrée de septembre

     » VISITE A MISTER GREEN « de Jeff BARON

    au THÉÂTRE DE PASSY à partir du 6 septembre 2024, Thomas JOUSSIER Patrick PREJEAN, mise en scène Thomas JOUSSIER

    la critique l’Autre Scène

    Des Ombres et des Armes à la manufacture des Abbesses partir du 26 aout

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    Lors d’une opération chaotique, un groupe de la DGSI parvient à éviter un nouvel attentat. Mais l’un des djihadistes prend la fuite et les policiers se déchirent alors sur la stratégie à suivre pour le retrouver. Pour Niels, la clé est Abdel, un revenant (un jeune parti en Syrie et revenu en France) menant désormais une vie paisible. Niels en est certain, Abdel ment et se prépare à passer à l’action. Cela vire bientôt à l’obsession, accentuant les lignes de fractures avec les autres policiers. Parallèlement, la menace d’une action d’extrême droite semble grandir inexorablement.

    L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt

    Théâtre du Palais Royal à partir du 27 août Texte et Mise en scène  : Géraldine Martineau. Géraldine Martineau nous avait éblouis avec « La Dame de la mer » de Henrik Ibsen » à la Comédie-Française. La vie de la première star internationale, celle qu’on nomma « la divine », « le monstre sacré », « la voix d’or », « l’impératrice du théâtre », « la scandaleuse ».

    avec Estelle MEYER, Marie-Christine LETORT, Isabelle GARDIEN, Blanche LELEU, Priscilla BESCOND, Adrien MELIN, Sylvain DIEUAIDE, Antoine CHOLET, Florence HENNEQUIN, Bastien DOLLINGER

    https://www.theatrepalaisroyal.com/Spectacles/lextraordinaire-destinee-de-sarah-bernhardt


    Rentrée 42 à la Comédie Bastille 

    Une pièce de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire – Mise en scène : Xavier Lemaire

    Décors : Caroline Mexme – Lumières : Didier Brun – Musiques : Philippe Bozzo – Costumes : Christine Vilers

    Avec Anne Richard, Isabelle Andréani, Emilie Chevrillon, Fanny Lucet, Dominique Thomas et Michel Laliberté

    Quatre institutrices d’une école parisienne du 11ème arrondissement se retrouvent pour préparer la rentrée scolaire de 1942. Un évènement inattendu va remettre en cause leur métier d’enseignante et va faire naître leur habileté à résister !

    Suivez l’enquête de ces héroïnes du quotidien, dans la France du régime de Vichy. Sans jamais céder au désespoir, avec courage et une pointe d’humour noire, elles se battent pour les enfants, pour l’enseignement, pour la justice… pour l’humanité.

    « La double inconstance » par Jean-Paul Tribout, le Marivaux du bonheur.


    Lucernaire
    53 rue Notre-Dame-des-Champs
    75006 Paris
    Du 18 septembre au 3 novembre 2024
    Durée 1h25


    ILLUSIONS PERDUES à l’Atelier

    ILLUSIONS PERDUES
    Dans une mise en scène brute et incandescente, Pauline Bayle dépeint le parcours de Lucien Chardon, jeune poète qui venu à Paris pour connaître la gloire, se retrouve happé par le monde impitoyable de la presse. Portée par l’énergie débordante de cinq comédien.nes incarnant près d’une quinzaine de personnages, son adaptation d’Illusions perdues révèle toute la puissance et la modernité des mots d’Honoré de Balzac. Sous nos yeux et dans un rythme effréné, ils nous transportent au cœur d’un XIXème siècle étonnamment contemporain.

    Après avoir conquis le public avec ses adaptations de l’Illiade et Odyssée, Pauline Bayle poursuit son exploration des grands textes du répertoire en ravivant l’œuvre capitale de la Comédie Humaine.


    Mode d’emploi pour metteur en scène israélien en Europe au Théâtre Paris-Villette, 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris 

    Ido et Hannan sont tous deux des metteurs en scène de théâtre israéliens. L’un vit à Paris, l’autre à Tel Aviv. En 2023, ils se lancent un défi : créer une pièce sur leur patrie névrosée, à moitié folle, en passe de basculer dans le totalitarisme, mais néanmoins, en quelque sorte, aimée. Mais lorsque le 7 octobre, en pleine répétition, une nouvelle guerre éclate et que la catastrophe se déchaîne, la réalité dépasse toute fiction. La mise en scène d’une histoire humoristique, ironique et fictive du Moyen-Orient devient alors un véritable voyage à travers l’une de ses périodes les plus sombres.

    mise en scène, jeu Hannan IshayIdo Shaked / dramaturgie Idan Rabinovici


    L’Avare de Molière mise en scène Clément Poirée à La Tempête

    L’histoire d’une génération qui ne veut rien lâcher au risque de nécroser celle qui vient, Molière l’a génialement racontée dans L’Avare. Pièce hilarante sur un grand vice, un désir ogresque qui confine à la folie, à la tyrannie. Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance, aujourd’hui où les valeurs sont renversées. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides. Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et ce qu’il voudra bien leur donner. Objets en tout genre, vêtements, draps, livres, papiers peints, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… tout est bon ! C’est grâce à votre générosité (ou malgré votre pingrerie, c’est aussi drôle) que la représentation s’inventera sous nos yeux, comme sur une place de village. Un happening chaque soir différent. Une manière d’éclairer notre rapport intime à l’avarice et de mettre à nu ce qui fait la richesse d’un spectacle : une équipe à l’unisson et un public-artiste qui apporte la pièce manquante. Un Avare à l’épreuve de ce qui fonde l’art de la représentation : le partage. Une expérience d’économie circulaire aussi puisque tous vos dons seront redistribués pour le réemploi solidaire. Alors, prodigue ou avare ?

    avec John Arnold, Mathilde Auneveux, Pascal Cesari, Virgil Leclaire, Nelson-Rafaell Madel, Laurent Ménoret, Marie Razafindrakoto, Anne-Élodie Sorlin 

    Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos


    Mise en scène d’Arnaud Denis
    Avec Delphine Depardieu, Valentin de Carbonnières, Salomé Villiers, Michèle ANDRE, Pierre DEVAUX
    https://www.comediedeschampselysees.com/spectacle/61/les-liaisons-dangereuses

    Sur l’autre rive (spectacle)— librement inspiré de Platonov

    de Tchekhov· Théâtre Nanterre-Amandiers – Centre dramatique national
    27 sept > 13 oct

    Dämon El funeral de Bergman

    un spectacle d’Angélica Liddell
    en espagnol, français, suédois, surtitré en français

    26 septembre – 6 octobre

    Odéon 6e

    LA DOUBLE INCONSTANCE de Marivaux

    Au Lucernaire, du 18 septembre au 3 novembre 2024 🔥Mise en scène Jean Paul Tribout

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  •  » DÄMON El funeral de Bergman » le Parlons travail de Angélica Liddell

     » DÄMON El funeral de Bergman » le Parlons travail de Angélica Liddell

    Après Liebestod où l’artiste abordait sa relation intime au théâtre autour d’une similitude avec la corrida. Cette fois, Angelica Liddell aborde la question de la création de l’artiste autour d’une proximité avec Ingmar Bergman. Une fois encore, c’est sanglant, c’est surprenant et c’est génial.

