• Prochain bord plateau le 7 juin à 16H00 : « Le premier homme, un homme, ça s’empêche » de Camus à la Reine Blanche

    Prochain bord plateau le 7 juin à 16H00 : « Le premier homme, un homme, ça s’empêche »  de Camus à la Reine Blanche

    Argument :

    Le Premier Homme — Camus

    Roman inachevé, trouvé dans sa sacoche au moment de l’accident de 1960. Le plus autobiographique, le plus nu. Jacques Cormery retourne en Algérie chercher la tombe de son père — mort à la guerre à vingt-neuf ans, quand Jacques avait moins d’un an. Sur la tombe, il découvre que son père était plus jeune que lui. Le fils a dépassé l’aîné. C’est le vertige central du livre.

    Trois choses :

    Le père n’a pas été perdu — il n’a jamais existé comme présence. Ce n’est pas un deuil, c’est une absence originaire qui organise tout. Le Nom-du-Père est là, mais sans corps, sans voix, sans transmission.

    La mère est aimante mais silencieuse — sourde, quasi illettrée, incapable de raconter. Elle donne la vie, pas la filiation. L’enfant se retrouve seul avec la tâche de se construire une généalogie.

    L’instituteur joue le rôle du père de substitution — celui qui nomme, qui ouvre un chemin, sans prétendre combler. Camus lui dédie symboliquement le Nobel.

  • Prochain Bord Plateau, le samedi 23 mai à l’Atelier « C’EST SI SIMPLE L’AMOUR » de Lars Norén avec Charles Berling

    Prochain Bord Plateau, le samedi 23 mai à l’Atelier « C’EST SI SIMPLE L’AMOUR » de Lars Norén avec Charles Berling

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  • Le 9 mai, rencontre autour de Chimère, une pièce de théâtre sur la procréation médicalement assistée.

    Le 9 mai, rencontre autour de Chimère, une pièce de théâtre sur la procréation médicalement assistée.

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  • A l’Atelier jusqu’au 3 mai, « En attendant Godot », par Jacques Osinski, la version tant attendue.

    A l’Atelier jusqu’au 3 mai, « En attendant Godot », par Jacques Osinski, la version tant attendue.

    Au théâtre de l’Atelier, apres sa création au Festival Off d’Avignon, Jacques Osinski poursuit son exploration de l’œuvre de Beckett. Sur scène, Denis Lavant et Jacques Bonnaffé incarnent avec intensité cette pièce emblématique.


    Un aboutissement

    Il aura fallu des années à Jacques Osinski pour oser s’approcher de la pièce cardinale qui révéla Beckett au monde. L’entreprise supposait un long apprentissage : Cap au pire d’abord, sublimé ; puis L’Image, enrichi de textes du recueil Pour finir encoreUn soir, Au loin un oiseau, Plafond. Puis La Dernière Bande, Fin de partie. Un parcours au long cours, conduit par une seule exigence : le respect absolu du texte.


    Une pièce sur l’attente

    Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, attendent sur une route déserte, auprès d’un arbre solitaire, une figure nommée Godot. Ils discutent, se disputent, s’agitent pour tromper le silence. Pozzo et Lucky traversent leur attente sans la résoudre. Godot ne viendra pas. La pièce s’achève là où elle a commencé.


    Caspar David Friedrich

    La scénographie s’inspire des premières visions de Beckett : une monochromie aux teintes sobres, un voile tendu au fond de scène qui entretient le mystère comme un fétiche chargé de secrets. Les passages aux extrémités du tissu dessinent un chemin discret, une invitation au hors-champ. La beauté est douce, retenue, évocatrice d’un ailleurs inaccessible — l’univers pictural de Friedrich rendu à la scène.


    Roussillon

    Une confusion tenace voudrait que le théâtre de Beckett soit un théâtre de l’absurde. Il n’en est rien. L’absurde, c’est Ionesco : la langue désorganisée, le sens délibérément congédié, l’humour du chaos. La Cantatrice Chauve ne signifie rien au-delà d’elle-même. En attendant Godot, lui, signifie — mais obliquement, en creux, à deviner plutôt qu’à lire.

    Lorsque la pièce évoque le Roussillon, elle renvoie, comme le rappelle Osinski, à l’engagement de Beckett dans la Résistance, aux conditions de sa fuite, à l’expérience viscérale de la clandestinité. Sans cela, il n’aurait pas su décrire la douleur des pieds blessés par des chaussures trop étroites, l’inconfort de dormir dans l’angoisse, la faim, les rendez-vous manqués à la dernière minute. L’un des deux vagabonds s’appelait d’abord Lévy. La façon dont Pozzo traite Lucky rappelle certains témoignages sur les violences des Kapo. Beckett écrit au moment où le monde sort du choc des révélations sur les camps. Il n’est pas dans la clownerie : il saisit, derrière ces images, une dimension profonde de souffrance et d’engagement. Il capte l’attente — la tension de celui qui attend et qui, secrètement, réclame sa part au monde.

    On pourrait très bien imaginer que Vladimir et Estragon cherchent à passer en zone libre et qu’ils attendent un passeur, qui s’appellerait Godot. (Jacques Osinski)

    Osinski respecte tout cela.


    Denis Lavant, Jacques Bonnaffé

    Lorsque Lucien Raimbourg créa Vladimir sous la direction de Roger Blin, en 1953 au Théâtre de Babylone, la critique salua en lui « l’élégance du retrait, le raffinement dans la sobriété » — un serviteur du théâtre, étranger au cabotinage. Le même esprit préside ici. Osinski emploie Lavant et Bonnaffé à contre-emploi : Lavant abandonne ses pantomimes, Bonnaffé remise ses comiques gestuelles. Ils n’en deviennent que plus puissants, rendus à une présence ordinaire, débarrassée de scories. Osinski défictionne la prosodie.

    L’attente — objet central de la pièce — engendre l’ennui sur scène ; les tentatives d’y échapper alimentent une tension vernaculaire, propice aux identifications. Jamais le public n’aura aussi intimement ressenti ce désespoir, ces discussions vaines, ce temps qui ne passe pas.

    Les quatre comédiens sont remarquables. Jean-François Lapalus est un Lucky qui attendrit ; Aurélien Recoing, un Pozzo qui agace et émeut tour à tour. Denis Lavant compose un Estragon d’une vérité brute. Mais c’est Jacques Bonnaffé qui marque le rôle : Vladimir y trouve une grandeur dans la retenue, une densité construite sur la normalité même. Lorsqu’il dialogue avec l’enfant de Godot — figuré par une vidéo aux contours holographiques — le spectacle bascule du faussement banal au sublime. On touche alors à quelque chose d’intime : peut-être l’enfant en Vladimir, peut-être l’enfant en nous.

    Jacques Osinski est un passeur. Il donne Beckett, établit un pont entre l’humanité et l’occulte, et laisse nos associations mentales s’embraser.


    De Samuel Beckett

    Jacques Osinski – Mise en scène

    Jacques Bonnaffé – Interprétation

    Peter Bonke – Interprétation

    Denis Lavant – Interprétation

    Aurélien Recoing – Interprétation

    Yann Chapotel – Scénographie

    Sylvette Dequest – Costumes

    Evelyne Jacquier – Diffusion

    Adèle Maugendre – Administration

    Catherine Verheyde – Création lumière

    Vu le 11 juillet au Théâtre des Halles, Avignon

  • Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier : marcher vers l’amour

    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier : marcher vers l’amour

    Samira Elagoz présente à Berthier une performance vidéo d’une heure où elle revisite, dix ans après, la matière brute d’un viol et la trajectoire singulière qui s’ensuivit — non pour réclamer justice, mais pour continuer à vivre, et pourchasser l’amour.


    Femme s'exprimant sur une scène avec un microphone, tandis qu'une projection de son visage est visible à l'arrière-plan.
    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier

    Samira Elagoz est né en 1989 à Helsinki. Formé à la danse au SEAD de Salzbourg avant d’étudier la chorégraphie à Amsterdam, il /elle a progressivement délaissé la scène contrôlée pour la rencontre brute — des inconnus filmés chez eux, une caméra tenue à la main, aucun script. De cette pratique singulière, à mi-chemin entre le documentaire et la performance, est né un corpus d’œuvres présenté à la Biennale de Venise — où il a reçu le Lion d’argent en 2022 —, à l’IDFA, au Festival de Rotterdam et dans les grandes scènes européennes de l’art vivant.

    Cock, Cock… Who’s There?, créé en 2016, est la pièce fondatrice de cette trajectoire : celle où tout a commencé, et celle qu’Elagoz présente aujourd’hui à Paris pour la première fois, dix ans après sa création. Entre 2016 et 2026, Samira Elagoz a effectué sa transition. L’homme qui se tient sur scène ce soir n’est plus la femme de vingt-quatre ans qui postait ses annonces sur Craigslist — et c’est précisément cet écart, cette distance entre le soi d’alors et le soi d’aujourd’hui, qui donne à la performance une profondeur et une étrangeté que nul autre dispositif n’aurait pu produire. Le spectacle ainsi, raconte une individuation non figée mais glissante et à la fois cohérente ; il terrorisera, c’est sa première vertu, tout adepte du wokisme!

    Samira Elagoz : une trajectoire entre documentaire et performance

    L’idée de départ tient en une phrase, dite à un ami en plaisantant : fêter l’anniversaire d’un viol plutôt que d’en faire une date morbide. De cette légèreté volontaire, presque insolente, naît un protocole : Elagoz poste une petite annonce sur des plateformes de rencontres — Tinder, Craigslist, Chatroulette —, se présente comme une jeune réalisatrice de vingt-quatre ans souhaitant filmer une première rencontre chez des inconnus, et multiplie les entrevues. Des hommes, des profils, des corps, des fantasmes, des maladresses. Autant de matériaux bruts qui deviennent ensuite le substrat d’une performance vidéo où Elagoz, présent sur scène aux côtés des images, examine avec le public l’ensemble des mécanismes qui régissent le désir hétérosexuel et les symptômes de la masculinité. En creux, ce que l’on fait de soi après avoir subi une violence intime.

    Une femme au microphone, un homme en chemise blanche tenant une mannequin, et une autre personne de dos, sur une scène sombre.
    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier

    Ce que le spectacle n'est pas — et ce qu'il est


    Il faut d’abord écrire ce que ce spectacle n’est pas. Il n’est pas un manifeste. Il n’est pas une tribune. Il n’est pas non plus une démonstration de résilience, mot si cher à l’époque qui aimerait qu’une victime se redresse proprement, atteste de sa guérison et rende service à une cause. Samira Elagoz ne rend service à aucune cause. Ce qu’elle apporte sur scène est d’une tout autre nature, plus ancienne et plus intime : un récit.

    Transition, mémoire et quête de l’amour

    Cock, Cock… Who’s There? est né en 2016, avant que le mouvement #MeToo n’institue un vocabulaire collectif du trauma. Cette antériorité n’est pas anodine — elle est constitutive. Elagoz ne pouvait pas, à l’époque, s’appuyer sur le soutien d’un récit dominant. Elle devait construire seule la dramaturgie de sa propre expérience, sans univers rhétorique, sans confrérie qui aurait déjà dit à sa place ce que cela signifiait d’avoir été violée. Débarrassé de ce passage désormais obligatoire au communautaire, son oeuvre offre une liberté formelle rare, et une voie vers une authentique subjectivation.

    La tendresse et la force du geste tient dans l’absence de toute posture accusatoire. Les hommes filmés ne sont pas des monstres. Ils sont des hommes enfermés dans des codes qu’ils n’ont pas inventés mais qu’ils reproduisent mécaniquement.

    Ce regard — qui refuse l’inversion facile du male gaze — est peut-être ce qu’il y a de plus politiquement courageux dans l’œuvre, précisément parce qu’il n’est pas politique. Il est humain.

    La transition d’Elagoz ajoute une dimension supplémentaire, vertigineuse. Sur scène se tient un homme qui regarde des images d’une femme — et cette femme, c’est lui. Cock, Cock… devient ainsi, rétrospectivement, ce qu’il appelle lui-même un chant du cygne : une ode à la femme qu’il a été, regardée avec admiration par l’homme qu’il est devenu.

    La grande intelligence d’Elagoz est d’avoir compris que réclamer justice (même légitime) aurait été une impasse artistique, et une impasse vitale. Ce qu’il choisit à la place ressemble davantage à ce que font les humains depuis toujours face à l’irréparable : raconter. Non pour que le récit répare, mais pour qu’il permette de continuer. de poursuivre son chemin de vie. Son geste est comme un devoir de mémoire mais privatisé : ni tribunal, ni confession, mais une révélation intime offerte à ceux qui acceptent d’y assister. Et c’est par une immense délicatesse qu’il nous fait l’otage de son récit, et qu’advient ce moment où le public réalise qu’il a été saisi par quelque chose qu’il n’avait pas demandé à recevoir. Nous voila proches de l’artiste.

    On pense à l’enfant qui raconte à ses parents ce qui lui est arrivé — non pour les accabler, non pour qu’ils interviennent, mais parce que le récit adressé à quelqu’un de proche est la seule façon de vérifier qu’on est encore là. Elagoz nous dit : voilà ce qui s’est passé, voilà ce que j’en ai fait, voilà que je cours encore. Cette adresse invisible au public traverse toute la performance. Elle lui confère une tendresse que ni le cynisme ni la colère n’auraient pu produire.

    Une femme blonde porte un t-shirt 'Street Fighter II' et regarde vers le haut, tandis qu'en arrière-plan, deux silhouettes se rapprochent.
    Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz à l’Odéon-Berthier

    Une tendresse qui n’exclut pas la lucidité, ni l’humour parfois déstabilisant, ni la crudité de certaines images. Au fond, ce que Cock, Cock… révèle en définitive, c’est que la quête d’Elagoz n’est ni la justice ni la guérison, ces horizons modernes(?) d’une époque qui revendique, vitupère et embrigade et qui aime à ranger les victimes. Sa quête, obstinée est celle de l’amour, d’un amour au plus prés de la vérité du sujet et de la vérité de l’autre, dans un face à face. L’amour comme raison de ne pas cesser de cheminer au monde.

    Le spectacle touche juste car il ignore tranquillement, tous les cadres dans lesquels on aurait voulu l’enfermer. Il est en cela un moment rare de réconciliation avec les autres et avec soi même.


    Infos pratiques — Odéon-Berthier, mars 2026. Cock, Cock… Who’s There ? — Samira Elagoz Odéon-Théâtre de l’Europe / Berthier — Paris 17e Du 12 au 15 mars 2026 — durée : 1h En anglais, surtitré en français Avec : Samira Elagoz, Ayumi Matsuda, Tashi Iwaoka. Crédit photos © Samira Elagoz. vu le 12 mars 2026.

  • Hamlet selon Ivo van Hove : le théâtre pour l’actuel.

    Hamlet selon Ivo van Hove : le théâtre pour l’actuel.

    ODÉON PARIS 6 DU 21 JANVIER 
    AU 14 MARS 2026

    Il fallait oser. Ivo van Hove l’a fait. Avec une audace qui confine au sacrilège jubilatoire, le metteur en scène flamand s’empare de Hamlet et le fracasse contre notre présent. Ce n’est plus une relecture, c’est un détournement magistral, un piratage en règle du chef-d’œuvre shakespearien pour en faire le miroir brutal et amer de notre époque fracturée.

    Dès les premières minutes, la violence est là, palpable, presque insoutenable. La scénographie de Jan Versweyveld transforme le plateau en bunker psychique, espace clos où le traumatisme ricoche sur des parois froides. Pas de dentelles élisabéthaines ici : tout est minéral, glacé, clinique. Cette brutalité formelle trouve son écho dans le jeu de la troupe de la Comédie-Française, absolument sidérante de précision et d’engagement physique. Les comédiens se promènent désemparés au sein de cette génération orpheline de repères, où le deuil impossible du père devient matrice de toutes les dérives. Guillaume Galienne en Claudius et en spectre est époustouflant. ( voici déjà le genie de van Hove qui fait jouer par le même comédien les deux pères : celui désigné par la mère et le père mort) Florence Viala campe une froide et ambivalente Gertrude, Denis Podalydés un Polonius si vrai. Et Christophe Montenez est édifiant en un Hamlet radicalisé, usant avec opportunisme du délire paranoïde.