    Le spectacle est total. La force du geste réside dans une saturation du verbe et de l’image. Les mots sont simples, percutants. Les symboles se veulent universels, simples à décoder. Au milieu de l’édifice, le corps d’Angélica Liddell nous empiète et nous guide pour un voyage théorique sur la création artistique. Il y a comme à chaque fois chez l’artiste l’amour et le corps et ce qui circule entre les deux : la vie et la mort. Au centre, les mots nous percutent, sans relache. 

    Polémique inutile

    Dans ce travail d’analyse de son art, Angélica Liddell englobe naturellement la question des critiques de théâtre, souvent cruelles, parfois blessantes. Elle s’en prend à certains critiques célèbres ad nomimen. La plupart ont souri d’être inclus dans sa création artistique. Un seul a relevé le gant d’un honneur qu’il plaçait étrangement en un lieu qu’il s’appropriait par vanité : la scène elle-même, obligeant Angelica Lidell à clarifier quelques évidences : Il y a toujours place pour la critique de l’œuvre, mais jamais pour l’humiliation de la personne de l’artiste elle-même. Critiquer oui, mais sans délégitimer. 1Quelques benêts ont applaudi ; on trouve toujours pour applaudir aux poncifs ceux-là qui croient qu’ils doutent sans se douter que seulement, ils croient.

    Les thèmes habituels de l’artiste

    Le rideau se lève en grande pompe avec la mort figurée par un Calavera nain qui se présente à nous et nous fixe. Puis le pape traversera la scène, lentement, cacochyme. Vient ensuite la diva. Elle se lave l’entrejambe avec application ; elle n’entamera le spectacle que le cul propre. Nous sommes dans l’univers de Angélica Liddell. Elle va crier, répéter les mots de son manifeste pour l’artiste. Nous la retrouvons dans son combat contre la milice cléricale, pourtant si imprégnée de religion. Nous retrouvons sa proximité avec le monde des morts. Elle veut se marier avec Bergman mort en son cercueil. Angélica est contre la mort, tout contre.

    Les artistes sont immortels, car ils sont déjà morts

    Les tableaux se succèdent, chacun beaux, cruels et crus. Et le discours de l’artiste sur son art et son statut se déploie petit à petit. Sa pensée est limpide tandis que féroce. « Je plains les gens » clame-t-elle. Les gens, c’est-à-dire les non-artistes, ne comprennent rien à la mort, ils se croiraient vivants, ils se croient hommes ou femmes. Mais ils mourront tous sans y comprendre rien. Angélica Liddell confirme l’intuition freudienne : chez l’artiste, l’inconscient est à ciel ouvert. L’artiste, en conscience, est au centre de nos rêves de turpitudes et nous interpelle : êtes-vous coupables ou innocents ?

    À charge pour lui, l’artiste, d’explorer le réel cru de notre condition humaine. Et à nos dilemmes indépassables bouchés par le fantasme : allons-nous mourir par manque de pessimisme ? Que se passera-t-il lorsqu’il n’y aura plus ni femmes ni d’hommes, lorsque viendra un temps où sera transformée votre bite en chatte, votre chatte en bite, lorsqu’il ne restera que la merde et la mort ?

    Où es-tu Armelle ?

    Elle convoque Armelle Heliot, la célèbre critique de théâtre, monument de savoir et de sourire. Angelica exhorte : où es-tu Armelle. Maintenant ! Seul le présent compte, seule la seconde de ce cri existe. Angelica le sait, le théâtre cherche à attraper la seule chose qui existe et qui pourtant nous échappe sans cesse : l’instant présent.

    Elle invoque le présent et il manque déjà. Il nous faut en faire le deuil déjà. La mort est à l’origine de la création. Angelica se mariera avec Bergman, mort. L’esprit des artistes survit. Elle conclut : le temps est l’assassin ; cependant, dès demain, elle se remettra au travail.

    Dès demain, elle reprendra le travail du théâtre. C’est là sa religion, douloureuse et océanique.


    Avec Ahimsa, Yuri Ananiev, Nicolas Chevallier, Guillaume Costanza, Electra Hallman, Elin Klinga, Angélica Liddell, Borja López, Sindo Puche, Daniel Richard, Joel Valois
    et la participation d’Erika Hagberg (habilleuse du Dramaten), David Abad (Multicapacitats)
    et de figurants Ayena Adjido, Julie Benoit, Francine Billard, Alain Bressand, Paule Coste, Maylis Calvet, Léa Delaporte, Adam Dupuis, Annette Ecckhout, Christian Ecckhout, Bernadette Fredonnet, Marion Gassin, Pierre Hoffmann, Dominique Houdart, Jeanne Houdart- Heuclin, Manon Hugny, Françoise Pellevillain, Gael Maryn, Daphné Lanne, Elisa Morice, Julia Pal, Alain Sperta, Sabino Tatulli, Victor Van Kuijk Saytour, Kenza Vannoni, Coralie Zaninotti
    et en alternance Timothée Bosc, Odin Darlix, Victor Van Kuijk Saytour
    et la voix de Jonas Bergström
    et Laura Meilland (violoncelle)
    Texte, mise en scène, scénographie et costumes Angélica Liddell
    Lumière Mark Van Denesse
    Son Antonio Navarro
    Assistanat à la mise en scène Borja López
    Traduction pour le surtitrage Christilla Vasserot (français), 36caracteres (anglais)
    Régie plateau Nicolas Chevallier
    Direction technique André Pato

    • 1
      Quelques benêts ont applaudi ; on trouve toujours pour applaudir aux poncifs ceux-là qui croient qu’ils doutent sans se douter que seulement, ils croient.
  • [EXPOS] noirs émois, David Gery

    [EXPOS] noirs émois, David Gery

    Galerie Couteron, 16, rue Guenegaud 75006 Paris

    Je m’invente des paysages imaginaires, des territoires aux confins de moi-même, j’y cherche dans l’obscure  clarté́, cette lumière de l’obscurité́ que nos yeux finissent par voir ; je cherche à retrouver cette sensation.  Peindre l’obscurité́ et y faire surgir sa lumière : Une invitation au mystère, à la transcendance. Le noir,  comme une éthique pour le regard. Être dans une vision pleinement active pour celui qui regarde le btableau  et reconstitue l’image, la décrypte et l’invente aussi. David Géry

    Une peinture abstraite en noir et blanc représentant un paysage sombre avec des collines et un ciel nuageux.

    Avec du pigment, le plus souvent, noir mélangé à l’huile, David Gery crée ses paysages, reflets de nature et de jaillissement où perce une lumière posée là sur les supports en bois.

    Etrange lumière qui par rayonnement ajoute une épaisseur au relief des superpositions parfois lisses ou bien mouvementées des tableaux. Des couches de peinture déposées, poncées dépassent même le cadre en bois, une dentelle prolonge le tableau au-delà des bordures.

    Du bois brut en adéquation avec les forêts estompées, la vague ou bien encore des effets d’aurores boréales explorent l’univers.

    Le regard fouille, cherche des repères pour mieux s’adonner à la rêverie. Bois vibrant du mat et du brillant de nature nous emmènent vers une abstraction du monde.

    Peinture en noir et blanc représentant des collines ondulantes sous un ciel nuageux.

    La mise en scène de l’exposition place en face à face ces tableaux qu’une ligne blanche traverse et, sur le mur opposé, un diptyque notamment et des peintures noires, sobres, dont s’échappe un relief qui suit les lignes d’une main active. Celle du peintre dont l’œuvre tend vers l’épure, la couleur noire et un ajout de brun formant ainsi l’esquisse d’un banc de sable qui aurait traversé le tableau.

    Ce mouvement réalisé par le jeu entre sombre et traits lumineux se déplacent au gré du regard. Coulée, Glacé, Forêt, Lumière Océane et Quelque Part à l’Extrémité sont les noms indiqués sur les cartels. Promenades sous les éclats de Paysage Incertain et de Variation Carrée.

    Très belle plongée en écho à la phrase d’Henri Michaux « Du noir seul, je vois de la vie sortir ». Du noir mat et brillant surgissent des émois, sans aucun doute, entre crépuscule et blanche vibration, les paysages s’agrandissent proposant au regard la quiétude d’œuvres admirablement grandioses.

  • Le gouvernement annonce un prélèvement de 10 % du budget culturel audiovisuel au profit du théâtre public

    Le gouvernement annonce un prélèvement de 10 % du budget culturel audiovisuel au profit du théâtre public

    Paris, communiqué de presse — C’est une révolution silencieuse que personne n’avait vue venir. La ministre de la Culture a annoncé ce matin, 8:35, lors d’une conférence de presse tenue au Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes qu’un décret portant réforme structurelle du financement de la culture serait publié dès le lendemain au Journal officiel.

    Le principe est aussi simple qu’inédit : 10 % du budget culturel consacré à l’audiovisuel — soit, selon nos calculs, plusieurs centaines de millions d’euros annuels prélevés sur les dotations de France Télévisions, de Radio France et du CNC — seront désormais fléchés vers le théâtre public dans son ensemble : théâtres nationaux, centres dramatiques nationaux (CDN) et théâtres conventionnés, en Île-de-France comme en région.


    Une réfection longtemps attendue

    La première enveloppe sera affectée aux travaux de réfection des bâtiments. Car la situation, dans nombre d’établissements, est proprement indigne : toitures fuyantes, cintres vétustes, fosses d’orchestre condamnées, gradins branlants. Plusieurs directeurs, sous couvert d’anonymat, confiaient depuis des années que leurs théâtres ressemblaient davantage à des chantiers qu’à des lieux de création. Ce temps est, paraît-il, révolu.


    Deux fois plus de créations, trois fois plus de dates

    Mais c’est la deuxième mesure qui a déclenché une standing ovation dans la salle — fait rarissime lors d’une conférence de presse ministérielle. Les dotations de fonctionnement artistique seront augmentées à hauteur de permettre  le triplement des dates d’exploitation de chaque spectacle, en tournée comme à domicile.

    Concrètement, un CDN qui produisait jusqu’ici quatre créations par saison, chacune d’elles serait jouée non plus quinze représentations mais quarante-cinq. « Le théâtre cessera enfin d’être cet art de la disparition immédiate », s’est exclamée la ministre, visiblement émue.


    L’audiovisuel public : résigné ou soulagé ?

    Du côté des chaînes publiques, on a accueilli la nouvelle avec ce qu’il faut bien appeler une sérénité philosophique. Le PDG de France Télévisions aurait murmuré, selon une source proche du dossier : « Après tout, nous aussi venons du plateau. »


    La grande frayeur des vedettes : et si on les payait comme des artistes ?

    C’est toutefois dans les coulisses du PAF que la panique est la plus palpable. Plusieurs animateurs phares des grandes chaînes — dont les cachets atteignent des sommets que le régime de l’intermittence du spectacle ne saurait même pas orthographier — ont commencé à agiter discrètement leurs avocats.

    La rumeur, colportée avec une délectation non dissimulée dans les milieux du théâtre public, est la suivante : dans un second temps, le gouvernement envisagerait d’aligner la rémunération des vedettes de la télévision sur le barème des intermittents du spectacle. Cachet journalier, nombre d’heures déclaré, indemnisation chômage plafonnée : autant de notions qui font blêmir ceux dont le simple déplacement en plateau est aujourd’hui facturé au prix d’un budget annuel de CDN de taille moyenne.

    Mais la mesure qui suscite la véritable terreur est ailleurs. Selon les mêmes sources, le ministère étudierait la possibilité d’imposer l’économie de troupe comme modèle de référence aux sociétés de production audiovisuelle. Fini les cachets individuels négociés dans l’opacité, fini les contrats mirobolants au nom à huit chiffres : place au collectif, à la mutualisation, à l’équité salariale entre le premier rôle et le technicien lumière. Ce que les compagnies de théâtre pratiquent par nécessité depuis des décennies deviendrait, enfin, la norme des sociétés de production les plus juteuses du PAF.

    Un grand nom de la télévision aurait confié philosophe face à la terreur de perdre son trône,  à son attaché de presse : « Un homme peut pêcher avec un ver qui a mangé d’un roi, et manger du poisson qui s’est nourri de ce ver. » A chacun désormais de manger ce poisson là.