    Je ne suis pas vraiment fou, ma folie est une ruse

    Car voilà le coup de génie de van Hove : faire de Hamlet non plus le prince mélancolique, mais le prototype de l’individu contemporain radicalisé par ses blessures intimes. Le trauma personnel devient manifeste politique, la souffrance psychique mute en pulsion destructrice. L’inceste n’est plus suggéré mais affronté, projeté. Le geste emprunte à l’actuel le voyeurisme généralisé et l’obscénité devenue norme. Un rock du 21e siècle.

    Cette adaptation parle frontalement de notre époque woke, glissant ici en un « to be (or not to be) to wake up and to kill »: nous raconte cette jeunesse en quête éperdue d’identité dans un monde où les figures d’autorité se sont effondrées, où l’absence du père (symbolique, politique, structurante) laisse place au chaos des ressentiments projetés. Hamlet devient ce que notre époque fabrique en série : des êtres blessés qui transforment leur douleur en arme, leur névrose en idéologie. Et en violence.

    C’est gonflé. C’est génial. Van Hove ne demande pas la permission : il prend Shakespeare à bras-le-corps et en extrait une matière incandescente, contemporaine jusqu’à l’os. Un spectacle qui cogne, qui dérange, qui refuse le confort de la révérence patrimoniale pour faire du théâtre un acte politique urgent.

    Épatant.


    Avec la troupe de la Comédie-Française
    Florence Viala, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Loïc Corbery, Christophe Montenez, Jean Chevalier, Élissa Alloula
    et Vincent Breton, Aksel Carrez, Arthur Colzy, Pierre-Victor Cabrol, Nicolas Verdier

  • Cet obscur objet du désir (le nouveau Pommerat)

    Cet obscur objet du désir (le nouveau Pommerat)

    Joël Pommerat poursuit son exploration des zones d’ombre de l’intime avec Les Petites Filles, spectacle où se déploie une fois encore la signature esthétique du metteur en scène formé à l’école du Théâtre de la Tempête. Depuis la création de sa compagnie Louis Brouillard en 1990, Pommerat a développé un langage scénique immédiatement reconnaissable, fait de pénombres habitées, de mutations sonores et de cette écriture de plateau qui naît du corps des acteurs avant de se fixer en texte.

    Auteur, metteur en scène et scénographe, il a imposé au fil des années (Ma chambre froide, Au monde, Cendrillon, Ça ira (1) Fin de Louis) une écriture fragmentée du réel, où le conte côtoie le politique et où l’enfance devient territoire d’investigation des rapports de domination.

    L’inquiétante étrangeté du double

    Dans Cendrillon, il renversait les clichés pour nous confronter aux terreurs de l’enfance. Avec Les Petites Filles modernes, il prend le contre-pied et plonge sans réserve dans le magique et le surnaturel, seuls véritables remparts face aux épreuves que traversent ses deux jeunes héroïnes. Car c’est bien d’une configuration duelle qu’il s’agit ici, structure psychique fondamentale où se joue la constitution du moi adolescent.

    DR Agathe Pommerat

    Confrontées aux lois du monde réel et aux adultes qui voudraient les séparer, elles opposent les forces mystérieuses de l’enfance. Leur amitié inébranlable devient une arme si puissante qu’elle dépasse les limites du corps et de l’esprit. Dans cette gémellité élective se révèle toute la complexité du double projectif : l’autre comme réceptacle de ce que le moi ne peut contenir. Mais aussi le double idéal, ce moi rêvé que l’adolescente cherche à incarner à travers le miroir que lui tend sa complice. Les adultes occupent cette position paradoxale d’objets à la fois présents et absents, forclus du lien symbiotique.

    Dans un univers en clair-obscur, les peurs et les cauchemars se déploient dans des espaces noirs et quasi-vides. Le vide scénique n’est pas absence mais espace transitionnel où quelque chose peut advenir.

    DR Agathe Pommerat

    Une « déambulation dans la construction de soi » envoûtante et sans leçon de morale, où Pommerat saisit cette phase critique où le moi cherche dans l’autre son propre reflet transfiguré. Voici l’adolescence : devenir soi en passant par l’autre, se séparer en restant lié, grandir sans perdre la toute-puissance magique de l’enfance. Attendu.

    Mais c’est peut être là que réside le paradoxe de ce spectacle : sous la forme spectaculaire, sous la virtuosité technique et la beauté plastique indéniable, se cache un récit dont le cheminement demeure obstinément convenu.

    DR Agathe Pommerat

    On sort du théâtre saisi par la puissance des images, habité par cette atmosphère si particulière que seul Pommerat sait créer. Mais une fois dissipée la brume et la pénombre, demeure la trace d’un conte assez classique sur cet obscur objet du désir adolescent.

    Le spectacle reste cependant une expérience théâtrale accomplie, inoubliable. Il signe une nouvelle référence. Et Éric Feldman ( qui reprendra fin janvier son propre spectacle) est formidable !


    Les petites filles modernes (titre provisoire)

    Auteur : Joël Pommerat

    Metteur en scène : Joël Pommerat

    Distribution : Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias

  • Lettre ouverte à Charlotte Gainsbourg, par Ariane Mnouchkine

    Lettre ouverte à Charlotte Gainsbourg, par Ariane Mnouchkine

    L’ignoble publication par un professeur d’université d’une liste de personnalités juives vient attiser les braises d’un antisémitisme déjà incandescent dans le débat public. La metteuse en scène Ariane Mnouchkine adresse une lettre ouverte à Charlotte Gainsbourg, dont le nom est cité dans cette « liste de la honte ».

    Chère Charlotte,

    J’ai mis du temps à trouver une adresse où vous écrire, voilà pourquoi ce n’est qu’aujourd’hui que je peux vous dire l’indignation, la colère, l’angoisse, pour ne pas dire le chagrin sombre que j’ai ressenti et ressens toujours après avoir découvert la liste établie par Julien Théry, professeur d’histoire à l’Université Lumière Lyon 2. Liste que certains qualifieraient de gestapiste.

    Même si le texte de votre tribune co-signée dans Le Figaro sur la reconnaissance par Emmanuel Macron d’un État palestinien — surtout son début —m’avait paru mériter une très vive discussion, même si j’eusse aimé, pour qu’elle soit plus équilibrée, que votre alarme s’appliquât aussi au gouvernement indéfendable de Benjamin Netanyahu, rien, absolument rien, ne peut expliquer et encore moins excuser, une ignominie telle que cette liste dénonciatrice, calomnieuse, mensongère, digne des pires heures des pires années de l’histoire de notre pays.

    Une liste ! En 2025, une liste, désignant des Français juifs et quelques Français, (non juifs, eux, mais, pire, amis et complices des juifs) à la haine, à la vindicte, à l’ignorance et à l’imbécilité publiques. Comment imaginer cela ? Comment penser cela ? Comment admettre que cela ne soulève que de petites explications temporisatrices de la part du ministre de l’Enseignement Supérieur (dont j’ai d’ailleurs oublié le nom) ?

    Comment supporter que l’extrême-droite soit la seule à sembler s’en offusquer, non sans une certaine délectation ?

    Insensés que nous sommes, nous qui nous disons de gauche, après avoir abandonné le drapeau français, la Marseillaise, la laïcité, et tant d’autres symboles, au Rassemblement National, allons-nous aussi lui abandonner les Juifs ?

    Allons-nous vraiment laisser le Rassemblement National prétendre être le seul recours des Français juifs ? De borgnes que nous sommes déjà, allons-nous carrément nous crever les deux yeux tant nous avons peur, si nous osons parler, de finir, nous aussi, pour délit d’opinion, couchés sur des listes de plus en plus longues, de plus en plus nombreuses, de plus en plus folles, de plus en plus fatales.

    Voilà, Charlotte, ce que je voulais vous dire. À vous, à tous. À moi-même.

    Affectueusement,

    Ariane

  • Trancher de Sophie Engel à La Flèche : quand l’humour juif éclaire l’intime

    Trancher de Sophie Engel à La Flèche : quand l’humour juif éclaire l’intime

    Au Théâtre La Flèche (Paris), jusqu’au 13 décembre 2025. Texte, interprétation et mise en scène : Sophie Engel, avec Héléna Sadowy à la co-mise en scène.

    Dans Trancher, Sophie Engel ose mêler l’introspection la plus nue à l’humour juif le plus affûté. Seule sur scène, elle explore (elle explose) les blessures de l’amour, la foi et la filiation, avec un rire à la fois pudique et salvateur.

    Une confession sous le signe du rire

    À la suite d’une rupture amoureuse, Sophie Engel se confronte à ses propres répétitions : pourquoi rejoue-t-on toujours les mêmes histoires ? La comédienne transforme cette question intime en matière scénique, en convoquant son héritage juif et la mémoire de l’humour familial.

    Ce rire, qu’elle manie avec précision, n’est pas une échappatoire mais un geste de vérité. Dans la grande tradition de l’humour juif, il dévoile les paradoxes : la culpabilité, la tendresse, la peur du manque. On rit d’un Dieu trop exigeant, d’une mère omniprésente. On rit surtout de soi parce que le rire est une manière de tenir debout.

    L’humour comme scalpel

    Trancher se distingue par une écriture nerveuse et ciselée. Les mots s’entrechoquent, les clins d’œil et les sourires pèsent, les éclats d’autodérision tentent de désamorcer l’émotion avant qu’elle ne déborde.

    L’alternance de gravité et d’humour donne au spectacle un rythme singulier, vif et tranchant. Jamais complaisant. L’humour juif, par son mélange d’amertume et de lucidité, reste la clé d’un récit à portée universelle. Le chemin d’une femme qui cherche à comprendre ce qui, en elle, refuse l’apaisement.

    Une mise en scène épurée, une présence vibrante

    Aux côtés d’Héléna Sadowy, Sophie Engel signe une mise en scène minimale, avec une mise en lumière tout à fait réussie. Au sein de la proximité de la salle du Théâtre La Flèche, chaque souffle, chaque regard prend une densité rare. La comédienne, forte de sa lumineuse beauté, joue avec une envie de sincérité qui touche juste.

    Authentique

    La parole devient acte, et le rire, un chemin vers la lumière. Entre confession et comédie, Trancher réussit le pari d’un théâtre de l’intime à la fois drôle, profond et universel. Sophie Engel transforme son héritage culturel en levier d’émancipation et d’autodérision.

    Bravo.


    « TRANCHER »  Compagnie Haut les cœurs ! Sophie Engel & Héléna Sadowy AUTEURE Sophie Engel MISE EN SCÈNE Sophie Engel & Héléna Sadowy AVEC Sophie Engel SCÉNOGRAPHIE Cerise Guyon LUMIÈRES Gautier Devoucoux COSTUMES Augustin Rolland CRÉATION SONORE Héléna Sadowy THÉÂTRE LA FLÈCHE DU 11 OCTOBRE AU 13 DÉCEMBRE 2025 LES SAMEDIS À 19H 77 rue de Charonne, 75011 Paris durée : 1hVisuel Affiche, vu le 11 octobre 2025

  • « On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie » revient au Théâtre du Petit Saint-Martin

    « On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie » revient au Théâtre du Petit Saint-Martin

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  • On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

    On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

    Pourquoi le wokisme se radicalise-t-il dans une impasse où aucune résilience n’est possible ? Pourquoi, autrefois vertueux, ce mouvement piétine-t-il aujourd’hui dans une rhétorique toujours plus guerrière ? Sans l’apaisement que permettrait la résilience, l’émotion victimaire a remplacé toute élaboration constructive. Une dérive du mouvement consiste à analyser les rapports de domination uniquement à travers des cadres comme l’intersectionnalité ou la théorie postcoloniale ; dans ce contexte, les Juifs sont perçus non plus comme une minorité opprimée, mais comme une catégorie « privilégiée ». Cette lecture, souvent rigide et dépourvue d’humour, contribue à invisibiliser ou minimiser l’antisémitisme.

    Il est urgent que les esprits se ressaisissent et que ceux qui cherchent une analyse honnête quittent ce bateau qui coule. Ils seront aidés par le bijou théâtral imaginé par Éric Feldman. La pièce ringardise l’air du temps, elle constitue une grandiose bouffée d’oxygène en ceci qu’elle vient précisément déconstruire une rhétorique morne et réductrice, redonnant à l’histoire sa complexité et à la mémoire sa force vive. La doctrine multiséculaire de Eric Feldman est limpide. La résilience ne viendra pas du dogmatisme triste et belliqueux mais de l’art car il ajoute au monde et de l’humour puisé dans l’ironie, car l’ironie comme l’écrit Jankelevitch organise le jeu subtil entre le dire et le non dire.

    Feldman se situe précisément là assis devant nous et il nous invite dans sa pensée joyeuse, attachante, pleine et ratée, explicite et allusive à la fois. Le texte est un immense bonheur.

    La génération des enfants et petits enfants de la Shoah

    Feldman semble convoquer l’humour malgré lui ou est-ce l’humour qui dans une complicité atavique convoque l’artiste. Ensemble, ils abordent la mémoire funeste de la Shoah. Ca ressemble à un stand-up théâtral d’art et essai ! Mi-conférence, mi-confidence, cette autofiction jubilatoire nous entraîne dans une spirale de facéties, de pensées et d’émotions pures.

    Ses propres parents furent des « enfants cachés », survivants de la tragédie.

    Dans ce récit intime, il évoque la grande histoire, la psychanalyse, le yoga, le miracle d’être vivant et bien d’autres choses… L’homme est un lettré et un érudit. Son esprit bouillonne en direct. Nous sommes aimantés à ses mots et seuls les rires nombreux nous sauvent de l’apnée que déclenche le spectacle.

    Au-delà des mots, le corps de Feldman se libérera par et dans la danse. Il confie : il vit avec son chat, témoin certainement de ses danses. Aujourd’hui, nous devenons partie de sa danse, de cette famille de cœur qu’il tisse avec douceur et passion.


    Texte et interprétation : Éric Feldman
    Mise en scène et collaboration à la dramaturgie : Olivier Veillon
    Soutien amical à la dramaturgie et à la mise en scène : Joël Pommerat
    Création lumière et espace scénique : Sallahdyn Khatir 
    Création sonore et régie générale : Marie Mouslouhouddine
    Production et diffusion : Le BEC – Bureau des écritures contemporaines (Claire Nollez et Romain Courault) 
    Administration : Antoine Lenoble 
    Accompagnatrice : Anne de Amézaga

  • Ödön Von Horváth avant l’orage.

    Ödön Von Horváth avant l’orage.

    Le biopic de Ödön Von Horvath est indispensable à tout théâtreux. Le spectacle est programmé au Festival d’Avignon Off à l’Artéphile à 15:20 du 5 au 26 juillet 2025

    La Vie Ardente d’Ödön Von Horvath : Un Héros dans l’ombre du Fantôme d’Hitler

    Dans un monde dans lequel le pouvoir et la haine façonnent le destin des hommes, un écrivain visionnaire se dresse, confronté à l’ombre menaçante du nazisme. Une saga cinématographique où chaque scène résonne comme un cri de résistance, chaque mot devient un coup de théâtre. La vie d’Ödön von Horváth, un homme au courage incandescent, éclaire l’obscurité d’un siècle déchiré, une quête héroïque contre la marée noire du nationalisme et de la barbarie.

    Né en 1901, il grandit en voyageant à travers l’Europe, son âme forgée dans un feu d’indépendance et d’idéalisme. La caméra suit ses pas alors qu’il devient un homme de lettres, un rebelle contre les tyrans, un dénonciateur en première ligne. En 1929, un face-à-face électrique avec Hitler lui vaut une notoriété flamboyante : une altercation intense qui scelle son destin, le plaçant en première ligne de ceux qui refusent de courber l’échine.

    Le Théâtre de la Révolte

    Vainqueur du prestigieux Prix Kleist en 1932, Horváth se révèle comme un héros en lutte contre l’oppression morale et religieuse dans Légendes de la forêt viennoise. Mais le vent de la haine souffle violemment, et en 1936, forcé à l’exil, il devient un vagabond à travers l’Europe, armé de sa plume et d’un courage inégalé. Son combat contre le fascisme ne connaît pas de relâche.

    En 1938, la ville lumière devient sa déchue, à Paris, où il croise la route du célèbre réalisateur Robert Siodmak. Mais le destin, cruel maître de jeu, lui réserve une fin tragiquement absurde : alors qu’il flâne sur les Champs-Élysées, une branche d’arbre se détache et l’emporte, mettant fin à la vie de ce héros tragique dans un coup de théâtre ultime, aussi inattendu que ses œuvres.

    Une prophétie d’une gitane à Amsterdam semblait l’attendre : un séjour à Paris changerait tout. La vie, comme la scène, joue ses scènes silencieuses et fatales : une œuvre à la Shakespeare, emplie de passions, de luttes et d’ombres, lorgnant vers le destin.

    Une Tragédie Épique

    Les mots d’Horváth déchirent comme une épée : révéler les mensonges, exposer la lâcheté, dénoncer avec une brutalité longue de vérité. Son théâtre, aussi incisif qu’un coup de fouet, frappe le public, lui rappelant que la vérité n’attend pas d’être douce, qu’elle surgit dans son visage le plus cru. Sa poésie dramatique évoque la lutte désespérée de ceux qui refusent de se plier à l’oppression, dans la lignée tragique des grands personnages shakespeariens.

    Par cette mise en scène d’Elie Rofé, la pièce imaginée par le virtuose Matéo Troianovski, la tragédie se déploie avec la grandeur d’Hamlet, la prophétie des sorcières de Macbeth, et le désespoir de Shylock. La scène se teinte de mystère et d’émotion, transportant le spectateur dans une tempête de passions et de révélations.

    Une Performance Mémorable

    L’interprétation transcende le simple spectacle : Troianovski, capte chaque instant, chaque souffle. Fanny Le Pironnec bouleverse, Mathilde Freytet impressionne, et ensemble, ils incarnent la spirale descendante de l’homme face à la tempête. La salle se lève, applaudissant cette œuvre enfiévrée, un hommage vibrant à l’esprit indomptable d’un héros qui refusait d’être oublié.



    Avant l’Orage – Avignon 2025

    Ecriture Matéo Troianovski

    Mise en scène Elie Rofé

    Avec

    Fanny Le Pironnec, Mathilde Freytet et MatéoTroianovski

    Création lumières : Elie Rofé

    Création maquillage et coiffure :Laura Garnier

    Régie :Elie Rofé

  • « Médecine générale » aux Abbesses, une complexe solitude.

    « Médecine générale » aux Abbesses, une complexe solitude.

    Attention, chef-d’œuvre. Dans une mise en scène surprenante de fausse simplicité, Ludovic Lagarde restitue le texte et l’esprit de Cadiot. Le geste théâtral ajoute à l’œuvre un supplément d’âme formidable.

    Médecine générale est d’abord un roman singulier d’Olivier Cadiot, mêlant fiction, introspection et expérimentation littéraire. La pièce imaginée par Ludovic Lagarde relève le gant de l’expérimental. Le récit suit trois protagonistes : Mathilde, magnifique Valérie Dashwood, une ethnologue de retour en France après trente ans passés en Inde est confrontée à son passé familial en explorant les archives de sa maison d’enfance. Pierre, admirable Alvise Sinivia, est un jeune orphelin surdoué, récemment sorti de prison, qui découvre une passion pour le piano grâce à son oreille absolue. Le narrateur, immense Laurent Poitrenaux, est hanté par la mort de son demi-frère. Il voit son début dans la fin de l’autre et se révèle obsédé par des questions religieuses et philosophiques.

    C’est lui qui parle, qui se parle, qui nous parle dans un flux incessant et en même temps fait de césures et de respirations. Il parle et il élabore. Il va initier une expérience collective de guérison. 

    Ces trois individus se retrouvent dans une maison abandonnée, un non-lieu, l’endroit d’un exil, l’exil de dieu et du langage. La scénographie imaginée par Antoine Vasseur nous jette dans cet endroit-passerelle mystérieux.

    Ensemble, ils tentent de se reconstruire. Leur quête les mène à inventer une sorte de secte, une nouvelle religion simplifiée.

    Ainsi Médecine générale est une pièce introspective, philosophique et expérimentale. Elle feint d’explorer les mécanismes de la guérison personnelle et collective. Mais il n’existe pas de guérison sauf à vivre.

    Médecine générale est en cela une tragédie. Dans son dernier livre le psychanalyste George Zimra 1Les divinités au miroir de l’art, l’Harmattan propose que la tragédie est une expérience de l’art pour les comédiens et aussi pour les spectateurs. Zimra explique : la tragédie n’est pas une catharsis ni la restauration d’une perte mais elle est l’expérience même de ce qui a été perdu. Médecine générale parle de cela. De la perte absolue au dessus de laquelle nous nous débattons.

    En l’absence de dieu pourquoi prendre la parole sans parler dans le vide. Et cependant, nous devons parler : l’inconscient le commande. Parler, c’est persister dans l’humain.

    Apologie de l’écrivain qui dit tout, le roman et la pièce posent également la question psychanalytique du pourquoi vouloir avoir le cœur net sur soi.

    La folie me sert de garde fou.

    Le passage du roman à la scène ajoute les dimension du corps et du rythme. Et ca change tout. La musique présente tout au long du spectacle rappelle que le rythme est élément central de la subjectivité et de l’énonciation. Le rythme est indissociable du sens. Quant aux corps, ils sont le lieu du contact entre les êtres. Le seul peut être.

    La pièce est édifiante. Elle est une réflexion pertinente sur la condition humaine .

    La scène finale, merveilleuse capitonne l’ensemble avec cet humour singulier qui traverse toute la pièce.

    On pense à Samuel Beckett


    Texte Olivier Cadiot
    Conception et mise en scène Ludovic Lagarde

    Scénographie Antoine Vasseur
    Lumières Sébastien Michaud
    Costumes Marie La Rocca
    Conception sonore et musicale Alvise Sinivia
    Conception vidéo Jérôme Tuncer
    Son David Bichindaritz, Jérôme Tuncer
    Collaboration à la dramaturgie Pauline Labib-Lamour
    Assistante à la mise en scène Élodie Bremaud

    Avec Valérie Dashwood, Laurent Poitrenaux, Alvise Sinivia

    Vu le 28 avril 2025 aux Abbesses théâtre de la ville.

    • 1
      Les divinités au miroir de l’art, l’Harmattan
  • « SenS » : 1er festival parisien du Seul.e en Scène au Théâtre des Gémeaux Parisiens, 1ʳᵉ édition

    « SenS » : 1er festival parisien du Seul.e en Scène au Théâtre des Gémeaux Parisiens, 1ʳᵉ édition

    « S en S » sera à partir du 1e mai le 1er festival parisien du Seul.e en Scène  au Théâtre des Gémeaux Parisiens 

    Pour cette première édition de ce festival S en S, les directeurs du Théâtre des Gémeaux Parisiens Serge Paumier et Nathalie Lucas ont choisi onze artistes reconnus par la profession et le grand public. Ils présentent notamment trois spectacles en avant-première, dont certains seront joués pour la première fois à Avignon 2025.


    Du 1er au 31 mai 2025

    11 artistes 
    12 spectacles

    41 représentations 
    3 créations*Tous les vendredis, samedis et dimanches du mois de mai (et jeudi 1er et 29 mai) 

    • Vanessa AIFFE-CECCALDI CACHE CACHE*
    • Isabelle ANDRÉANI MADELEINE BÉJART, UNE FEMME LIBRE*et UN CŒUR SIMPLE
    • Jean-Pierre BOUVIER LE LIVRE OUBLIÉ
    • Lionel CECILIO LA FLEUR AU FUSIL
    • Émilie CHEVRILLON MADAME MARGUERITE
    • Franck DESMEDT LA PROMESSE DE L’AUBE
    • Katia GHANTY LES FROTTEMENTS DU CŒUR
    • Daniel MESGUICH L’ARLÉSIENNE
    • William MESGUICH DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE 
    • Agathe QUELQUEJAY ROSSIGNOL À LA LANGUE POURRIE 
    • Pamela RAVASSARD ZOOM*

  • Rencontre dimanche 20 avril 17:00 « Œdipe roi » de Sophocle par Éric Lacascade à la Scala Paris

    Rencontre dimanche 20 avril 17:00 « Œdipe roi » de Sophocle par Éric Lacascade à la Scala Paris

    Né en 1959 à Lille, Éric Lacascade est un metteur en scène et comédien français dont le travail, audacieux et novateur, marque profondément le théâtre contemporain. En 1997, il prend la direction du Centre Dramatique National de Normandie à Caen, qu’il transforme en une scène majeure de création durant dix ans. Sous son impulsion, le centre devient un lieu d’expérimentation, attirant des artistes de renom tels que Jacques Bonnafé et Jan Fabre. En 2022, il monte “Œdipe Roi” de Sophocle en ouverture du Printemps des Comédiens, réunissant des interprètes confirmés et de jeunes talents. Depuis janvier 2025, il est artiste associé au Théâtre du Nord, Centre Dramatique National Lille Tourcoing Hauts-de-France.

    notre critique

    Nous avons un tarif préférentiel pour le collectif. 28 euros en catégorie 1 au lieu de 48 euros


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    La salle nous a réservé un quota de places à la date du 20 avril pour nos membres.

    Merci de procéder rapidement au règlement par téléphone

    au 0140034430  du Lundi au dimanche dès 12H  avec un code : ROFE

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    lien sur le site du théâtre

    La représentation sera suivie par un échange avec le metteur en scène. Éric Lacascade monte la pièce comme une enquête policière. Il décide que le spectateur, que la spectatrice ne sait rien de la tâche d’Oedipe et la découvre au fil de l’intrigue. Les psychanalystes pourront s’interroger sur la nature de ce choix et ce qui en opère. L’insu traverse la pièce ou pas.

  • Lalalangue au Chariot, dernières dates

    Lalalangue au Chariot, dernières dates

     Une session de rattrapage pour ceux qui n’ont pas encore vu la pièce que nous avions beaucoup étudiée et discutée.

    Lalalangue connaitra une ultime reprise du 14 avril au 27 mai, au Théâtre du Chariot.

    Nous avons un tarif préférentiel pour le collectif

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    16 € au lieu de 20 €

    Réservations : lechariot.bureau@gmail.com(en indiquant que vous faites partie de l’Autre Scène)OU👉 Billetterie en ligne 👈


    (en sélectionnant le tarif approprié)
    OU :C O D E   P R O M O :TAROT

    (valable pour les deux premières semaines)

    [/swpm_protected]

    La « Lalalangue » est un néologisme créé par le psychanalyste Jacques Lacan pour désigner le dictionnaire familial. La lalalangue est un ensemble de mots qui ne possèdent de sens que pour une famille donnée. Frédérique Voruz a consacré de nombreuses années à des consultations auprès d’une psychanalyste lacanienne. Cette expérience a donné naissance à un spectacle, dont le texte a été conçu par Frédérique Voruz.

    L’argument de cette pièce pourrait être la thèse selon laquelle il n’est jamais trop tard pour avoir eu une enfance heureuse. Cette aporie pourrait être considérée comme l’argument central de la pièce. La comédienne nous raconte son enfance rythmée par des diapositives familiales authentiques. Le spectacle s’apparente à une forme de mise en scène de l’intimité, où le public, tel un ami curieux, se trouve invité à contempler des photographies de mariage et de vacances de la famille de l’artiste. Cependant, l’intrigue s’éveille rapidement, captivant l’auditoire, car Frédérique Voruz se présente comme une protagoniste de premier plan. Elle tient le journal de ses séances passées de psychanalyse et affronte la réalité au-delà des facilités et des conventions. Son parcours s’inscrit dans une perspective familiale, ancrée dans l’histoire de sa mère. Son enfance, marquée par la présence d’une mère autoritaire et la perte de l’usage de sa jambe gauche suite à un accident de montagne, a laissé des séquelles profondes. Frédérique Voruz, qui a perdu son père à un âge précoce, a développé une relation complexe avec sa mère, celle-ci exprimant, alors qu’elle se trouvait à l’hôpital après l’accident, son désir de vengeance à l’encontre de ses enfants. L’intrigue se conclut par une réconciliation entre cette figure maternelle et sa fille, marquée par une émotion profonde. Au cours de cette trajectoire, les protagonistes ont traversé une enfance et une adolescence éprouvantes, marquées par des traumatismes. La comédienne, débordant d’énergie et de vitalité, a mené une enquête approfondie sur un fait divers s’étendant sur deux décennies, mettant en lumière la maltraitance éducative d’une fratrie baignant dans un environnement familial psychiquement instable. Avec une rigueur méthodique, elle dévoile, chapitre après chapitre, les éléments constitutifs des chefs d’accusation, mettant en exergue la figure centrale d’une mère unijambiste.

    Cette affaire, qui s’inscrit dans une perspective tragique, est une illustration de la manière dont le destin d’une famille peut être irrémédiablement scellé, sous le regard impassible d’une figure divine, souvent perçue comme un modèle de miséricorde. Par ailleurs, cette œuvre se présente comme une défense de la psychanalyse, une thérapie qui, selon l’auteur, permettrait de comprendre la complexité des êtres et des situations.

    Les psychanalystes, par ailleurs, pourraient s’interroger sur la nature de la pièce, s’il s’agit d’une séance qui n’a jamais eu lieu, ou d’une œuvre qui se joue de la psychanalyse.

  • Exceptionnel : « Le soulier de satin » par la troupe du Français jusqu’au 13 avril.

    Exceptionnel :  « Le soulier de satin » par la troupe du Français  jusqu’au 13 avril.

    Sous la baguette d’Éric Ruf, les musiciens de la langue que sont les comédiens français mobilisent voix et corps pour faire entendre la symphonie philosophique de Paul Claudel.


    Une longue sensualité

    Alors qu’il s’apprête à quitter en août 2025 ses fonctions d’administrateur, Eric Ruf par une création à l’accessibilité admirable, prend congé de nous, la tête haute. Et il salue aussi une troupe dont il aura réussi à magnifier le talent.

    D’une durée de huit heures trente sous la forme de quatre actes séparés de deux entractes et d’une longue pause, son Soulier de Satin impose une sensualité enveloppante et un humour détonnant.

    Un sujet éternel

    Le Soulier de satin de Paul Claudel est une pièce de théâtre monumentale et poétique, publiée en 1929. Elle se déroule à l’époque de la Contre-Réforme et de l’expansion coloniale. Claudel y mêle une histoire d’amour, une réflexion douloureuse sur la foi religieuse mêlée à une quête spirituelle inassouvie.

    La pièce raconte l’amour impossible entre Rodrigue, un conquistador espagnol, et Prouhèze, une femme mariée et pieuse. Leur passion est déchirée entre aspirations terrestres et devoirs divins. Rodrigue, homme aventureux, représente l’ambition et l’appel des grands projets (conquêtes, exploration). Prouhèze, femme pieuse et dévouée à Dieu, incarne la fidélité au mariage et la lutte contre le péché. Alors qu’ils s’aiment profondément, leur amour reste empêché par leurs engagements spirituels et sociaux.


    Une troupe admirable

    Elle est formidable. Elle soutient le texte cependant qu’abandonnée par un décor minimaliste et obligée par les splendides costumes de Christian Lacroix. Elle nous offre un festival. On se souviendra longtemps d’Alain Lenglet en jésuite squelettique priant le ciel, de Laurent Stocker en Bathazar gourmand, de Didier Sandre et de Danièle Lebrun, éternelle, succédant les emplois, enjambant les genres et les caractères. Et de l’intense Florence Viala et de la lumineuse Marina Hands. On emportera avec soi Coraly Zahonero utilisant son art inné de la comédie pour inventer le personnage de Jobarbara, sous la forme d’une bohémienne de vaudeville. Encore l’intentionnel surjeu contributif de  Suliane Brahim ou de Serge Bagdassarian. Si l’on regrettera peut-être le peu de sex-appeal de Baptiste Chabauty, en Rodrigue jeune, l’acteur est fabuleux en Rodrigue vieillard.