  • Mauvais Esprit — Christelle Harbonn / Demesten Titip

    Mauvais Esprit — Christelle Harbonn / Demesten Titip

    Christelle Harbonn croit que le théâtre commence là où le récit officiel s’arrête — dans les seules zones où l’on reconnaît quelque chose de vrai sur soi. La tradition séculaire n’est jamais chez elle un décor : elle est la matière même du présent, le socle invisible de chaque rencontre. Le hic et nunc du plateau n’a de sens que parce qu’il est traversé par tout ce qui l’a précédé.

    Scène de théâtre avec cinq acteurs sur scène, un portant un costume coloré, d'autres faisant des gestes expressifs, un fond sombre.

    Quatre langues, cinq interprètes, des marionnettes surgies du conte et de l’inconscient collectif : Mauvais Esprit, création de la compagnie Demesten Titip, plonge dans l’universalité des croyances populaires et des peurs héritées de l’enfance. Christelle Harbonn et Karima El Kharraze signent un spectacle qui n’explique pas nos superstitions — il les habite, et nous rappelle, avec Freud, que croire n’est pas une erreur : c’est une nécessité.

    Freud savait que personne n’échappe à la croyance. Non parce que l’humanité serait naïve ou arriérée, mais parce que croire est une fonction psychique — inévitable, inévitée. L’illusion religieuse, écrivait-il, n’est pas une erreur de raisonnement : c’est une réponse au vertige. Face à la démesure du réel, face à la mort qui attend et à l’autre qui menace, nous fabriquons des récits protecteurs — des djinns à tenir à distance, des couteaux sous l’oreiller, des ongles soigneusement coupés pour ne pas offrir gîte aux esprits mauvais. Et nos phobies, loin d’être de simples dysfonctionnements, ont cette fonction paradoxale et précieuse : elles nous offrent de soutenir le monde, et de nous soutenir au monde. Avoir peur de quelque chose de précis, c’est encore une façon de donner forme à l’informe, de circonscrire l’angoisse, de la rendre habitable.

    Deux acteurs interagissent sur une scène sombre, assis sur des rochers. En arrière-plan, une actrice tient une poupée, tandis que d'autres jouent devant un piano.

    C’est exactement là que Mauvais Esprit prend racine — et c’est ce qui le rend précieux. Christelle Harbonn et Karima El Kharraze ne font pas un spectacle sur la superstition : elles construisent un spectacle d’une esthétique solide sur la nécessité anthropologique de croire, sur cette graine plantée dans notre première innocence par ceux qui nous aimaient. Et qui avaient peur pour nous.

    Harbonn explique avec une lucidité désarmante. C’est en transmettant à sa fille de deux ans la peur du chaud, du froid qu’elle lui aura insuffler le mauvais esprit. Elle lui aura enseignée, sans le savoir, les premières formes du langage symbolique par lequel un sujet apprend à habiter un monde qui par essence le dépasse.

    Scène de théâtre avec des acteurs autour d'une table, éclairée par une lumière bleue, avec des décors de pierres et un héron en arrière-plan.

    Le dispositif dramaturgique est à la hauteur de cette ambition. Quatre langues — arabe, français, lingala, mandarin — coexistent sur le plateau sans se hiérarchiser, portées par cinq interprètes dont les corps et les voix forment un ensemble d’une cohérence et en même temps d’une pluralité-diversité étonnante. Ce multilinguisme n’est pas une posture: elle est l’ADN de l’artiste. Elle est une rencontre merveilleuse entre l’individuel et le collectif.

    Les croyances ne se traduisent pas, elles se transmettent — par le geste, la prosodie, le récit dont on ne comprend pas les mots mais qui nous percute. La marionnette de Lou Simon ajoute une dimension supplémentaire : ces présences animales ou fantastiques qui surgissent au plateau disent quelque chose que le corps humain ne peut pas dire seul. L’esprit prend corps, partout et ailleurs, là ou habiterait la peur.

    La scénographie intemporel de Manu Buttner accompagne avec intelligence ce mouvement. L’équation commence dans le familier et se dérobe en un voyage pour un univers chimérique. La création sonore électroacoustique de Gwennaëlle Roulleau sculpte cet entre-deux. L’ensemble enveloppé dans une création lumière intense ( Guillaume Pons)est magnifique  et confirme la maîtrise du geste.

    Ce que Mauvais Esprit réussit, c’est de nous rendre nos peurs sans nous en débarrasser. Le spectacle fait ce que fait le conte depuis toujours : il donne une forme au tremblant, une langue à ce qui résiste à la langue justement, une scène (et l’autre scène freudienne) à ce qui jusque-là n’avait lieu que dans le noir de nos têtes.

    Nous en sortons un peu plus légers. Car depuis l’aube de l’humanité, avoir peur ensemble est l’une des façons les plus anciennes de se sentir moins seul. Et sera dit à une autre, à un autre : « ne t’en fais pas , tu es plus fort.e que le diable ».


    Compagnie Demesten Titip

    Écriture Karima El Kharraze et Christelle Harbonn
    Mise en scène Christelle Harbonn
    Avec Fanny Avram, Jung Shih Chou, Ahmed Fattat, Aristote Luyindula et Lou Simon
    Dramaturgie Karima El Kharraze
    Création objets marionnettiques Lou Simon et Florence Garcia
    Scénographie et régie générale Manu Buttner
    Création sonore Gwennaëlle Roulleau
    Régie son Paulin Bonijoly
    Création et régie lumière Guillaume Pons
    Création costumes Lucie Guillemet
    Administration, production, diffusion Bureau Retors Particulier
    Production déléguée Demesten Titip

    COPRODUCTIONS ET SOUTIENS
    Théâtre de Choisy-le-Roi – Scène conventionnée d’intérêt national Art et création pour la diversité linguistique,
    Pôle Arts de la Scène, Friche Belle de Mai – Marseille,
    Théâtre les Ilets – CDN de Montluçon,
    Théâtre du Bois de l’Aune – Aix-en-Provence,
    Théâtre Durance (soutien à la résidence) – Scène nationale de Château-Arnoux,
    Espace Michel-Simon – Ville de Noisy-le-Grand,

    RÉSIDENCES
    Maison Denise Masson, Marrakech,
    Institut Français de Marrakech – Maroc
    CIRCA – La Chartreuse – Villeneuve-lez-Avignon

    Avec la participation artistiquedu Jeune Théâtre National et du Fonds d’insertion pour jeunes artistes dramatiques, DRAC et Région SUD

    Création le 4 mars 2025 au Théâtre de Choisy-le-Roi

  • Vudú (3318) Blixen — Angélica Liddell / Odéon

    Vudú (3318) Blixen — Angélica Liddell / Odéon

    Il fut un temps où Angélica Liddell faisait peur. Elle nous invitait dans un territoire sans garanties, sans filet, sans certitude de ressortir intact. Dans l’espoir de ne pas en sortir indemne. Ces chefs œuvres tenaient ensemble la violence et la grâce, la souffrance et l’humour noir, l’obscénité et la beauté, sans que jamais l’une n’écrase l’autre. Ce qui faisait la puissance de Liddell, c’était précisément cela : l’allusion, l’écart, la métaphore qui frappe parce qu’elle ne dit pas tout. Un don de l’artiste qui transforme sa douleur l’excédant et ainsi nous donner à penser.

    Et puis vient Vudú (3318) Blixen. Le spectacle dure cinq heures et demie. La diva y fait le choix du récitatif plutôt que l’insinuation. L’allégorie ne subsiste que dans la forme, le texte n’est plus une évocation. Factuel. On apprendra que Liddell a été trahie en amour, qu’elle a voulu mourir, qu’elle écrit pour ne pas tuer. Cette logorrhée est tenue jusqu’au bout, avec une constance qui finit par ressembler à de l’obstination. Obsessionnel.

    Le talent vénéré de l’artiste, cette capacité à faire de sa blessure une œuvre qui appartient à tous, s’est mué en un sacrifice narcissique. La fiction poétique — ce qui permettait jadis au spectateur de se glisser dans la brèche, d’y loger sa propre vérité — a été remplacée par le commun et banal du discours suicidaire égo-centré. Blixen, Mishima, Bergman, Nitsch, Blake, Bukowski : les figures tutélaires s’accumulent moins comme des présences vivantes que comme des cautions, des excuses de celle qui chercherait à être reconnue.

    On s’ennuie. Reste la beauté des motifs dramatiques dans leur logique d’un rituel maîtrisé par l’artiste. Le bleu céleste du décor est somptueux. Les oiseaux sont là. Les carnations rouges jonchent le plateau. La photo de Luca del Pia en tête de ce papier en dit autant que le spectacle en cinq heures : une femme seule, entourée de fleurs mortes, auprès d’un boulet de canon. L’image est forte. Elle suffirait. Mais la messe est définitivement trop profane, trop séculière, trop temporelle. Nous attendrons la prochaine création de la diva pour renouer avec ce qui fit sa grandeur.


    texte, mise en scène, scénographie, costumes Angélica Liddell, lumière Javier Ruiz de Alegría, son Antonio Navarro. Crédit Photo © Luca del Pia. vu le 29 mars 2026.

  • La sœur de Shakespeare : Woolf, Freud et deux comédiennes incandescentes

    La sœur de Shakespeare : Woolf, Freud et deux comédiennes incandescentes

    Studio Hébertot à partir du 4 avril

    Librement inspiré de l’essai de Virginia Woolf, La sœur de Shakespeare imagine la vie empêchée de Judith, sœur fictive du dramaturge — génie sans chambre, parole sans lieu. Mis en scène par Juliette Marie, porté par Solenn Goix et Inès Amoura, le spectacle ne se contente pas de rendre hommage à Woolf : il la prolonge et la déplace, en posant une hypothèse plus troublante encore — que la création, par nature, excède la guerre des sexes. Une pièce frontale, drôle, nécessaire.


    Judith, ou le génie empêché

    Octobre 1928, université de Cambridge. Virginia Woolf s’adresse à une assemblée exclusivement féminine. Son intervention deviendra Une chambre à soi — essai fondateur, langue d’une clarté redoutable, anatomie des conditions concrètes qui ont maintenu les femmes hors du champ littéraire : l’argent, l’espace, la reconnaissance. Trois choses simples, trois choses refusées. Près d’un siècle plus tard, la vibration du texte n’a rien perdu de son acuité. C’est cette vibration que La sœur de Shakespeare fait entendre sur scène — avec force, avec subtilité, et avec deux comédiennes qui savent exactement ce qu’elles font.

    La pièce s’empare de la figure inventée par Woolf elle-même : Judith Shakespeare, sœur fictive du dramaturge, génie supposé, vie empêchée. Solenn Goix l’incarne avec une justesse bouleversante — corps engagé, présence maîtrisée, intelligence du geste qui ne souligne jamais ce qu’il dit déjà. Face à elle, Inès Amoura est la maîtresse de cérémonie, l’architecte du récit, voix frontale qui dénonce avec une finesse acérée l’absurdité des croyances patriarcales. Ses adresses au public sont redoutables. Ensemble, les deux comédiennes dansent le texte — on ne cherche pas d’autre mot — et l’on est captivé.

    Pour écrire il faut “quelque argent et une chambre à soi” – deux privilèges longtemps réservés aux hommes.

    Là où le spectacle gagne en profondeur, c’est dans le déplacement qu’il opère à partir de Woolf. La sœur de Shakespeare ne se contente pas de prolonger le cri féministe : elle l’interroge. Elle pose l’hypothèse que l’acte de création n’est ni masculin ni féminin, mais les deux simultanément — ce qu’on pourrait appeler, à la suite de Freud, un hermaphrodisme psychique fondamental. Freud le formulait déjà à la fin du XIXe siècle : l’inconscient ignore la binarité des sexes, l’être humain y est structurellement bisexuel. Woolf elle-même en était l’illustration vivante. Le spectacle s’en empare pour remettre en question les approches qui font de la création le terrain d’une guerre des sexes — wokisme, male gaze, militantismes trop binaires : l’art naît précisément là où les sexes se rencontrent, non là où ils s’affrontent. L’hypothèse est audacieuse. Elle interroge autant qu’elle libère.

    La scénographie épurée laisse toute la place aux corps et au texte — choix juste, qui force la concentration sur l’essentiel. Le ton oscille entre l’émotion frontale et des éclats d’humour inoubliables, sans que jamais l’un ne court-circuite l’autre.

    Une pièce aboutie, portée haut. Une pièce nécessaire.


    LA SŒUR DE SHAKESPEARE
    D’APRÈS
    Virginia Woolf, traduction Jean-Yves Cotté
    MISE EN SCÈNE
    Juliette Marie
    AVEC Inès Amoura & Solenn Goix
    COLLABORATION ARTISTIQUE Sarajeanne Drillaud

    Crédit photos ©Christophe Renaud

  • « Carpe Noctem », cueillir la nuit avec Leonora Carrington…

    « Carpe Noctem », cueillir la nuit avec Leonora Carrington…

    Pour quelques semaines encore (jusqu’au 26 avril) la bien nommée compagnie Melpomène – rendant à la muse de la musique et de la tragédie un juste hommage – dirigée par Alicia Le Ridant, a posé ses tréteaux au Théâtre Michel Galabru pour un hommage aux surréalistes plus que bienvenu pour tous les amateurs de chimères, sorties de nos inconscients féconds.