    La comédie humaine

    La pièce, en quatre journées, décrit une odyssée à travers des continents et des âmes. Chaque personnage est confronté à des dilemmes moraux et religieux. Rodrigue qui est un peu Claudel traverse à sa façon le conflit entre le désir humain (l’amour passionné) et les impératifs divins (la foi et le devoir). Il choisira la folie.

    L’œuvre est foisonnante. Elle interroge la condition humaine. Elle questionne aussi le sens de la vie et juger Claudel sur la préférence de cette question révolue serait un anachronisme. Dans cette ode au mysticisme où le texte est célébré, Claudel veut savoir comment s’articule l’intention(nalité), le désir, la foi, le destin et l’amour. Il veut saisir un sens de la vie qui tomberait du ciel. Il veut savoir ce qui attrape les êtres malgré eux. Huit heures — qui passent si vite tant le bonheur est céleste — ne suffiront pas.

    Salle Richelieu, tout se plie et se déplie. Rien ne tombera du ciel. Les intégristes sont renvoyés à leur folie. Il nous reste le plaisir intense et laïque du théâtre et errant entre la salle et la scène, les multiples traces d’humanité déposées par une troupe de légende.

    Le moment est historique.


    Le Soulier de satin


    de Paul Claudel.


    Version scénique, mise en scène et scénographie Éric Ruf
    Avec Alain Lenglet, Florence Viala, Coraly Zahonero, Laurent Stocker, Christian Gonon, Serge Bagdassarian, Suliane Brahim, Didier Sandre, Christophe Montenez, Marina Hands, Danièle Lebrun, Birane Ba, Sefa Yeboah, Baptiste Chabauty, Édith Proust, et Fanny Barthod, Rachel Collignon, Gabriel Draper de l’académie de la Comédie-Française, et les musiciens Aurélia Bonaque Ferrat de l’académie de la Comédie-Français (violon), Vincent Leterme (piano), Merel Junge (violon, euphonium, trompette), Ingrid Schoenlaub (violoncelle)


    Costumes Christian Lacroix
    Lumière Bertrand Couderc
    Direction musicale Vincent Leterme
    Son Samuel Robineau de l’académie de la Comédie-Française
    Travail chorégraphique Glysleïn Lefever
    Collaboration artistique Léonidas Strapatsakis
    Assistanat à la mise en scène Alison Hornus, Ruth Orthmann, et Aristeo Tordesillas de l’académie de la Comédie-Française
    Assistanat aux costumes Jean Philippe Pons, Jennifer Morangier, et Aurélia Bonaque Ferrat de l’académie de la Comédie-Française
    Assistanat à la scénographie Anaïs Levieil de l’académie de la Comédie-Française

    Durée : 8h30 (entractes compris)

    Comédie-Française, Paris
    du 21 décembre 2024 au 13 avril 2025

    vu le 26 décembre 2024 salle Richelieu

  • Pour la reprise de « Il n’y a pas de Ajar» : Notre dossier.

    Pour la reprise de « Il n’y a pas de Ajar» : Notre dossier.

    Abraham Ajar dit être le fils d’Emile Ajar. Or celui-ci n’a jamais existé : il s’agit du célèbre alter-ego du romancier Romain Gary, qui s’est suicidé en 80. En composant le monologue de ce fils imaginaire, Delphine Horvilleur explore l’épineuse question de l’obsession identitaire. La pièce est reprise au Théâtre de la concorde du 11 au 28 décembre 2024.



    Notre dossier

    Il n’y a pas de Ajar , Un monologue contre l’identité par Aviva Cohen, psychanalyste.

    Il n’y a pas de Ajar : L’indéfinissable mystère d’une même construction psychique » par Magali Taïeb-Cohen, psychanalyste, membre du Mouvement du coût freudien.

    Je est tant d’autres  à propos de Il n’y a pas de Ajar par Eva Klein Architecte

    Nous sommes tous des psychanalystes Juifs par David Rofé-Sarfati, psychanalyste, membre de l’ALI.

  • « L’amante anglaise », la doctrine Osinski à son apogée

    « L’amante anglaise », la doctrine Osinski à son apogée

    Jacques Osinski n’en finira jamais de nous surprendre. Cette fois, le metteur en scène dont le travail s’est illustré abondamment par un déchiffrage aiguisé du théâtre de Beckett s’empare d’un texte étourdissant de Marguerite Duras. De sa scénographie émerge un effet de discours océanique.


    Un roman diabolique

    L’amante anglaise, publié en 1967, est un roman de Marguerite Duras qui mêle enquête policière et exploration psychologique. S’inspirant d’un fait divers (le meurtre de son mari par Amélie Rabilloud, qui dépeça le cadavre et en évacua les morceaux un par un en les jetant depuis un pont dans différents trains), Marguerite Duras écrit une première pièce les Viaducs de la Seine- et-Oise puis un roman L’Amante anglaise avant de transformer à nouveau le roman en pièce de théâtre.

    Dans le fait divers, Amélie Rabilloud a tué son mari tyrannique. Dans la pièce de Duras, c’est une cousine sourde et muette, Marie-Thérèse, que Claire Lannes assassine sans raison.

    Une énigme et une enquête

    Le roman n’est pas construit selon une narration traditionnelle. Il choisit la forme d’un interrogatoire.

    Le mari puis la femme seront interrogés par un enquêteur ; celui-ci porte la voix d’une société curieuse qui veut percer les secrets du meurtre. Claire Lannes, épouse de Pierre Lannes, y est décrite comme une femme étrange, peu expressive, habitée par des souffrances et des obsessions. Elle avoue avoir tué sa cousine, mais elle ne dit rien de son acte et n’exprime aucun regret. Le mari est un homme doux et flegmatique ; il nous apparait à la fois témoin et victime de la complexité de sa femme. Le roman s’achève sans rien révéler, laissant le lecteur face à une énigme humaine aussi fascinante qu’angoissante.

    L’abolition des penseurs

    Jacques Osinski met en scène cette enquête en direct-live. Il nous invite à cet interrogatoire, à cette recherche du vrai. Où se trouve la vérité des âmes?

    Amélie Rabilloud restera un mystère. La vérité judiciaire, binaire et simplificatrice, n’apporte aucune réponse. Reconnue coupable, elle fut guillotinée. Les psychiatres missionnés par le tribunal se penchèrent, la jugèrent débile mentale. Ils virent en elle une hyperémotive par accumulation de chocs moraux, formule obscure, mais élégante. Le journal Le Monde à sa façon si délicieuse de se croire penser alors qu’il ne fait que croire, croire ici à la dialectique de l’inversion de la victime en bourreau, écrivait : « Elle l’a tué un soir de décembre 1949 dans leur maison de Savigny-sur-Orge, avec l’acharnement affolé que l’on retrouve souvent dans les crimes prémédités par des êtres qui jusqu’au dernier moment ont vécu dans la peur de leur victime ». 

    La pièce de Duras n’offre pas plus de réponses au mystère. Les signifiants ne sont pas garantis. L’amante anglaise se réfère en réalité la menthe anglaise. Duras explique ainsi son titre : « Il s’agit de la menthe anglaise, de la plante, ou, si vous préférez, de la chimie de la folie. Elle l’écrit avec l’apostrophe. Elle a tout désappris, y compris l’orthographe. ».

    La psychanalyse si elle se prend pour une société savante, se précipitera pour proclamer doctement que la meurtrière, en tuant la sourde-muette, assassine tout ce qu’elle ne peut dire ; la même psychanalyse évoquera la psychose autour du signifiant Cahors, lieu associé à la fois à la victime et à un dépit amoureux. Claire Lannes tuerait par un déplacement psychotique Alfonso de Cahors, son ancien amant qui l’avait chassée.

    L’académie de lettres, quant à elle, expliquera que le roman questionne la nature humaine, la solitude, la complexité des relations conjugales, la banalité du mal. Pourquoi pas ?

    L’œuvre de Duras construit non l’étude critique, mais l’énigme. Osinski l’a bien compris lorsqu’il compare Duras à Beckett. Le metteur en scène a façonné une scénographie qui témoigne de cet impossible, où aucune conviction ne tient. Il y a, selon lui, un hiatus irréfragable entre la langue et la vie.

    Le théâtre est l’anti-tribunal. C’est un lieu où l’on écoute. Jacques Osinski

    Un dispositif astucieux

    Le dispositif scénique imaginé tient du génie. D’abord, il y a le décor qui n’en est pas un. Nous sommes réunis dans la salle même du théâtre de l’Atelier. Le questionneur est assis parmi nous.

    Frédéric Leidgens prête sa voix tranchante à l’interrogateur. Le comédien (il fut récemment Hamm dans Fin de Partie de Samuel Beckett mise en scène par Jacques Osinski), pèse chaque mot, chaque silence. Il sait ne pas juger et ainsi accueillir la parole du mari puis la parole de la meurtrière. Il écoute intensément. Il nous aide à écouter.

    Grégoire Oestermann, comédien solide et apaisant (dernièrement dans « Voyage en ataxie« ), incarne le mari. Il répond patiemment, pourchassant la précision des mots, finissant de chercher à saisir l’insaisissable. Sa douceur nous accompagne sur le chemin d’un dénouement qui ne viendra pas.

    Sandrine Bonnaire est immense, solide, dense. Elle propose une incarnation de Claire Lannes tout en ambivalence des sentiments, à la pliure entre sincérité et obscurité. Elle restitue avec brio la langue océanique de Duras, défend l’humilité du metteur en scène à se retirer devant le texte, personnifie le vertige. Chaque phrase prononcée embrase nos méninges.

    Le résultat est étrange. L’expérience spectateur est unique en cela qu’elle ressemble à un yoga psychique qui appelle à une écoute patiente et hyper-consciente.

    Certains actes humains demeurent incompréhensibles. Ces actes appartiennent en partie à un monde occulte (l’autre scène freudienne du fantasme) qui échappe à l’individu même. L’amante anglaise nous convie à côtoyer ce monde occulte, univers hermétique de l’autre. Sandrine Bonnaire y est prodigieuse. Ses derniers mots sont glaçants d’humanité.

    Formidable !



    L’amante anglaise

    De Marguerite Duras
    Mise en scène Jacques Osinski
    Avec Sandrine Bonnaire, Frédéric Leidgens et Grégoire Oestermann
    Texte du prologue dit par Denis Lavan

    Lumières Catherine Verheyd

    Costumes Hélène Kritikos
    Dramaturgie Marie Potonet

    Musique
    Jean-Sébastien Bach: Das alte Jahr vergangen ist BWV 614
    Transcription Gyorgy Kurtág et interprétation Marta et Gyorgy Kurtág

    Photographie © Pierre Grosbois

    vu le 23 octobre à l’Atelier

  • « Le petit chaperon rouge » du duo Nina Cruveiller et Nina Ballester enchante le public de 7 à 77 ans

    « Le petit chaperon rouge » du duo Nina Cruveiller et Nina Ballester enchante le public de 7 à 77 ans

    Nina Cruveiller et Nina Ballester sont formidables. En adaptant le Chaperon rouge de Joël Pommerat, les deux complices donnent un nouveau souffle à une œuvre qui n’en finit pas de nous édifier. Le public de tout âge profitera de ce cadeau. Dans le rénové théâtre du Chariot.

    Un conte du 17ᵉ siècle et du 21ᵉ

    L’histoire est connue. Dans une toute petite maison perdue dans une forêt lointaine, vivent une petite fille, une maman et un creux d’amour au milieu. Dans cette toute petite maison règne en maître l’ennui assourdissant. « Parfois la petite fille cherchait par tous les moyens à se faire remarquer, mais la maman de la petite fille était tellement occupée qu’elle ne voyait même plus sa petite fille.

    Que va-t-il se passer lorsque la petite fille aura réussi à faire un gâteau pour sa grand-mère ? Lorsqu’elle ira seule dans la sombre forêt au milieu des grands arbres ? Lorsqu’elle rencontrera cette véritable bête véritablement monstrueuse.

    Les thèmes appartiennent au 17 e siècle. Ils se déploient aujourd’hui encore : La peur des mères, la crédulité et l’insouciance (perdue) des enfants, la vulnérabilité des grands-mères, la roublardise des loups…

    La première surprise réside dans un nouvel appétit pour ce conte que le public de 7 à 77 ans enthousiaste accueille sourire aux lèvres.   la deuxième bonne surprise vient de la mise en scène.

    Une mise en scène à facettes

    La force de la mise en scène largement inspirée de la formule Pommerat se source dans une générosité de moyens et d’intentions. Les deux comédiennes combinent le conte façon coin du feu derrière une adresse enfantine au public avec des séquences d’une déréalisation appuyée autour de jeux d’ombres et de projections. Les enfants sont émerveillés, autant que les adultes. Le rendu ressemble à un conte pour un enfant raconté à son chevet dont les pages prennent corps. Les images mentales deviennent personnages au sein d’un ballet de lumières. Nous sommes dans un dessin animé. Nos imaginaires s’excitent.

    La pièce est une absolue réussite.


    MISE EN SCÈNE ET INTERPRÉTATION

    NINA BALLESTER NINA CRUVEILLER

    COLLABORATION ARTISTIQUE

    BARTHÉLÉMY FORTIER

    SCÉNOGRAPHIE

    LOLA SEILER

    COMPOSITION MUSICALE

    EDOUARD DEMANCHE

    CHORÉGRAPHIE

    LÉA SOULEILLE

    CRÉATION LUMIÈRE

    PIERRE PEYRONNET NICOLAS DE CASTRO

    au Théâtre du Chariot, 77 rue de Montreuil 75011 Paris :

    • samedi 9 novembre à 14h
    • dimanche 10 novembre à 11h et 14h
    • samedi 16 novembre à 14h
    • dimanche 17 novembre à 11h et 14h
    • samedi 23 novembre à 14h
    • dimanche 24 novembre à 11h et 14h
    • samedi 30 novembre à 11h
  • À voir en octobre 2024

    À voir en octobre 2024

    nos conseils d’octobre

    Contre au Vx Colombier de Constance Meyer, Agathe Peyrard et Sébastien Pouderoux d’après la vie et l’œuvre de John Cassavetes et Gena Rowlands mise en scène Constance Meyer et Sébastien Pouderoux

     » VISITE A MISTER GREEN « de Jeff BARON

    au THÉÂTRE DE PASSY à partir du 6 septembre 2024, Thomas JOUSSIER Patrick PREJEAN, mise en scène Thomas JOUSSIER

    la critique l’Autre Scène

    Des Ombres et des Armes à la manufacture des Abbesses partir du 26 aout

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    Lors d’une opération chaotique, un groupe de la DGSI parvient à éviter un nouvel attentat. Mais l’un des djihadistes prend la fuite et les policiers se déchirent alors sur la stratégie à suivre pour le retrouver. Pour Niels, la clé est Abdel, un revenant (un jeune parti en Syrie et revenu en France) menant désormais une vie paisible. Niels en est certain, Abdel ment et se prépare à passer à l’action. Cela vire bientôt à l’obsession, accentuant les lignes de fractures avec les autres policiers. Parallèlement, la menace d’une action d’extrême droite semble grandir inexorablement.

    L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt

    Théâtre du Palais Royal à partir du 27 août Texte et Mise en scène  : Géraldine Martineau. Géraldine Martineau nous avait éblouis avec « La Dame de la mer » de Henrik Ibsen » à la Comédie-Française. La vie de la première star internationale, celle qu’on nomma « la divine », « le monstre sacré », « la voix d’or », « l’impératrice du théâtre », « la scandaleuse » avec Estelle MEYER, Marie-Christine LETORT, Isabelle GARDIEN, Blanche LELEU, Priscilla BESCOND, Adrien MELIN, Sylvain DIEUAIDE, Antoine CHOLET, Florence HENNEQUIN, Bastien DOLLINGER


    Un Barrage contre le Pacifique avec Anne Consigny, de Marguerite Duras, mis en scène par Anne Consigny au Studio Hebertot, 75017 Paris

    Rentrée 42 à la Comédie Bastille de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire – Mise en scène : Xavier Lemaire avec Anne Richard, Isabelle Andréani, Emilie Chevrillon, Fanny Lucet, Dominique Thomas et Michel Laliberté

    Quatre institutrices d’une école parisienne du 11ème arrondissement se retrouvent pour préparer la rentrée scolaire de 1942. Un évènement inattendu va remettre en cause leur métier d’enseignante et va faire naître leur habileté à résister !

    Suivez l’enquête de ces héroïnes du quotidien, dans la France du régime de Vichy. Sans jamais céder au désespoir, avec courage et une pointe d’humour noire, elles se battent pour les enfants, pour l’enseignement, pour la justice… pour l’humanité.

    Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos , mis en scène par Arnaud Denis à la Comédie des Champs Elysées, Paris

    Le Mage du Kremlin de Giuliano Da Empoli , mis en scène par Roland Auzet à la Scala Paris, Paris

    Pauvre Bitos au Théâtre Hébertot, Paris

    24 heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig , mis en scène par Juan Crespillo A La Folie Théâtre, Paris

    La double inconstance de Marivaux , mis en scène par Jean-Paul Tribout au Théâtre Le Lucernaire, Paris

    Comme il vous plaira au Théâtre Hébertot, Paris

    Le Revizor de Nicolas Gogol , mis en scène par Ronan Rivière au Théâtre le Ranelagh, Paris

    Jean Zay, L’homme complet de Jean Zay – adaptation Xavier Béja , mis en scène par Michel Cochet au Théâtre Essaion, Paris

    Cap au pire de Samuel Beckett , mis en scène par Jacques Osinski au Théâtre 14, Paris

    Une Odyssée en Asie Mineure de Simon Abkarian, mis en scène par Simon Abkarian

    « La double inconstance » par Jean-Paul Tribout, le Marivaux du bonheur au Lucernaire

    ADN au théâtre Michel, Paris

    Après avoir conquis le public avec ses adaptations de l’Illiade et Odyssée, Pauline Bayle poursuit son exploration des grands textes du répertoire en ravivant l’œuvre capitale de la Comédie Humaine.


    L’Avare de Molière mise en scène Clément Poirée à La Tempête

    L’histoire d’une génération qui ne veut rien lâcher au risque de nécroser celle qui vient, Molière l’a génialement racontée dans L’Avare. Pièce hilarante sur un grand vice, un désir ogresque qui confine à la folie, à la tyrannie. Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance, aujourd’hui où les valeurs sont renversées. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides. Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et ce qu’il voudra bien leur donner. Objets en tout genre, vêtements, draps, livres, papiers peints, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… tout est bon ! C’est grâce à votre générosité (ou malgré votre pingrerie, c’est aussi drôle) que la représentation s’inventera sous nos yeux, comme sur une place de village. Un happening chaque soir différent. Une manière d’éclairer notre rapport intime à l’avarice et de mettre à nu ce qui fait la richesse d’un spectacle : une équipe à l’unisson et un public-artiste qui apporte la pièce manquante. Un Avare à l’épreuve de ce qui fonde l’art de la représentation : le partage. Une expérience d’économie circulaire aussi puisque tous vos dons seront redistribués pour le réemploi solidaire. Alors, prodigue ou avare ?

    avec John Arnold, Mathilde Auneveux, Pascal Cesari, Virgil Leclaire, Nelson-Rafaell Madel, Laurent Ménoret, Marie Razafindrakoto, Anne-Élodie Sorlin 

    Dämon El funeral de Bergman

    un spectacle d’Angélica Liddell
    en espagnol, français, suédois, surtitré en français

    26 septembre – 6 octobre

    Odéon 6e

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  • À voir en septembre 2024

    À voir en septembre 2024

    ci-dessous nos conseils pour la rentrée de septembre

     » VISITE A MISTER GREEN « de Jeff BARON

    au THÉÂTRE DE PASSY à partir du 6 septembre 2024, Thomas JOUSSIER Patrick PREJEAN, mise en scène Thomas JOUSSIER

    la critique l’Autre Scène

    Des Ombres et des Armes à la manufacture des Abbesses partir du 26 aout

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    Lors d’une opération chaotique, un groupe de la DGSI parvient à éviter un nouvel attentat. Mais l’un des djihadistes prend la fuite et les policiers se déchirent alors sur la stratégie à suivre pour le retrouver. Pour Niels, la clé est Abdel, un revenant (un jeune parti en Syrie et revenu en France) menant désormais une vie paisible. Niels en est certain, Abdel ment et se prépare à passer à l’action. Cela vire bientôt à l’obsession, accentuant les lignes de fractures avec les autres policiers. Parallèlement, la menace d’une action d’extrême droite semble grandir inexorablement.

    L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt

    Théâtre du Palais Royal à partir du 27 août Texte et Mise en scène  : Géraldine Martineau. Géraldine Martineau nous avait éblouis avec « La Dame de la mer » de Henrik Ibsen » à la Comédie-Française. La vie de la première star internationale, celle qu’on nomma « la divine », « le monstre sacré », « la voix d’or », « l’impératrice du théâtre », « la scandaleuse ».

    avec Estelle MEYER, Marie-Christine LETORT, Isabelle GARDIEN, Blanche LELEU, Priscilla BESCOND, Adrien MELIN, Sylvain DIEUAIDE, Antoine CHOLET, Florence HENNEQUIN, Bastien DOLLINGER

    https://www.theatrepalaisroyal.com/Spectacles/lextraordinaire-destinee-de-sarah-bernhardt


    Rentrée 42 à la Comédie Bastille 

    Une pièce de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire – Mise en scène : Xavier Lemaire

    Décors : Caroline Mexme – Lumières : Didier Brun – Musiques : Philippe Bozzo – Costumes : Christine Vilers

    Avec Anne Richard, Isabelle Andréani, Emilie Chevrillon, Fanny Lucet, Dominique Thomas et Michel Laliberté

    Quatre institutrices d’une école parisienne du 11ème arrondissement se retrouvent pour préparer la rentrée scolaire de 1942. Un évènement inattendu va remettre en cause leur métier d’enseignante et va faire naître leur habileté à résister !

    Suivez l’enquête de ces héroïnes du quotidien, dans la France du régime de Vichy. Sans jamais céder au désespoir, avec courage et une pointe d’humour noire, elles se battent pour les enfants, pour l’enseignement, pour la justice… pour l’humanité.

    « La double inconstance » par Jean-Paul Tribout, le Marivaux du bonheur.


    Lucernaire
    53 rue Notre-Dame-des-Champs
    75006 Paris
    Du 18 septembre au 3 novembre 2024
    Durée 1h25


    ILLUSIONS PERDUES à l’Atelier

    ILLUSIONS PERDUES
    Dans une mise en scène brute et incandescente, Pauline Bayle dépeint le parcours de Lucien Chardon, jeune poète qui venu à Paris pour connaître la gloire, se retrouve happé par le monde impitoyable de la presse. Portée par l’énergie débordante de cinq comédien.nes incarnant près d’une quinzaine de personnages, son adaptation d’Illusions perdues révèle toute la puissance et la modernité des mots d’Honoré de Balzac. Sous nos yeux et dans un rythme effréné, ils nous transportent au cœur d’un XIXème siècle étonnamment contemporain.

    Après avoir conquis le public avec ses adaptations de l’Illiade et Odyssée, Pauline Bayle poursuit son exploration des grands textes du répertoire en ravivant l’œuvre capitale de la Comédie Humaine.


    Mode d’emploi pour metteur en scène israélien en Europe au Théâtre Paris-Villette, 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris 

    Ido et Hannan sont tous deux des metteurs en scène de théâtre israéliens. L’un vit à Paris, l’autre à Tel Aviv. En 2023, ils se lancent un défi : créer une pièce sur leur patrie névrosée, à moitié folle, en passe de basculer dans le totalitarisme, mais néanmoins, en quelque sorte, aimée. Mais lorsque le 7 octobre, en pleine répétition, une nouvelle guerre éclate et que la catastrophe se déchaîne, la réalité dépasse toute fiction. La mise en scène d’une histoire humoristique, ironique et fictive du Moyen-Orient devient alors un véritable voyage à travers l’une de ses périodes les plus sombres.

    mise en scène, jeu Hannan IshayIdo Shaked / dramaturgie Idan Rabinovici


    L’Avare de Molière mise en scène Clément Poirée à La Tempête

    L’histoire d’une génération qui ne veut rien lâcher au risque de nécroser celle qui vient, Molière l’a génialement racontée dans L’Avare. Pièce hilarante sur un grand vice, un désir ogresque qui confine à la folie, à la tyrannie. Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance, aujourd’hui où les valeurs sont renversées. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides. Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et ce qu’il voudra bien leur donner. Objets en tout genre, vêtements, draps, livres, papiers peints, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… tout est bon ! C’est grâce à votre générosité (ou malgré votre pingrerie, c’est aussi drôle) que la représentation s’inventera sous nos yeux, comme sur une place de village. Un happening chaque soir différent. Une manière d’éclairer notre rapport intime à l’avarice et de mettre à nu ce qui fait la richesse d’un spectacle : une équipe à l’unisson et un public-artiste qui apporte la pièce manquante. Un Avare à l’épreuve de ce qui fonde l’art de la représentation : le partage. Une expérience d’économie circulaire aussi puisque tous vos dons seront redistribués pour le réemploi solidaire. Alors, prodigue ou avare ?

    avec John Arnold, Mathilde Auneveux, Pascal Cesari, Virgil Leclaire, Nelson-Rafaell Madel, Laurent Ménoret, Marie Razafindrakoto, Anne-Élodie Sorlin 

    Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos


    Mise en scène d’Arnaud Denis
    Avec Delphine Depardieu, Valentin de Carbonnières, Salomé Villiers, Michèle ANDRE, Pierre DEVAUX
    https://www.comediedeschampselysees.com/spectacle/61/les-liaisons-dangereuses

    Sur l’autre rive (spectacle)— librement inspiré de Platonov

    de Tchekhov· Théâtre Nanterre-Amandiers – Centre dramatique national
    27 sept > 13 oct

    Dämon El funeral de Bergman

    un spectacle d’Angélica Liddell
    en espagnol, français, suédois, surtitré en français

    26 septembre – 6 octobre

    Odéon 6e

    LA DOUBLE INCONSTANCE de Marivaux

    Au Lucernaire, du 18 septembre au 3 novembre 2024 🔥Mise en scène Jean Paul Tribout

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  •  » DÄMON El funeral de Bergman » le Parlons travail de Angélica Liddell

     » DÄMON El funeral de Bergman » le Parlons travail de Angélica Liddell

    Après Liebestod où l’artiste abordait sa relation intime au théâtre autour d’une similitude avec la corrida. Cette fois, Angelica Liddell aborde la question de la création de l’artiste autour d’une proximité avec Ingmar Bergman. Une fois encore, c’est sanglant, c’est surprenant et c’est génial.

    Le spectacle est total. La force du geste réside dans une saturation du verbe et de l’image. Les mots sont simples, percutants. Les symboles se veulent universels, simples à décoder. Au milieu de l’édifice, le corps d’Angélica Liddell nous empiète et nous guide pour un voyage théorique sur la création artistique. Il y a comme à chaque fois chez l’artiste l’amour et le corps et ce qui circule entre les deux : la vie et la mort. Au centre, les mots nous percutent, sans relache. 

    Polémique inutile

    Dans ce travail d’analyse de son art, Angélica Liddell englobe naturellement la question des critiques de théâtre, souvent cruelles, parfois blessantes. Elle s’en prend à certains critiques célèbres ad nomimen. La plupart ont souri d’être inclus dans sa création artistique. Un seul a relevé le gant d’un honneur qu’il plaçait étrangement en un lieu qu’il s’appropriait par vanité : la scène elle-même, obligeant Angelica Lidell à clarifier quelques évidences : Il y a toujours place pour la critique de l’œuvre, mais jamais pour l’humiliation de la personne de l’artiste elle-même. Critiquer oui, mais sans délégitimer. 1Quelques benêts ont applaudi ; on trouve toujours pour applaudir aux poncifs ceux-là qui croient qu’ils doutent sans se douter que seulement, ils croient.

    Les thèmes habituels de l’artiste

    Le rideau se lève en grande pompe avec la mort figurée par un Calavera nain qui se présente à nous et nous fixe. Puis le pape traversera la scène, lentement, cacochyme. Vient ensuite la diva. Elle se lave l’entrejambe avec application ; elle n’entamera le spectacle que le cul propre. Nous sommes dans l’univers de Angélica Liddell. Elle va crier, répéter les mots de son manifeste pour l’artiste. Nous la retrouvons dans son combat contre la milice cléricale, pourtant si imprégnée de religion. Nous retrouvons sa proximité avec le monde des morts. Elle veut se marier avec Bergman mort en son cercueil. Angélica est contre la mort, tout contre.

    Les artistes sont immortels, car ils sont déjà morts

    Les tableaux se succèdent, chacun beaux, cruels et crus. Et le discours de l’artiste sur son art et son statut se déploie petit à petit. Sa pensée est limpide tandis que féroce. « Je plains les gens » clame-t-elle. Les gens, c’est-à-dire les non-artistes, ne comprennent rien à la mort, ils se croiraient vivants, ils se croient hommes ou femmes. Mais ils mourront tous sans y comprendre rien. Angélica Liddell confirme l’intuition freudienne : chez l’artiste, l’inconscient est à ciel ouvert. L’artiste, en conscience, est au centre de nos rêves de turpitudes et nous interpelle : êtes-vous coupables ou innocents ?

    À charge pour lui, l’artiste, d’explorer le réel cru de notre condition humaine. Et à nos dilemmes indépassables bouchés par le fantasme : allons-nous mourir par manque de pessimisme ? Que se passera-t-il lorsqu’il n’y aura plus ni femmes ni d’hommes, lorsque viendra un temps où sera transformée votre bite en chatte, votre chatte en bite, lorsqu’il ne restera que la merde et la mort ?

    Où es-tu Armelle ?

    Elle convoque Armelle Heliot, la célèbre critique de théâtre, monument de savoir et de sourire. Angelica exhorte : où es-tu Armelle. Maintenant ! Seul le présent compte, seule la seconde de ce cri existe. Angelica le sait, le théâtre cherche à attraper la seule chose qui existe et qui pourtant nous échappe sans cesse : l’instant présent.

    Elle invoque le présent et il manque déjà. Il nous faut en faire le deuil déjà. La mort est à l’origine de la création. Angelica se mariera avec Bergman, mort. L’esprit des artistes survit. Elle conclut : le temps est l’assassin ; cependant, dès demain, elle se remettra au travail.

    Dès demain, elle reprendra le travail du théâtre. C’est là sa religion, douloureuse et océanique.


    Avec Ahimsa, Yuri Ananiev, Nicolas Chevallier, Guillaume Costanza, Electra Hallman, Elin Klinga, Angélica Liddell, Borja López, Sindo Puche, Daniel Richard, Joel Valois
    et la participation d’Erika Hagberg (habilleuse du Dramaten), David Abad (Multicapacitats)
    et de figurants Ayena Adjido, Julie Benoit, Francine Billard, Alain Bressand, Paule Coste, Maylis Calvet, Léa Delaporte, Adam Dupuis, Annette Ecckhout, Christian Ecckhout, Bernadette Fredonnet, Marion Gassin, Pierre Hoffmann, Dominique Houdart, Jeanne Houdart- Heuclin, Manon Hugny, Françoise Pellevillain, Gael Maryn, Daphné Lanne, Elisa Morice, Julia Pal, Alain Sperta, Sabino Tatulli, Victor Van Kuijk Saytour, Kenza Vannoni, Coralie Zaninotti
    et en alternance Timothée Bosc, Odin Darlix, Victor Van Kuijk Saytour
    et la voix de Jonas Bergström
    et Laura Meilland (violoncelle)
    Texte, mise en scène, scénographie et costumes Angélica Liddell
    Lumière Mark Van Denesse
    Son Antonio Navarro
    Assistanat à la mise en scène Borja López
    Traduction pour le surtitrage Christilla Vasserot (français), 36caracteres (anglais)
    Régie plateau Nicolas Chevallier
    Direction technique André Pato

    • 1
      Quelques benêts ont applaudi ; on trouve toujours pour applaudir aux poncifs ceux-là qui croient qu’ils doutent sans se douter que seulement, ils croient.
  • « C’est si simple l’amour » : finis les jeux de l’amour!