    Avec Carpe Noctem, cette jeune metteuse en scène et directrice artistique fait le pari audacieux de ressusciter sur scène la figure de Léonora Carrington. Comme nous le rappelle la notice de l’exposition qui lui est actuellement consacrée au Musée du Luxembourg, la jeune femme fut, tout à la fois une « artiste, féministe et écologiste d’avant-garde, femme, mère, migrante, touchée par la maladie mentale et chercheuse spirituelle en constante évolution, qui laissa derrière elle un héritage aussi extraordinaire que radical ». Son oeuvre, rappelant tantôt les hallucinations infernales d’un Jérôme Bosch, tantôt les mondes irréels d’un Salvador Dali est considérée comme un témoignage majeur de la période surréaliste. Pourtant, comme le signale Alicia Le Ridant, dans sa note d’intention de mise en scène, cette femme – qui fut l’amante de Max Ernst – côtoya aussi bien Leonor Fini, que Paul Eluard et la photographe de guerre Lee Miller, qui voyagea sur plusieurs continents, jouissant d’une grande renommée en Espagne et au Mexique, est pourtant bien peu connue en France, et se trouve être une des grandes « invisibilisée » du célèbre mouvement auquel André Breton a donné son nom, et dont on ne retient le plus souvent que les noms des artistes masculins: Chirico, Dalí, Matisse, Masson…

    C’est pour réparer cette injustice mémorielle que la directrice artistique de la compagnie Melpomène a conçu un spectacle haut en couleurs, mêlant théâtre, musique et danse, afin de redonner au surréalisme de Carrington toute son incandescente puissance, à la mesure de son talent protéiforme et démiurgique. Sur scène – et pour notre plus grand bonheur – elle a confié à huit comédiens le soin d’incarner les figures tutélaires de la bohème artistique qui entoura Carrington : son amant Ernst, Lee Miller et Edward James, Remedios Varo mais encore la coruscante collectionneuse d’art et croqueuse d’hommes Peggy Guggenheim, que la metteuse en scène a choisi d’incarner elle-même.

    Le décors, simple sans être minimaliste – « un chevalet (…) un appartement d’artiste, une baignoire, une chaise à bascule se balançant seule dans le noir, une vieille pellicule développée à la lumière rouge (…),un lit à barreau » – permet de mettre en scène trois périodes distinctes de la vie de l’artiste, entre 1938 et ses internements à Santander durant la seconde mondiale (1940), après qu’elle a échoué à faire libérer Max Ernst des geôles allemandes.

    Un premier temps du spectacle permet de découvrir Léonora dans son environnement artistique, entourée de ses amis, amoureuse de son amant, affairée à réaliser son auto- portrait. L’occasion de goûter à la joie communicative de cet atelier où bout la créativité, l’amitié, l’Eros communicatif. La seconde partie du spectacle confronte cette joyeuse cocagne à la guerre, au nazisme, à la tentative d’extermination de « l’art dégénéré » selon l’expression de Goebbels et de ses émules. Et permet au passage de rendre hommage au rôle majeur de protectrice, acheteuse et passeuse occasionnelle de Peggy Guggenheim durant cette période sombre. La pièce s’achève sur une troisième moment, plus tragique, qui voit Carrington internée se confronter aux affres de l’hôpital psychiatrique et aux volutes de sa folie. Nous restons volontairement elliptique pour laisser au spectateur la joie de goûter au subtil sel de toutes ces scènes.

    On soulignera cependant toute l’incroyable puissance qu’ajoute au texte et à la mise en scène du spectacle, la musique et les danses qui y sont associées, et qui forment autant de sublimes intermèdes aux différentes scènes. Et l’on soulignera le talent de chorégraphe d’Alicia Le Ridant, comme l’art émérite de ses danseurs qui ajoutent assurément une touche de dynamisme coloré et enjoué à ce spectacle où décidément, avec Carrington et ses amis, on « cueille la nuit » comme jadis Ronsard le jour.

    Pour finir on ne manquera d’inciter particulièrement les psychanalystes et toutes les personnes intéressées par l’Inconscient à courir voir ce spectacle. Elles y découvriront de quoi méditer sur les rapports prudents que Freud entretenait avec les surréalistes et la manière qu’avait Breton de célébrer « la puissance occulte de la déraison qui émane », selon lui, de l’Inconscient. Car dans la vie de Leonora Carrington la porte ouverte sur l’art surréaliste et ses chimères est bien une porte ouverte, aussi, sur la folie. Et les spectateurs de Carpe noctem, auront également le plaisir, s’ils le désirent, en cette période qui prolonge le centenaire du surréalisme (2024), de continuer leur réflexion sur les rapports des surréalistes et de l’Inconscient par une lecture et une exposition. La lecture c’est celle d’En bas (Down Below), récit (tout juste republié (2022)) par Léonora, de son internement psychiatrique durant son exil dans l’Espagne franquiste, entre contention, injection de cardiazol et voyage onirique. Un document bouleversant. L’exposition, très courue, c’est celle, citée plus haut, en cours actuellement et jusqu’au 19 juillet, au Musée du Luxembourg, consacrée à l’artiste. De quoi rêver…et penser avec la fameuse invisibilisée et sa bande de bohèmes, bien décidés à « «montrer à l’autre [Freud], et aux public en général, qu’un groupe de poètes est aussi compétent qu’un groupe de savants pour traiter en profondeur le problème du rêve » (cité in Marc Saporta, André Breton ou le surréalisme même) … Lacan, sans doute, n’aurait pas dit mieux.


    CARPE NOCTEM

    d’après la vie de Leonora Carrington et des artistes surréalistes

    Auteur : Alicia Le Ridant 

    Mise en scène : Alicia Le Ridant 

    Interprètes : Valentine CERIA, Gwenaëlle BERNAL, Anna LE RIDANT, Joévan SEHANS, Arthur BOURGOIN, Eliott GUENODEN, Alicia LE RIDANT. Durée : 75 minutes. Théâtre Montmartre-Michel Galabru, 4 Rue de l’Armée d’Orient, 75018 PARIS Les dimanches à 16h00, jusqu’au 26 avril 2026. Visuel Affiche

  • « Entre parenthèses ». Pauline Bureau au théâtre de La Colline

    « Entre parenthèses ». Pauline Bureau au théâtre de La Colline

    La banquise et le tribunal

    Il y a, dans le travail de Pauline Bureau, une constance qui force l’admiration : la capacité à trouver pour chaque sujet une forme scénique à sa mesure, une manière de faire du théâtre exactement là où la littérature ou le journalisme rencontrent leurs limites. Entre parenthèses, librement adapté du récit d’Adélaïde Bon La Petite Fille sur la banquise, confirme son talent. La scénographie d’Emmanuelle Roy est une réussite totale : ce papier peint d’enfance devenu territoire mental, cet espace unique qui contient simultanément la cuisine nocturne, le cabinet du psy, la brigade des mineurs et la cour d’assises — tout cela trace une géographie poétique de la mémoire traumatique. La composition visuelle et sonore de Victor Belin et Raphaël Aucler enveloppe l’ensemble d’une matière sensible qui fait éprouver la sidération, la dissociation, le long travail de remontée vers soi.