    « C’est si simple l’amour » : finis les jeux de l’amour!

    Deux psychanalystes nous envoient un texte. Roxane Arbaretaz et David Chaouat, face à Lars Norén mis en scène par Charles Berling proposent ici une lecture clinique d’une pièce où l’amour devra se réconcilier avec la fiction.

    Qui a peur de Virginia Woolf ?

    Inspirée de Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee, la pièce de Lars Norén, récemment mise en scène par Charles Berling, reprend un dispositif familier : deux couples enfermés dans une nuit de confrontation, d’alliances mouvantes et de destructions réciproques. Mais derrière cette apparente parenté se joue une divergence fondamentale. Là où Albee construit une dramaturgie du simulacre nécessaire et vital, Norén semble poser une question beaucoup plus radicale, une équation sanglante : si le théâtre, la représentation, les illusions sont nécessaires à une vie supportable, que l’amour est lui aussi tout aussi nécessaire mais qu’il détruit les illusions, est-il possible de s’en sortir ? Y-a-t-il seulement une sortie ?

    C’est si simple l’amour dit le titre, quelle ironie ! Car rien n’est simple ici. La pièce met en scène l’impossibilité de maintenir ensemble deux dimensions incompatibles qui doivent pourtant exister de manière tout aussi vitale : l’amour comme expérience pulsionnelle radicale, et la vie sociale comme représentation permanente contre la peut du vide.

    Chez Albee, George et Martha savent qu’ils jouent. Ils survivent grâce à un système complexe de fictions, de cruautés ritualisées et d’humiliations mutuellement consenties.  Le jeu constitue une forme de rempart symbolique, contra-phobique. À l’aube, Qui a peur de Virginia Woolf ? laisse encore entrevoir la possibilité d’un épuisement partagé, peut-être même d’une forme de réconciliation tragique, ou même d’un répit avant le prochain « jeu ». Chez Norén, cet échappatoire disparaît progressivement. Le jeu ne tient plus. Ou plutôt : certains personnages continuent d’y consentir tandis qu’un autre refuse d’en respecter les règles implicites. C’est là que la pièce bascule.

    Le paradoxe le plus caustique est que celui qui ne sait pas jouer est précisément le psychologue. Là où les autres personnages maintiennent encore tant bien que mal la fiction collective, telle que le couple, le langage, la séduction, la civilité, lui transgresse. Il introduit du réel là où le groupe tente désespérément de maintenir de la représentation. Et c’est lui qui tue. Pourquoi lui ? Que ne supporte-t-il pas ? Trop lucide et devenu fou à force de défaire les théâtres malades des humains ?

    Ce meurtre est-il un refus du semblant, du jeu social ? Il renverserait alors ce que le bon sens nous enseigne, à savoir que jouer est signe de bonne santé psychique et collective, pour dire que jouer, c’est être dupe, c’est une perversion. Pourtant, l’amour n’échappe jamais à la représentation !

    Noren fit une longue et féconde analyse. Que faire de la vérité analytique si elle défait la possibilité même de la vie ?  Comment comprendre que l’amour devienne ennemi du jeu et de la culture ? Il n’est en tout cas plus l’aboutissement romantique de la culture, mais montré comme un de ses constituant primordiaux, aussi destructeur et proche de la pulsion de mort que possible. Ennemi aussi du Kulturarbeit necessaire à toute civilisation.

    Un dispositif scénique fondé sur le vide et l’emboîtement

    Le travail de Charles Berling renforce puissamment cette lecture. Dès l’ouverture, le spectateur est accueilli par un : « Bienvenue en enfer ». Mais cet enfer prend une forme paradoxalement ludique. La scénographie évoque presque une dinette : les personnages boivent sans jamais réellement boire ; les verres et les bouteilles paraissent vides. Ce refus du réalisme théâtral produit un effet troublant : le spectateur est aspiré par ce vide placé au centre même de l’action.

    Le procédé rappelle le dispositif radical de Dogville  de Lars von Trier, où l’absence de décor obligeait le regard du spectateur à produire lui-même le monde représenté. Ici aussi, la pièce n’existe qu’à travers le regard qui la soutient. Sans ce regard, il ne resterait qu’un jeu vide, presque absurde. Nous voila donc embarqués et complices, captifs, fasciné et acteurs du méthodique travail de destruction.

    Ainsi des spectateurs sont installés sur scène, entourant les acteurs dans un espace hybride entre salle et plateau. Des sièges vides demeurent parmi eux, permettant aux personnages de venir momentanément s’extraire de l’action avant d’y replonger. Comme si le théâtre lui-même proposait encore une possibilité précaire de retrait hors de la violence.

    Ces spectateurs de proximité deviennent alors les premiers témoins du désastre, peut-être aussi ceux qui protègent symboliquement la salle entière. Mais ce rempart reste si fragile : il n’y a pas d’extérieur véritable au drame. No way out.

    Entrées, sorties, récupération

    La pièce travaille également les seuils : entrée, loge, sortie de scène. L’entrée agit comme un espace de dépose où chacun abandonne ses « vêtements sociaux » avant le combat. Chaque protagoniste y annonce déjà sa place dans la tragédie à venir : certains du côté de la comédie relationnelle, d’autres du côté d’une catastrophe déjà inscrite.

    Mais cette entrée fonctionne aussi comme une loge avant une autre représentation. Nous sommes pris dans une logique de répétition et de bouleversement des repères temporels, toutes les actions sont à la fois annoncées dès le débuts, ont déjà eu lieu et vont avoir lieu. On pense alors à « L’invention de Morel » de Bioy Casares.

    La loge ou l’entrée et par extension la maison elle-même, fonctionne comme un espace de récupération  : lieu où l’acteur vidé retrouve les siens, se recompose, prépare la suite qui ne sera autre que la même chose. Et toute la pièce semble hantée par cette nécessité de réparation/répétition. Entre deux actes, les personnages rangent, nettoient, remettent le dispositif en état comme on remettrait en circulation des corps épuisés, le décors est d’ailleurs celui, brut, du théâtre et les ficelles ne sont pas cachées : à quoi bon ?

    Une pièce « pleine »

    Ce qui frappe enfin, c’est l’absence totale de respiration. Comme le dit David Rofé-Sarfati : « c’est plein ». Plein de paroles, de tensions, de regards, de souffrances. La pièce ne laisse aucun espace vide où le spectateur pourrait se reposer.

    La musique seule introduit des déplacements sensibles : elle ouvre des espaces imaginaires où apparaissent d’autres modalités du lien — danse, transe, contact, récupération. Elle modifie temporairement le régime du visible.

    Mais ces ouvertures restent provisoires. Chez Norén, l’amour n’apparaît jamais comme une réconciliation possible. Il surgit au contraire comme ce qui détruit les fictions nécessaires à la coexistence humaine. Et c’est peut-être cela, au fond, la véritable terreur de la pièce : découvrir que la vie n’est supportable qu’à condition de jouer, que le jeu s’oppose à un amour tout aussi nécessaire à la vie.

  • L’Intranquillité — Fernando Pessoa mis en corps

    L’Intranquillité — Fernando Pessoa mis en corps

    Deux hommes en smoking dans la nuit cosmique. Entre eux, une malle — celle-là même où furent retrouvés, à la mort de Pessoa, vingt-sept mille fragments inédits. De là surgit tout : la lumière, les voix, le vertige. Et la question qui ne lâche pas : qui parle, au juste ?

    Jean-Paul Sermadiras, immense acteur sait ce que c’est que d’habiter un texte de l’intérieur. Son adaptation du Livre de l’intranquillité ne cherche pas à représenter Pessoa : elle cherche à faire circuler sa pensée entre deux corps, deux présences, deux consciences qui se parlent pour ne pas tomber. La scène se peuple de lampions sortant d’un objet scénique tour à tour valise, table, banc et cercueil. Présence et transformation : le texte pessoien, hétéronymique, s’inventant non seulement des vies multiples mais une conception de l’autre comme une idée construite à son sujet, trouve dans ce dispositif un corps adéquat.

    « Les émotions peuvent susciter ma curiosité. Les faits, quels qu’ils puissent être, n’en éveillent chez moi aucune. »

    Ce pourrait être la devise du spectacle entier — une attention radicale au mouvement intérieur, une indifférence souveraine à l’anecdote. À qui parlent-ils ? Se rejoignent-ils dans cet univers cosmologique à travers ces fragments à la fois en marge de la réalité et au plus profond de l’âme ? Nul ne le sait — et c’est précisément ce non-savoir qui tient le spectateur en éveil.

    Tout ce que j’ai recherché dans la vie, j’ai de moi-même cessé de le chercher. Je suis comme un homme qui chercherait distraitement quelque chose et qui, entre la quête et le rêve, aurait oublié ce que c’était.

    Ni errants ni fous, encore moins exaltés, Thierry Gibault et Olivier Ythier sont deux présences attentives à leur perception d’un univers qui, pour être insaisissable, n’en est pas moins parfaitement cohérent. Deux trajectoires distinctes, une seule présence scénique — troublante, parce qu’on ne sait jamais lequel des deux est Pessoa, et que cette indécision est précisément le sujet.

    L’accordéon de Gabriel Levasseur et ce chant libre en portugais — proche du fado sans le citer — instaurent une mélancolie cosmologique que Pessoa n’aurait pas désavouée. Rien n’est absurde : le monde tient avec l’idée qu’il se fait de son environnement.

    Métaphysique est le mot qui qualifie au mieux cette atmosphère scénique. Les rires et les pas de danse ajoutent une dimension vitale aux mots. La liste des questions humaines ne saurait faire le tour de cet halo de paroles sensibles — l’humain comme variété animale, les mots comme seule issue possible pour dire le monde. Être à la lisière, comme un parti pris des choses, participe à un en-dedans et à un regard extérieur attentif au déroulement de la vie : contempler le monde et être ivre de conscience.

    Nous vivons presque toujours à l’extérieur de nous, et la vie elle-même est une dispersion perpétuelle. Et pourtant nous tendons vers nous-mêmes comme vers un centre autour duquel nous décrivons, telles des planètes, des ellipses absurdes et lointaines.

    Ce vertige-là n’est pas une posture — c’est la structure même du spectacle, deux hommes qui orbitent l’un autour de l’autre sans jamais tout à fait se rejoindre ni se perdre.

    L’ordinaire se sacralise en fable spirituelle — une scène chez le coiffeur devient événement métaphysique. Le tapotement des touches d’un clavier se fait entendre sur le plateau : écrire pour dire, parler du bruit des mots et les faire vivre, c’est le défi que ce spectacle relève magistralement. La ressemblance physique revendiquée avec l’auteur — la moustache, le chapeau, cet air banal et intrigant — fait de la pluralité hétéronymique un trouble visible : Pessoa se jouant de multiples identités pour n’en épouser aucune.

    Avoir des opinions, c’est être vendu à soi-même. Ne pas en avoir, c’est exister. Les avoir toutes, c’est être poète.

    Les deux comédiens incarnent exactement cet écart — entre la vente et l’existence, entre le silence et le tumulte.

    Ce qui frappe dans ce spectacle, c’est la résistance. Non pas la résistance politique au sens d’un théâtre engagé, mais quelque chose de plus fondamental : deux hommes qui parlent pour tenir debout. Tant qu’ils parlent, la catastrophe n’a pas encore gagné. Et cette catastrophe-là n’est pas dans les nouvelles du jour — elle est dans la fatigue d’un corps, dans un silence trop long, dans la conscience aiguë du vertige. La scénographie de Jean-Luc Chanonat — compagnon de route de Sermadiras depuis 1993, passé par quinze ans auprès de Patrice Chéreau — ouvre peu à peu le plateau vers un ciel étoilé, un croissant de lune suspendu, comme si l’espace intime du poète finissait par rejoindre l’infini. À la fin, tout retourne à la malle. La poésie se referme dans l’ombre, dans l’attente d’une nouvelle aurore.

    Des rêves à ne pas rater, une écoute qu’on n’espérait plus — c’est ainsi que se perçoit cette bulle qui transporte et transforme le spectateur en écoutant attentif. La merveilleuse mise en scène et l’intensité des comédiens laissent coi, interrogeant plus que jamais le monde auquel on pense appartenir. Pessoa consonne.


    L’Intranquillité — d’après Fernando Pessoa. Adaptation et mise en scène Jean-Paul Sermadiras. Avec Thierry Gibault et Olivier Ythier. Voix Maria de Medeiros. Composition et création sonore Pascale Salkin. Lumières Jean-Luc Chanonat. Chorégraphie Marion Lévy. Costumes Cidalia da Costa. Traduction Françoise Laye. Théâtre 100, 100 rue de Charenton, Paris 11e — jusqu’au 30 mai à 20h. Festival Off d’Avignon 2026, Théâtre du Petit Chien, 76 rue Guillaume Puy, Avignon — du 4 au 25 juillet à 13h05, relâche les 7, 14 et 21 juillet. Durée 1h15. Réservations : 04 84 51 07 48.

  • « Vincent , son mari et sa femme », des rires et du charme

    « Vincent , son mari et sa femme », des rires et du charme

    Reprise au Théâtre Essaïon à partir du vendredi 29 Mai les vendredis et samedis à 20 h 50 jusqu’au 25 Juillet.

    Embarqué dans une comédie, le charme des histoires d’amour entrelacées opère. 

    Quelques notes de piano et le personnage central, Vincent avance sur scène, explique la situation, la sienne, rencontrer et aimer de concert Betty et Grégoire – comment ne pas choisir ? C’est choisir tout de même rappelle un des personnages -.

    Deux coffres égalent trois places assises, lors d’une sortie mouvementée en taxi, bousculés pour cette mise en scène de fête où l’accessoire féminin serait une preuve de tromperie. Ils trônent et habillent la scène comme les rideaux à droite et à gauche où chacun.e trouve son espace. Chacun.e sa chambre. La simplicité du décor et le face à face avec le public, par instant, un des personnages nous racontent les dessous de l’histoire, pour que nous suivions, ajoute t-il, créent un jeu sur scène et avec la salle.

    Un vrai régal.

    Bien que la jalousie et la mise en scène du trio rebondissent sur les ressorts de l’amour, de la préférence et bien concrètement de la vie au jour le jour, complices, un compromis a été convenu entre ces trois amoureux ( Vincent et Betty plus Grégory nommé Grigou).

    Les personnages sont drôles, sympathiques et enthousiasmes par leur diction, leurs mimiques, nous voilà au cœur d’une comédie, attentifs à ses rebonds, à l’écoute de cette symphonie amoureuse. Le petit caillou dans la chaussure viendra et renforcera les liens des conjoints.

    Comment retenir l’être aimé ? Les stratagèmes audacieux au nom de l’amour et du retour de l’être aimé apportent tendresse et joie dans ce monde à trois. Sous le rire, la relation au temps, à la jeunesse et à la quête de la nouveauté, nouvelle lune de miel, nous rejoignent. L’amour est là, faut-il le chercher ailleurs ?

    Très bons moments passés avec les comédiennes et les comédiens, au rythme, heureux de partager avec nous, les turpitudes de l’amour parfait.


    Vincent, son mari et sa femme, Comédie, mise en scène et sons de Frédéric Sabrou, Avec Jean Grimaud, Isabelle Hétier, Pascal Ruiz. A l’essaion Paris

  • « C’est si simple l’amour » : Lars Norén, Charles Berling et un huis clos bourgeois comme vérité

    « C’est si simple l’amour » : Lars Norén, Charles Berling et un huis clos bourgeois comme vérité

    Au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 1er juillet, Charles Berling met en scène et interprète C’est si simple l’amour de Lars Norén, avec Alain Fromager, Caroline Proust et Bérengère Warluzel. Un huis clos bourgeois du cycle des Pièces de mort, où l’humour et le second degré dissimulent — à peine — la question la plus grave : que faire de l’amour quand le temps a tout traversé ?