    Une silhouette de personne tirant avec une arme à feu dans un espace sombre, avec une cible illuminée en arrière-plan.

    La troupe est vibrante, portée par une énergie collective. Coraly Zahonero tient de l’évidence : une présence qui n’écrase rien, qui n’appuie jamais, et qui pourtant occupe chaque centimètre de l’espace avec une autorité naturelle. Elle est de ces actrices qui sait tout jouer, Molière, Claudel, Pirandello à la Comédie-Française, et cette fois une capitaine de la brigade des mineurs. Sa scène plaidoyer est un moment de théâtre pur.

    Et pourtant.

    Le théâtre documentaire, quand il fonctionne, transforme le réel en nécessité dramatique, il fait archive. Entre parenthèses y parvient parfois. Mais le spectacle pèche par ce qui fait aussi sa force : son exigence documentaire. Deux heures durant lesquelles le dispositif policier, la psychiatrie du psychotrauma, la question de la prescription, celle des cold cases, l’amnésie traumatique, la requalification des faits, l’expertise judiciaire bâclée, les chiffres du classement sans suite viennent, un à un, s’inscrire dans la dramaturgie avec la rigueur d’un reportage … et la sécheresse du rapport public. Ce que la salle ressent, elle le savait déjà. On acquiesce, on ne découvre rien.

    L’intrigue manque,

    L’intrigue manque, non au sens du déroulé des faits — celui-là est rigoureusement tenu —, mais de l’intrigue au sens lacanien : cet irréductible qui force le sujet à se déplacer, à être surpris par sa propre vérité. Car le chemin d’Alma recèle un paradoxe vertigineux : cette enfant s’est juré de ne rien dire, et elle aura tenu parole! Et c’est précisément cette non-parole qui est parole qui l’aura protégée, qui lui aura permis de survivre.

    Ce nœud proprement tragique, est le cœur battant de l’œuvre d’Adélaïde Bon. On aurait voulu que le théâtre s’y installe davantage, qu’il y demeure, au lieu de poursuivre sa route vers le prétoire.

    Scolaire

    Entre parenthèses est un magnifique spectacle scolaire; il enseigne ; il accomplit sa fonction civique. Mais le théâtre doit excéder ces causes. Quelque chose de lourd et pesant semble retenir l’œuvre en deçà. Une dette, que l’on demande au public de conjointement honorer, envers le témoignage d’Adélaïde Bon, et envers les soixante-douze victimes de Giovanni Costa, aurait interdit à la metteuse en scène par une créance insurmontable de prendre avec le réel les libertés que réclame parfois la vérité du plateau.

    On ressort émus, informés, indignés — rarement traversés.


    du 27 mars au 19 avril 2026 au Grand théâtre durée estimée 2h • création à La Colline

    texte et mise en scène Pauline Bureau
librement adapté du récit d’Adélaïde Bon La Petite Fille sur la banquise
    avec
    Sabrina Baldassarra Muriel Salmona, psychiatre ; Madame Mangin, la mère de Cécile ; Soraya
Salomé Benchimol Alma enfant ; Claire ; Cécile Mangin enfant ; Iris ; La laborantine Maxime Dambrin Alex, le mari d’Alma ; Le psychanalyste ; Le juge ;
    Le commissaire divisionnaire Charpentier
Rébecca Finet Johanne Lacaille ; Kim
Héloïse Janjaud Alma
Sergio Longobardi Giovanni Costa ; Michel, officier de police
Céline Milliat-Baumgartner La greffière ; Madame Bellange, la mère d’Alma ; Stéphanie Kræmer, avocate ; Anne-Gaëlle Taillandier, experte judiciaire ; Natacha, portraitiste judiciaire ; Cécile Mangin adulte
    Coraly Zahonero de la Comédie-Française Vanessa Wagner ; Rachel
    scénographie et accessoires Emmanuelle Roy
costumes Alice Touvet
composition musicale et sonore Victor Belin et Raphaël Aucler vidéo Clément Debailleul
lumières Laurent Schneegans
collaboration artistique Sabrina Baldassarra
maquillages et perruques Françoise Chaumayrac
assistanat à la mise en scène Clara Haelters
cheffe opératrice tournage Florence Levasseur
fabrication des décors Paradis Décors et les ateliers de La Colline fabrication des accessoires les ateliers de La Colline
casting David Bertrand
accompagnement chorégraphique Caroline Marcadé
production / administration Claire Dugot
diffusion, développement Emmanuel Magis, Mascaret production
    production
    La Part des anges
coproduction La Colline – théâtre national, La Criée – Théâtre National de Marseille, Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque, Scène nationale 61 – Alençon-Flers-Mortagne
La Part des anges est conventionnée par le ministère de la Culture / Drac Normandie et la Région Normandie.
    édition
    La Petite Fille sur la banquise d’Adelaïde Bon est paru aux Éditions Livre de poche en mars 2019. Créeit photos. Christophe Raynaud de Lage. Vu le 27 mars 2026.

  • L’école des femmes par Frédérique Lazarini, chapeau l’artiste !

    L’école des femmes par Frédérique Lazarini, chapeau l’artiste !

    L’École des femmes — Molière / mise en scène Frédérique Lazarini Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 4 Juin.


    Il y a des soirées théâtre où l’on entre en salle avec le poids discret de ses souvenirs scolaires — la misogynie d’Arnolphe disséquée en classe de première, la « fin à la Molière » expliquée au tableau, le patriarcat du Grand Siècle rangé dans la case « patrimoine à respecter de loin ».

    Et puis le rideau s’ouvre, et tout ça tombe. Nous pensions assister à une pièce « du patrimoine », nous aurons beaucoup plus.

    Frédérique Lazarini ne modernise pas L’École des femmes. Elle ne l’adapte pas. Elle fait mieux, et c’est là que réside son intelligence : elle nous offre de regarder l’aventure d’Agnès avec les yeux d’aujourdhui , sans toucher à un alexandrin, sans trahir l’esprit ni la lettre. Le texte de Molière débarasssé de ses costumes d’époque retrouve toute sa force. Le Barbon est le même. Et pourtant il est amoureux comme les hommes d’aujourd’hui qui s’autorisent — ou s’obligent — à le dire. Agnès est la même mais s’émancipe sous nos yeux avec la détermination tranquille des femmes du XXIe siècle.