    Lars Norén ou la lucidité comme destin

    Il faut dire quelque chose de Lars Norén avant d’entrer dans le vif du spectacle, parce que l’œuvre ne se comprend pas sans l’homme. Né à Stockholm en 1944, mort en janvier 2021 emporté par le Covid, Norén aura été le plus grand dramaturge suédois depuis Strindberg — et peut-être, avec Jon Fosse, le plus grand de l’espace nordique contemporain. Plus de cent pièces, une œuvre poétique et romanesque considérable, un journal de dramaturge en plusieurs tomes. Homme de contradictions assumées, fasciné par les marges et les exclus — prisonniers, SDF, victimes de torture à qui il donna la parole dans ses pièces tardives —, il était aussi l’observateur acéré de la bourgeoisie dont il connaissait, de l’intérieur, tous les désastres intimes.

    Ce qui frappe dans sa biographie, c’est un détail révélateur rapporté par un de ses proches : lors d’une rencontre avec le survivant français d’Auschwitz Jean Samuel, Norén confessa ressentir une profonde tristesse à l’idée de n’être pas juif lui-même. Étrange aveu, qui dit quelque chose d’essentiel sur cet homme — son attrait pour les mémoires blessées, pour les peuples que l’histoire a traversés de part en part, pour ce que la transmission porte d’indestructible et de lourd. Norén voulait peut-être habiter une histoire plus chargée que la sienne. Il n’y parvint pas sauf par ses écrits.

    C’est si simple l’amour appartient au cycle des quatorze Pièces de mort écrites entre 1989 et 1995 — cycle que Berling a décrit comme un Parthénon de fragments, pièces composées en même temps, peuplées de personnages qui se croisent d’un texte à l’autre sans jamais se rencontrer au même moment de leur vie. Ce sont des œuvres qui parlent du temps, de la mort, de l’amour comme combat perdu d’avance.

    La soirée après la soirée

    Le dispositif dramaturgique est d’une simplicité apparente. Une soirée de première. Deux comédiens, Alma et Robert, forment un couple à la ville comme à la scène. Ils ont invité chez eux, après le spectacle, Hedda — comédienne dans la même troupe mais mise sur la touche depuis des années — et son mari Jonas, psychologue. L’alcool circule, les langues se délient, et ce qui commence comme une fête se retourne contre ses participants. Solitude, désir, jalousie, enfant ou absence d’enfant : chacun se retrouve, au fil de la nuit, nu.

    Ce qui frappe d’emblée, et qui constitue peut-être le génie le plus singulier de Norén, c’est que les quatre personnages parlent vraiment. Il ne s’agit pas de bavardage mondain, pas de remplissage de plateau. Ils parlent avec du contenu, avec des arguments, avec des affects qui ont une histoire. Les répliques sont denses, nourries, et chaque échange engage quelque chose. Mais ce contenu fonctionne à deux niveaux. Il y a ce qui est dit, qui est déjà beaucoup — et il y a ce qui se cache sous le second degré, ce que l’humour porte en lui comme une charge sourde.

    Car on rit, et on rit beaucoup.

    Norén est un auteur comique au sens le plus fort du terme, non pas parce qu’il écrit des situations burlesques, mais parce qu’il sait que le rire est la forme la plus honnête de la connaissance. On s’identifie car on reconnaît dans ces quatre personnages qui se chamaillent, se séduisent et se blessent avec le sourire quelque chose de familier et d’universel.

    La question que Norén pose : que faire de la confrontation entre le sentiment amoureux et le temps qui passe ? Le rire est une entrée. Et sous le « dire » s’escamote la vérité des âmes.

    La scénographie comme hors-champ

    La scénographie conçue par Berling et Marco Giusti ne cherche pas à représenter un salon bourgeois ; elle en crée le bord. Un bord qui se dilue. Les espaces restent ouverts, les regards des personnages se perdent. Ce dispositif de multiples hors-champs épouse ce que le texte avance : ce qui n’est pas montré signale ce qui se trame sous les mots. Il y a toujours des mots absents à entendre. Le plateau devient ainsi, à l’image du texte, un espace où l’essentiel est toujours sur le point d’apparaître. Et ne se livre jamais tout à fait.

    Deux femmes assises sur scène, l'une visiblement pensive et l'autre en arrière-plan, dans une ambiance théâtrale.

    Quatre virtuoses

    Si l’amour est une épreuve de la durée, chacun des quatre personnages incarne une réponse différente, une fuite différente. Charles Berling, qui joue Robert, choisit de faire confiance au texte. Son jeu porte la tension d’un homme séducteur et vulnérable, dominant et secrètement blessé.

    Alain Fromager apporte à Jonas le psychologue une qualité rare : une élégance et une inquiétude à la fois. Jonas observe, commente, tâte le terrain. Fromager lui donne l’épaisseur d’un homme qui sait trop de choses sur les autres pour être à l’aise avec lui-même.

    Bérengère Warluzel en Hedda est une diva. Elle porte la blessure d’un désir artistique contrarié. Il y a dans son jeu une dignité torturée qui bouleverse.

    Caroline Proust en Alma complète ce quatuor. Elle nous réserve la surprise de la soirée. On connaissait son magnétisme à l’écran (quinze ans à incarner Laure Berthaud dans Engrenages avaient installé une présence presque mythologique). Sur scène, elle confirme l’étendue d’un talent qui n’avait pas dit son dernier mot. Et puis, à un moment, elle chante. Un moment de grâce absolue qui modifie rétrospectivement la lecture du personnage.

    Deux hommes en costume assis sur un canapé, discutant dans une ambiance élégante et intime. Un des hommes a les cheveux frisés et grisonnants, l'autre est vu de dos.

    C’est si simple l’amour n’est pas une pièce qui se résume. Elle se vit, et elle nous travaille, tant elle parle de nous. On sort de l’Atelier avec le sentiment d’avoir passé une bonne soirée — et c’est en rentrant, dans le silence qui suit, qu’on comprend ce qu’on y a vraiment entendu.


    C’est si simple l’amour Avec Charles Berling, Alain Fromager, Caroline Proust, Bérengère Warluzel. Mise en scène Charles Berling — D’après Lars Norén — Théâtre de l’Atelier, jusqu’au 1er juillet 2026

  • La réservation est ouverte pour le bord plateau du 7 juin : « Le premier homme, un homme, ça s’empêche » de Camus à la Reine Blanche dimanche à 16H00.

    La réservation est ouverte pour le bord plateau du 7 juin : « Le premier homme, un homme, ça s’empêche » de Camus à la Reine Blanche dimanche à 16H00.

    Le Premier Homme

    Roman inachevé, trouvé dans sa sacoche au moment de l’accident de 1960. Le plus autobiographique, le plus nu. Jacques Cormery retourne en Algérie chercher la tombe de son père — mort à la guerre à vingt-neuf ans, quand Jacques avait moins d’un an. Sur la tombe, il découvre que son père était plus jeune que lui. Le fils a dépassé l’aîné. C’est le vertige central du livre.

    Quelques éléments pour une lecture analytique

    Quand Jacques Cormery part chercher la tombe de son père, on pourrait croire à un simple pèlerinage. Mais quelque chose d’autre se joue. Ce voyage ressemble davantage à ce qu’un patient fait parfois en séance : retourner vers un point obscur, non pas pour y trouver une réponse, mais parce que ce point semble le convoquer.

    Il y a une force d’attraction vers l’origine qui n’est pas nostalgique — elle est presque compulsive.

    Ce qui m’intéresse, c’est la nature de ce que Jacques cherche. Car le père qu’il va retrouver n’existe pas comme souvenir. Il n’a pas été vu, entendu, touché. Il n’a laissé aucune trace subjective. Et pourtant il manque — d’une façon très particulière, différente du deuil ordinaire.

    Deux façons de refouler

    Le premier — appelé (eh oui! ) le refoulement secondaire — est celui qu’on rencontre dans la clinique. Un contenu psychique qui a existé :mais qui trop chargé, trop conflictuel, a été écarté de la conscience. Il est là, quelque part, attendant d’être levé. C’est le refoulé classique, toujours mal terminé, et qui revient sous forme de symptômes, de lapsus, de rêves.

    Le second — que Freud nomme Urverdrängung, refoulement originaire — est d’une tout autre nature, et c’est celui-là qui me semble le plus mystérieux. Il ne s’agit pas d’un contenu qui aurait d’abord existé puis été écarté. Il s’agit de quelque chose qui n’a jamais accédé à la représentation. Pas un souvenir enfoui — une absence de souvenir qui structure quand même. Un fond obscur, antérieur à toute histoire consciente, sur lequel le sujet s’est construit sans le savoir. A gros traits, écrivons qu’il est celui indispensable à la santé mentale et qui fait supporter au sujet d’être au monde alors même que ce monde ne l’a pas attendu pour exister.

    Or Le Premier Homme me semble travailler exactement à la pliure de ces deux niveaux.

    Le refoulement secondaire : la honte qui se tait

    Le premier niveau est visible, presque lisible à l’œil nu. Jacques est un transfuge. Il a quitté Belcourt, la pauvreté, la mère analphabète, la grand-mère autoritaire, l’appartement exigu. Il est devenu écrivain reconnu, il pense à Paris, il est lu dans le monde entier. (Etrange télescopage avec cette accident sur la route pour Paris avec le fils Gallimard qui va tuer le fils de… avec le transfuge).

    Ce passé-là, il ne le renie pas. Il le tient à distance — avec une précaution qui ressemble à ce que la clinique connaît bien : la honte sociale, cette forme particulière de refoulement où ce qu’on cache n’est pas un désir inavouable mais une origine jugée indigne. Une honte des origines… On va en reparler. Le monde d’où l’on vient reste une scène qu’on n’exhibe pas et qu’on ne liquide pas.

    Ce refoulement-là est douloureux, mais il est travaillable en séance. Il peut, en principe, être élaboré, mis en mots, traversé. C’est peut être ce que le roman inachevé entreprend ; une remontée vers une enfance dans une tentative de la regarder en face.

    Le refoulement originaire : le père qui n’a pas existé

    Mais sous ce premier niveau, il y en a un autre — plus opaque, plus fondamental. Le père de Jacques est mort en 1914, avant que l’enfant ait pu le voir, l’entendre, l’incorporer. Il n’a pas été refoulé après avoir existé psychiquement. Il n’a simplement jamais pu se former comme représentation.

    C’est cela, l’originaire ou du moins une de ses composantes: non pas ce qu’on a oublié, mais ce qui n’a jamais pu être su. Un vide qui précède toute histoire, toute mémoire, tout récit de soi. Et ce vide structure toutefois par les bords même du trou même. Il détermine la façon dont Jacques se tient dans le monde, cherche des appuis, construit des suppléances — sans jamais vraiment savoir pourquoi cette quête est si impérieuse.

    Ce n’est pas un refoulé qu’on peut lever. C’est une béance constitutive. L’œuvre de Camus pourrait être lue comme une façon de tourner autour de ce point — sans jamais pouvoir vraiment l’atteindre, parce qu’il n’y a rien à atteindre.

    La mère, le père la France et l’Algérie

    La présence silencieuse et massive de la mère forme-t-elle un originaire maternel constitué hors langage — quelque chose qui ne s’est pas dit mais qui a tenu quand même ?

    L’amour de Jacques pour elle, a-conflictuel pose la question : a-t-il jamais vraiment quitté sa mère, ou toute son errance est-elle une façon de ne jamais tout à fait partir ?

    Le père absent, non intériorisé, laisse une place vide que l’école et la France viennent occuper en suppléance — mais à quel prix, quand le père symbolique est aussi le colonisateur ?

    Cette double dette — envers ce qui forme et envers ce qui opprime — produit une tension que Camus n’a jamais résolue. Est-ce pour cela que le roman est resté inachevé ?

    L’Algérie fonctionne comme un décor politique non comme espace psychique : peut-on choisir entre sa langue et sa terre, entre le père symbolique et la mère réelle ?

    Le refoulement secondaire du déchirement politique peut peut-être s’élaborer — mais le refoulement originaire, lui, se porte sans pouvoir se lever. N’est-ce pas ce poids-là qui donne au roman sa gravité si particulière ?

    Pour finir — ou plutôt pour continuer

    Le Premier Homme est un manuscrit inachevé trouvé dans une sacoche après un accident de voiture. Le travail d’élaboration que Camus conduisait à travers ce roman ne pouvait trouver une conclusion ; les questions qu’il pose touchent à ce qui résiste à toute clôture.

    Qu’est-ce qui fonde un sujet quand la transmission a manqué ? Que fait-on de l’amour pour une mère qui n’a pas de mots ? Comment habite-t-on une langue qui n’est pas tout à fait la sienne, une terre qui n’est pas tout à fait la nôtre ?

    Des questions qui travaillent les sujets interminablement tandis que le wokisme, en statuant qu’il faut les abolir, les fait glisser vers la folie.

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  • « C’est si simple l’amour » de Lars Norén, la fonction de l’Autre couple dans l’économie amoureuse

    « C’est si simple l’amour » de Lars Norén, la fonction de l’Autre couple dans l’économie amoureuse

    Une nuit de première. Alcools, éclats de rire, Nina Simone en fond sonore. Et sous la surface brillante, une catastrophe en marche que tout le monde sait déjà inévitable. C’est si simple l’amour, pièce inédite en France du grand dramaturge suédois Lars Norén (1944-2021), mise en scène par Charles Berling au Théâtre de l’Atelier, est une œuvre profonde, angoissante, et d’une vérité psychanalytique bouleversante. On en sort secoué, d’avoir autant ri et autant frémi.

    I. « Une putain de bonne représentation », le déni comme ouverture

    La pièce s’ouvre sur ces mots : « Une putain de bonne représentation, une foutrement bonne. On a adoré. » Tout est dit d’emblée, et pourtant tout est caché. Ces mots de déni forment le seuil de la pièce comme ils en constituent le nœud : ce que l’on refuse de savoir, ce que l’on cache à soi-même, ne tarde pas à surgir en scène. Norén construit son drame sur cette toile de fond muette : le ratage de la première représentation, évènement central qui n’est jamais nommé directement mais qui infuse chaque réplique, chaque verre d’alcool, chaque éclat de cruauté.

    Alma (Bérengère Warluzel) et Robert (Charles Berling) sont comédiens, couple à la scène comme à la ville. Pour fêter cette première, ils reçoivent Hedda (Caroline Proust), actrice amie, mise sur la touche depuis des années, et son mari Jonas (Alain Fromager), psychologue au mutisme inquiétant. Au fil de cette nuit d’alcool, les langues se délient, les masques tombent, et une spirale d’agressions verbales, de révélations et de violence psychologique s’enclenche, irrépressible.

    La pièce se ferme sur la mauvaise critique recueillie au réveil. Tous les personnages, toute la nuit, n’ont eu que cela en tête sans jamais l’énoncer. L’hypocrisie est parfaitement partagée. Et c’est Alma qui, au petit matin, avant même d’avoir lu la première ligne de la presse, met fin à ses jours, comme seule issue possible à cette mort sociale.

    II. L’ironie du titre, Lars Norén, dramaturge de l’ombre

    Il y a dans ce titre quelque chose de proprement vertigineux. C’est si simple l’amour : l’ironie est absolue. Dans l’univers de Norén, il n’y a que jalousie, ambitions personnelles, destructivité humaine. Il faut « porter en soi le chaos pour donner naissance à une étoile qui danse », écrit Nietzsche, et les personnages de Norén dansent, en effet, mais c’est la danse macabre de ceux qui se brûlent pour ne pas sentir le froid du vide.

    Lars Norén (1944-2021) est l’un des plus grands dramaturges du XXe siècle, souvent comparé à Tchekhov ou Strindberg. Diagnostiqué schizophrène dans les années 1960, brièvement hospitalisé en psychiatrie à la mort de sa mère, il tire de cette traversée une conception du théâtre comme mise en forme du chaos intérieur. C’est si simple l’amour appartient au cycle des quatorze « Pièces de mort » écrites entre 1989 et 1995, dont fait également partie Démons (1982). Les deux pièces partagent le même canevas : un couple intense reçoit un autre couple, et l’invitation déclenche une messe noire où tout ce qui était refoulé remonte à la surface.

    Dans ces deux œuvres, comme dans Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee, la présence de l’Autre couple fonctionne comme un révélateur chimique. Chez Albee, George et Martha exhibent leur destruction mutuelle devant Nick et Honey avec une jouissance exhibitionniste. On pense irrésistiblement à Richard Burton et Elizabeth Taylor, couple emblématique de la passion destructrice portée à la scène. Chez Norén, la mécanique est identique : l’Autre couple est à la fois miroir, terrain de projection et accélérateur de catastrophe.

    III. La fonction de l’Autre couple dans l’économie amoureuse

    Mais Norén introduit dans C’est si simple l’amour une opposition qui lui est spécifique. Dans Démons, le clivage opposait le couple de l’intensité destructrice au couple de la routine familiale défensive. Ici, l’opposition s’articule différemment : d’un côté, Robert et Alma, qui ont fait le choix exclusif d’un projet artistique commun, sans enfant, sans filet ; de l’autre, Hedda et Jonas, qui, malgré les failles de leur couple, ont fondé une famille, maintenu une maternité, préservé un espace de survie symbolique hors de l’art.

    Cette opposition est le cœur de la pièce. Freud l’avait pressenti dans ses Nouvelles conférences sur la psychanalyse : « Le bonheur conjugal reste mal assuré tant que la femme n’a pas réussi à faire de son époux son enfant, tant qu’elle ne se comporte pas maternellement envers lui. » Alma n’est pas maternelle, elle est prédatrice, droguée au désir, à l’admiration du public, incapable d’apaisement. L’opposition entre la mère et la femme-artiste est ici radicale, sans compromis possible.

    L’art et la jalousie peuvent fonctionner comme suppléances au non-rapport-sexuel, c’est-à-dire comme des manières de pallier l’impossibilité structurelle de la rencontre entre les sexes. Robert et Alma ont choisi l’art comme suppléance absolue. Ils se sont saccagés mutuellement pour ne pas sentir le vide, préférant le feu au froid du manque. Leur couple sado-masochiste fonctionne comme une anesthésie contre le néant, une compulsion de répétition qui rejoue sans cesse le même conflit sans jamais le résoudre. Robert n’a pas été le Pygmalion qu’il rêvait d’être pour Alma ; il est jaloux d’un poète homosexuel, son double haï au miroir, ce qu’il n’aura jamais été.

    IV. Tomber hors du monde, mort sociale et suicide d’Alma

    Ce qui rend la pièce véritablement vertigineuse, c’est sa démonstration que l’échec artistique n’est pas ici un événement parmi d’autres : c’est une mort. Robert et Alma n’ont pas construit la cloison élémentaire entre vie artistique et vie sociale, ils n’ont pas anticipé la nécessité de se ménager un espace de survie en cas de fin du succès. Leur identité tout entière s’est constituée de coordonnées symboliques liées à leur carrière. L’échec de la première les expose absolument nus, dépourvus de toute existence sociale.

    Freud, dans Le Malaise dans la culture, cite un poète : « On ne peut pas tomber hors du monde. » Pourtant, c’est exactement ce que Norén met en scène : deux artistes qui tombent hors du monde. Le « laissé tomber » du président Schreber, ce Liegengelassen freudien, abandon par l’Autre, devient ici métaphore d’une décompensation. Ils sont désormais seuls. La mort d’Alma avant même la lecture de la critique est la conséquence logique de n’avoir jamais construit d’autre monde que celui de la scène et d’avoir ainsi, en Alma, une femme que Marguerite Duras eût dite « vue de toutes parts », sans intériorité propre, le spectateur ayant occupé toute sa psyché.

    V. La scénographie, interpénétration du public et du privé

    La mise en scène de Charles Berling accentue magistralement cette dissolution des frontières. Des spectateurs sont assis sur le plateau même, mêlés aux comédiens, brisant la séparation scène/salle. Ce dispositif n’est pas un effet : c’est une proposition théorique. Nous pénétrons littéralement dans l’appareil psychique des personnages. La frontière entre vie publique et vie privée, entre le moi et l’Autre, est abolie. Ce que la scénographie dit, c’est la maladie de notre société contemporaine : l’exposition permanente, la vie sous le regard de tous, l’impossibilité du for intérieur.

    On rit énormément durant la pièce, surtout des outrances de Robert, de ses forces de destruction, de son goût du sacrilège et de la profanation. La cruauté des personnages atteint par moments une outrance presque comique. C’est ce que Norén a toujours su faire : mettre en scène la folie du quotidien avec une vérité si nue qu’elle en devient drôle, comme on rit dans la salle d’attente d’un cabinet de psychiatrie.

    C’est si simple l’amour est une pièce essentielle, organique, angoissante, et profondément nécessaire. À voir de toute urgence.


    Texte Lars Norén — Traduction Aino Höglund et Amélie Wendling — Adaptation Alain Fromager et Amélie Wendling — Mise en scène Charles Berling — Avec Charles Berling (Robert), Bérengère Warluzel (Alma), Caroline Proust (Hedda), Alain Fromager (Jonas) — Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris — Du 21 mai au 1er juillet 2026 — Vu le 23 mai 2026

  • Autofiction (Amarga Navidad) — Pedro Almodóvar, 2026 Le cannibale se retourne sur lui-même

    Autofiction (Amarga Navidad) — Pedro Almodóvar, 2026 Le cannibale se retourne sur lui-même

    Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours refléte le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage qui vont se confondre dans la scène finale. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?

    Après « La Chambre d’à côté« 

    La Chambre d’à côté posait la question en creux, Almodóvar y regardait la solitude du créateur depuis une certaine hauteur. Autofiction supprime cette hauteur. Il revient en Espagne, dans sa langue, avec ses actrices historiques, et pose la même question, crue.

    C’est peut-être son film le plus vrai. Il ne se protège plus derrière l’exubérance chromatique, ou sous l’ironie.

    La mise en abyme comme dispositif clinique

    Raúl se plonge dans l’autofiction pour surmonter sa panne d’inspiration, et s’inspire de sa propre vie, de son petit ami Santi et de Mónica, celle qui est son assistante depuis 20 ans.

    Raúl ne vole pas des personnages fictifs — il vole des vivants. Des vivants qui lui font confiance. Et il les transforme en matière narrative sans leur demander leur accord, un accord qu’ils ne pourraient pas refuser puisqu’ils sont avalés par la fiction.

    Cette frontière entre vie réelle et fiction met certains personnages hors d’eux. Monica va le comprendre dans une scène bouleversante.

    Le petit autre lacanien

    Lacan distingue le grand Autre — l’ordre symbolique, la Loi — du petit autre, le semblable réduit à sa fonction de miroir, jamais rencontré dans son altérité réelle. L’écrivain chez Almodóvar est condamné au petit autre ? Cependant que ce petit autre se dissout dans son personnage en puissance — un personnage fragmenté, découpé, réorganisé selon les besoins de la fiction. Un morcellement. L’autre réel disparaît derrière le personnage qu’il est devenu. Parfois simple morceau.

    Dans Autofiction, ce mécanisme prend sa forme la plus vertigineuse : Raúl invente Elsa, qui invente à son tour ses propres personnages — des poupées russes où chaque couche nous éloigne un peu plus du vivant. L’écrivain ne préfère pas la fiction à la réalité par lâcheté. Il la préfère parce qu’elle lui obéit. Parce qu’elle ne résiste pas, ne souffre pas, ne réclame rien. Elle est l’espace de l’écriture où il peut aimer sans être dérangé par l’altérité. Paradoxalement. Toute puissance de l’auteur.

    L’émotion comme leurre

    Il faut se méfier des larmes qu’Autofiction provoque. Trois grands moments musicaux bousculent la narration : un strip-tease masculin sur le Libertango de Grace Jones, les larmes cathartiques de deux femmes sur La Llorona et Amarga Navidad de Chavela Vargas. Almodóvar sait faire pleurer. C’est l’un de ses talents les plus sûrs. Mais cette débauche émotionnelle une culpabilité, celle du meurtre d’âme.

    Raúl prend. Il prend la douleur de son assistante, la vie de ses proches, les blessures de ceux qui lui font confiance — et il en fait de la matière. Et pour que nous ne le jugions pas, il nous fait le cadeau d’une émotion. Une compensation. Des larmes, de la musique, des corps qui souffrent avec grâce. Il nous rembourse en spectacle. Il nous fait pleurer pour nous faire oublier que nous regardons un homme qui n’aime personne de réel. Qui n’aime que ses personnages fictionnels. Et pendant que nous pleurons il nous regarde pleurer. Et il prend des notes.

    La misanthropie comme aboutissement

    Le créateur cannibale n’est pas misanthrope. C’est souvent le contraire. Il aime les autres avec une intensité particulière, précisément parce qu’il les regarde mieux que quiconque — leurs nuances, leurs contradictions, leurs profondeurs. C’est pour ça qu’il écrit.

    Mais à force de transformer les proches en matière, de fragmenter les vivants en personnages, de préférer la version fictionnelle de l’autre à cet autre réel et subjectivé, l’écrivain finit par ne plus pouvoir regarder personne sans activer ce mécanisme de capture. La rencontre devient scannage, repérage. L’amitié devient documentation. L’amour devient collecte. Et les victimes progressivement, le sentent. Ils se retirent ou se soumettent avec une résignation qui est une complicité avec le lion.

    La misanthropie de l’écrivain n’est pas une posture — c’est un résidu. La conséquence logique d’une vie passée à cannibaliser. Raúl est arrivé à ce point. On le voit dans sa façon d’occuper l’espace. Il est élégant, poli, urbain, chaleureux, mais il est seul au milieu des autres. Son rapport à l’autre n’est pas symétrique.

    La perversité structurelle — Philip Roth en filigrane

    Philip Roth l’avait dit avec une brutalité qui mérite d’être rappelée : un écrivain dans une famille, c’est la destruction de la famille 1C’est une citation de Czesław Milosz que Roth aimait répéter : « When there’s a writer in the family, the family is finished. » . Pas par malveillance — par essence. L’écrivain regarde là où les autres vivent. Il transforme là où les autres ressentent. Il archive là où les autres oublient.

    Autofiction est le film où Almodóvar signe cet aveu. La mise en abyme lui permet de tout dire sans rien dire directement. Raúl est coupable à sa place. Elsa souffre à sa place. Et la structure en poupées russes n’est pas seulement un magnifique édifice narratif. Chaque couche de fiction supplémentaire est un pas de plus vers la solitude absolue.

    La solitude comme destination

    Amarga Navidad est devenu en France Autofiction. Une étrange traduction qui pourtant sonne juste. Noël amer parce que c’est la fête de la famille, de la transmission — et le créateur y est seul, même entouré. Autofiction parce que nommer ce qu’on fait ne le rend pas moins destructeur.

    L’écrivain cannibale ne trouve pas la paix. Il ne peut se retenir d’écrire. Il continue. Il crée. Il vampirise. Il reste seul. La création ne guérit pas la solitude qu’elle produit. Elle la perpétue.

    Almodovar ne nous aura jamais autant émus.

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      C’est une citation de Czesław Milosz que Roth aimait répéter : « When there’s a writer in the family, the family is finished. »
  • Chez nos membres, séminaire de Georges Zimra : « Spectre » le 30 mai.

    Chez nos membres, séminaire de Georges Zimra : « Spectre » le 30 mai.

    Samedi 30 mai à 14h

    à l’Institut protestant de theologie (ITP)

    83 BD Arago 75014 2eme etage

    Spectres

    Figure du réel le spectre releve d’ une  altérité restée non symbolisee.

    A partir de l iconographie du juif errant nous  reprendrons les diverses  déclinaisons de cette figure  de Dreyfus aux protocoles des sages de Sion 

    Participation aux frais de location de salle 15 euros

  • Robin Ormond et deux formidables Comédiens Français face au nihilisme de notre temps

    Robin Ormond et deux formidables Comédiens Français face au nihilisme de notre temps

    Au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 5 juillet, la Comédie-Française présente Séisme de Duncan Macmillan dans une mise en scène de Robin Ormond, avec Claire de La Rüe du Can et Jean Chevalier. Une pièce sur le désir d’enfant dans un monde en crise — ou plutôt : sur ce que la pensée écologique a accouché de Thanatos, et sur l’obstination de l’amour à résister quand même.

    Ce que parler veut dire

    Il y a, dans Séisme, quelque chose qui ressemble à une longue anamnèse. Une de ces séances tardives où la parole a fini par céder, où le sujet parle sans plus surveiller ce qu’il dit. On pense à une vieille femme que l’on reçoit en consultation, à l’aube de sa vie, et qui se raconte avec une franchise que les années ont rendue possible.

    Deux personnes assises en face l'une de l'autre sur une scène sombre, éclairées par des lumières dirigées. Des vêtements colorés sont étalés entre elles, et des miroirs créent des reflets.

    Duncan Macmillan, dramaturge anglais encore trop peu joué en France, a écrit avec Lungs — traduit ici en Séisme par Séverine Magois — une pièce dont la forme trompe son monde. Deux personnages dans les couloirs d’Ikea, une conversation sur le fait d’avoir ou non un enfant, des ellipses temporelles, des répliques qui se coupent. Sous ce chemin de couple, une archéologie du couple entre amour, lucidité et peurs. Car la question de l’enfant n’est pas vraiment la question. Elle est symptôme. Ce qui se joue, c’est la capacité ou pas de deux êtres à supporter ensemble l’indécidable — et à s’aimer quand même, ou à cause de ça.

    L’écologie par Thanatos

    La pièce capte quelque chose de précis dans l’air du temps : le nihilisme doux qui s’est installé dans une partie de la génération actuelle, cette mélancolie structurelle qui emprunte le vocabulaire de l’écologie pour formuler des questions qui sont, au fond, des questions sur le désir de vivre.

    L’éco-anxiété, telle qu’elle traverse F et H, n’est pas seulement une préoccupation environnementale — c’est une forme contemporaine du rapport à la mort, un Thanatos qui s’avance avec les meilleures raisons du monde. Faire un enfant dans ce monde ? La question est vertigineuse. Croit on encore assez en la vie pour la transmettre.

    C’est le combat contre le nihilisme qui est mis en scène. L’amour — même maladroit, même névrotique, même assiégé par les catastrophes annoncées — résiste sans triomphe mais par un entêtement irréductible, seule réponse possible au pessimisme de l’époque.

    Deux personnes se tenant dans une pièce brumeuse avec des lumières blanches éclairant l'espace.

    Le laboratoire de Robin Ormond

    On avait été frappé, il y a peu, par Peu importe de Marius von Mayenburg que Robin Ormond avait mis en scène avec une rigueur et une intelligence du texte qui forçaient l’admiration. Séisme confirme qu’Ormond est un metteur en scène qui pense, qui construit, et qui sait se mettre au service d’une écriture sans pour autant disparaître derrière elle.

    Le dispositif scénique est d’une efficacité redoutable. F et H évoluent derrière une paroi transparente, presque diaphane, dans une sorte de vitrine qui évolue imperceptiblement au fil de la représentation. Le public est mis en position de voyeur — position inconfortable mais contributive.

    On observe ces deux êtres comme on observerait, dans un laboratoire, deux organismes soumis à une pression qu’ils ne comprennent pas. La progression des lumières — signées Manon Vergotte avec une sobriété exemplaire — accompagne le temps qui passe sans jamais l’illustrer.

    Ormont construit un théâtre qui fait confiance au spectateur.

    Deux acteurs en train de discuter sur scène, l'un en t-shirt noir et l'autre en top marron. Ils se tiennent devant un miroir, créant des réflexions dans l'arrière-plan.

    Deux interprètes au sommet

    Et puis il y a Claire de La Rüe du Can et Jean Chevalier dont les performances méritent qu’on s’y arrête. Ils sont formidables — le mot est faible, mais c’est le bon. Ils portent un texte dont la difficulté n’est pas celle qu’on croit : il ne s’agit pas de mémoriser des répliques en cascade, mais de trouver et de tenir, pendant toute la durée du spectacle, ce point d’équilibre instable entre la chute et le jaillissement.

    Ensemble, ils forment ce qu’un couple est : deux solitudes qui cherchent, dans l’autre, non pas une réponse, mais une raison de continuer à poser la question.

    Une création à ne pas manquer.


    Séisme Avec Claire de La Rüe du Can, Jean Chevalier. Mise en scène Robin Ormond — De Duncan Macmillan — Théâtre du Petit Saint-Martin, jusqu’au 5 juillet 2026. Crédit photos © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française. vu le 22 mai 2026

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