    Et puis il y a les caméras. Arnolphe surveille Agnès par un dispositif de surveillance vidéo, avec mur d’écrans de contrôle. Nous sommes au 21e siècle, le propos n’en est que plus solide. Ce n’est pas un effet de style plaqué sur du classique : c’est une métaphore, qui rappelle que la surveillance fabrique le pouvoir et la possession. Un motif dramatique qui renvoie chaque spectateur à sa propre complicité. A son actuel. On est voyeur. On le sait. On ne peut pas faire autrement.

    La troupe est à la hauteur de l’exigence et de l’audace de la metteuse en scène. Cédric Colas compose un Arnolphe d’une complexité troublante — ni vieux barbon à railler sans remords, ni monstre commode, mais un homme humain dans son aliénation. Guillaume Veyre, Alain Cerrer, Hugo Givort, Emmanuelle Galabru — chacun habite son rôle avec cette vérité et cet humour qui sont la marque des grands comédiens de troupe. Et puis il y a Sara Montpetit. La comédienne québécoise signe une Agnès inoubliable : ingénue qui ne l’est déjà plus tout à fait, dont on voit — presque au ralenti — le vernis de l’innocence se craqueler scène après scène. Chaque confrontation entre Monsieur de la Souche et Agnès est un bijou dramatique drôle, tendu, douloureux, tout à la fois. Un bonheur de théâtre

    Chapeau, Madame Lazarini.


    adaptation, dramaturgie et mise en scène Frédérique Lazarini
    assistée de Lydia Nicaud
    scénographie et lumière François Cabanat
    assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat
    costumes Dominique Bourde et Isabelle Pasquier musique et son François Peyrony
    vidéo Hugo Givort
    avec
    Cédric Colas ARNOLPHE, dit « Monsieur de la Souche »
    Sara Montpetit AGNÈS, amoureuse d’Horace, nièce de Chrysalde Hugo Givort HORACE, amoureux d’Agnès, fils d’Oronte
    Guillaume Veyre CHRYSALDE, ami d’Arnolphe et oncle d’Agnès Emmanuelle Galabru GEORGETTE, paysanne, servante d’Arnolphe Alain Cerrer ALAIN, paysan, valet d’Arnolphe / ORONTE, père d’Horace et ami d’Arnolphe
    et la voix de Michel Ouimet Préceptes du Mariage (durée du spectacle 1h35). Vu le 26 mars 2026.

  • Chants d’amour et d’émotions

    Chants d’amour et d’émotions

    Voix merveilleuses pour ce voyage où l’amour se joue des imprévus. Tendresse et espiègleries dans cette traversée de texte en texte, d’émotion et de vibration transportées par l’énergie de la comédienne, de la chanteuse et de la musicienne. 

    Chemins d’amour est un spectacle musical (piano), de chants lyriques et de textes dits qui font entendre la poésie. Des poèmes issus d’un répertoire du dix-neuvième siècle (Victor Hugo, Marceline Desbordes-Valmore, Emilie Dickinson) et aussi des poèmes contemporains, Jacques Prévert – Les enfants qui s’aiment, Frida Kahlo – Tu mérites un amour- rythment et rebondissent, s’entrechoquent. Peu connus, ils résonnent, neufs, dans la salle voutée du théâtre de l’Essaïon. 

    « Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie. » – Frida Kahlo

    Chemins de vie, de désirs parfois détournés, cet hommage à l’amour crée une écoute aigüe des nuances des voix. Le piano s’ajuste à tout moment aux variations, aux couleurs des sons. Le chant lyrique par la soprano Elise Efremov et la voix d’une comédienne Moana Ferré s’entremêlent sans jamais se superposer. L’harmonie se délivre par la complicité des trois comédiennes, la sobriété de la mise en scène y participe pleinement. Elle laisse la place aux textes. Sur scène, quelques déplacements des comédiennes et habits d’une grande simplicité (robe rouge tout de même). Scène mise au service de la poésie chantée et dite. 

    Chemins d’amour se conjuguent avec une joie certaine. Par le contraste des voix, l’une lyrique-soprano et l’autre alto, la gaité des textes et de l’humour distillé, une sensation de liberté se dégage et rend heureux.


    Chemins d’amour, spectacle musical 

    La compagnie d’Etre(s) 

    & Passage Production  

    Avec Moana Ferré, Elise Efremov, Charlotte Coulaud

    Mise en scène Samuel Debure

    Créateur lumière Cyril Descles 

    Vu le 15 septembre à l’Essaïon paris 

  • Le bord de plateau consacré à En attendant Godot aura lieu le samedi 28 mars au Théâtre de l’Atelier.

    Le bord de plateau consacré à En attendant Godot aura lieu le samedi 28 mars au Théâtre de l’Atelier.

    Deux acteurs sur scène dans un décor de théâtre, l'un assis sur une roche en costume décontracté, l'autre debout en costume formel, avec un fond minimaliste.

    photo prise durant les répétitions


    Le bord de plateau consacré à En attendant Godot aura lieu le samedi 28 mars au Théâtre de l’Atelier.Pour clore en beauté son cycle Beckett, après Fin de Partie, Jacques Osinski retrouve Denis Lavant (Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public 2025) rejoint par Jacques Bonnaffé, Aurélien Recoing et Peter Bonke pour En attendant Godot, la plus célèbre pièce de l’auteur. Sur scène, un arbre sans feuilles.
    À ses pieds, un homme : Estragon. Entre un autre homme : Vladimir.
    Ils attendent Godot… Ils ne le connaissent pas mais l’attendent comme un sauveur.
    Aucun ne sait au juste de quoi ce mystérieux personnage doit les sauver, si ce n’est peut-être, justement, de l’horrible attente.



    À l’issue de la représentation aura lieu un bord de plateau avec Jacques Osinski, Peter Bonke, Jacques Bonnafé, Denis Lavant, Aurélien Recoing, Alain Vanier et David Rofé-Sarfati. 


    Il reste quelques places. Le théâtre ne pouvant bloquer nos sièges, il est conseillé de réserver dès ce week-end, sous peine de ne plus trouver de disponibilités, y compris en bas de salle.

    Tarif groupe : 31 € (catégorie 1) 

    Voici le lien de réservation pour l’autre scène :


    RÉSERVATION:

    https://indiv.themisweb.fr/0010/fListeManifs.aspx?idstructure=0010&ProfilALibe=BORDDEPLATEAU&ProfilAPass=NOPASSW

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